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30 mars 2011 3 30 /03 /mars /2011 05:34

SI TU MEURS, JE TE TUE

Hiner Saleem

 

Quatre étoiles

 

EN BREF:

Une magnifique surprise, un film d'une drôlerie déconcertante, d'une gravité bouleversante, d'une mélancolie incroyable. La photo est superbe, la bande son plus qu'agréable. Et ça y est, mon coeur s'est envolé pour Golshifteh Farahani.

 

 Si-tu-meurs-2.jpg

 

Et dire que j'ai failli ne pas y aller! Quelle surprise que ce tout petit film, qui mériterait pourtant d'être montré à tous, sans distinction, tant il y a de beauté, de joie, d'espoir, d'amour dans cette oeuvre d'art. Une suite de rencontres toutes plus belles les unes que les autres, avec un leitmotiv: Si tu meurs, je te tue! Au début de l'histoire, une amitié fusionnelle et étonnante entre deux hommes, un français et un kurde. Ce kurde, malgré l'avertissement de son seul ami à Paris (si tu meurs, je te tue), va mourir. Sa fiancée arrive en France. Au coeur de l'histoire, c'est cette fille, qui fait chavirer les coeurs et déchaîne les passions. A peine arrivée en France, elle attend sa belle étoile, sans savoir qu'elle ne brille plus. Dans l'attente à l'aéroport, une première rencontre, rapide, énergique, inattendue, avec Jane Birkin, follement réjouissante dans ce tout petit rôle qui lui va à ravir. Puis une deuxième, avec des kurdes qui viennent la chercher à son hôtel pour l'amener chez eux, une rencontre bouleversante tant les propos que tiennent ceux-ci (démocrates et patriotes, auront-ils beau jeu de répéter à l'envi) sont d'une radicalité subrepticement violente, alors qu'elle est en deuil. Une troisième, avec le français, magnifique et lumineuse, pleine d'espoir et symboliquement très forte. Et une dernière, avec une femme plutôt âgée (étonnante Mylène Demongeot), très mélancolique, et pourtant la plus solide de toutes les rencontres, filmée avec une discrétion toute attachante (deux scènes bouleversantes les lient, qui donnent son supplément d'âme au film: celle-ci autour du piano, et celle-là sous la pluie). Si tous les personnages tournent autour de cette princesse, qui inspire les fantasmes les plus nourris, le français (excellent Jonathan Zaccaï) a le rôle le plus important parce qu'il est celui qui a osé faire incinérer le mort, contre les traditions religieuses de la famille, et qui a gardé les cendres. Aussi va-t-il se confronter à la colère et la rancoeur de la famille. Pourtant, il était le seul à avoir accompagné le défunt vers l'au-delà, le seul à avoir fait quelque chose et à avoir été là. Et cela, la belle princesse l'a bien compris.

 

Il s'agit d'une tragédie optimiste, une petite merveille jonchée de catastrophes, illuminée par des bouffées d'absurde affectueux.

Marianne


Il y a plusieurs thèmes passionnants dans ce film et magnifiquement filmés. L'amitié, ses revers, son importance, sa volatilité, à travers des rencontres amenées avec fluidité et délicatesse, souvent également avec beaucoup de drôlerie. La femme, dans les traditions islamistes radicales, système archaïque et pourtant encore en cours. L'homme la respecte mais elle doit se soumettre, même en France (elle qui venait pourtant pour la liberté de l'amour de son fiancé). Les scènes ou cette femme, bouleversée et faible, se fait prendre les restes de son fiancé par son radical beau-père, ou prend une gifle d'une personne avec qui elle n'a plus aucun lien (toujours le même beau-père), ou encore se voit être prise pour une imbécile par de vrais imbéciles (la bande de kurdes) qui la pensent trop nunuche pour connaître le français.Plus généralement, le film est un manifeste cocasse contre l'intolérance. Et puis il y a le rapport à la mort, fascinante partie où l'on voit le français se débattre avec le fantôme de son ami, rongé par le remord de n'avoir su que faire lors de sa mort; où l'on voit le père du disparu excédé par des cendres illégitimes, mais perdu de n'avoir pu rien faire; où l'on voit cette jeune femme balancée entre deux opinions, mais paisible et légère lorsqu'apparaît, dans un sublime effet de miroir dans le bus, le reflet de son aimé. Bref, il y a de la matière, et Hiner Saleem parvient à montrer tout cela avec beaucoup de tact, une drôlerie latente (les éléments cocasses se ramassent à la pelle, les éléments poétiques aussi), et une profondeur qu'on n'attendait pas ici. Il trouve le parfait équilibre entre légèreté et gravité, celui-là même qui rend le film assez inoubliable.

 

(...) récit pittoresque et coloré, qui égratigne toutes les formes de haines et d'intolérances. Avec, aux côtés d'un Jonathan Zaccaï sincère et généreux, la sublime Golshifteh Farahani au regard lumineux et bouleversant.

Ouest France


Mais ce qui passionne et fascine le plus, c'est cette femme, et son personnage, sans cesse douteuse et pourtant bien décidée à rester en France, coûte que coûte. On avait déjà retenu Golshifteh Farahani, l'actrice, dans A propos d'Elly, film iranien très réussi sorti en 2009, mais là on ne l'oubliera plus. Elle devrait d'ailleurs hanter mes rêves de longues nuits durant. Toujours parfaitement crédible, constamment bouleversante, qu'elle exprime une joie profonde, une colère larvée ou un désespoir abyssal. Cette scène ou elle pique une crise de larmes en lâchant le téléphone est saisissante, de même que cette scène ou elle court dans la rue en criant, un magnifique sourire aux lèvres,« Merci pour tout! ». Et puis il y a cette scène, où on la voit joyeuse, réconfortée au contact de cette femme dans la force de l'âge (Demongeot), scintillantes toutes les deux dans ce qui les rapproche: leur doigté au piano. Etreinte magnifique que celle entre deux femmes, un instant libre. Leur complicité est totalement bouleversante. Et évidemment il y a cette scène de libération finale où, la robe transparente sous l'effet d'une pluie battante, elle vit et respire, enfin. L'actrice trouve ici un lot de scènes inoubliables. Mais là ou elle est la plus belle, c'est lorsqu'elle trouve, à plusieurs moments du film, le repos, presque salvateur, en tout cas salutaire. A chaque fois, le visage libéré et serein de cette femme forte, bien de son temps, nous donne une émotion incroyable. Et, doucement, dans l'esprit poétique que le film nous inspire, on a envie de se baisser, de passer l'index derrière l'oreille pour dégager les cheveux de la belle, et de susurrer, délicatement, à cet ange de beauté persane: « dors, mon adorée, que le soleil dora, dors ». C'est ce que suggère ce film féministe et sans complaisance, avec espoir: on aimerait que toutes les femmes du monde entier puissent, à leur tour, trouver ainsi ce repos mérité, pour entendre chuchoter à leur oreille ces doux mots. Et, le visage paisible et serein, s'endormir pour songer à des jours meilleurs... Et, chère femme qui se bat et qui lutte, si tu meurs, je te tue!

 

Si-tu-meurs-3.jpg

 

82% de réussite.

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