Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
7 mars 2011 1 07 /03 /mars /2011 00:58

AVANT L'AUBE

Raphaël Jacoulot

 

Quatre étoiles

 

EN BREF:

Un film à l'ambiance parfaitement réussie. Un récit qui vous happe, très finement écrit. Un suspens qui ne se dément pas à mesure que le film avance. Une confrontation d'acteurs brillante. Bref, une très, très belle surprise.

 

avant l'aube

 

Une voiture, une route enneigée, des montagnes déjà inquiétantes, un personnage qui conduit en fumant. Et ça y est, on est pris, intrigués et presque apeurés qu'un événement arrive déjà. Et ce sera comme ça tout le long du film, un suspens permanent, et on est totalement scotchés du début à la fin. On arrive à un hôtel, très inquiétant lui aussi, une immense propriété qui s'élève au milieu de champs enneigés, on sent les évènements étranges arriver. Et on ne s'y trompe pas. Est alors installé un jeu de scénario, qui durera jusqu'à la fin du film: on sait qui a fait quelque chose (on ne sait pas tout de suite précisément quoi), les deux personnages principaux savent, une enquête policière est ouverte, et il y a un jeu de confiance/pas confiance. Jean-Pierre Bacri, rustique, un vieil élément du décor, bourru, est parfait (à mon souvenir l'un de ses meilleurs rôles), en patron de l'hôtel, qui se prend d'un soudain attachement pour Vincent Rottiers, un stagiaire, puis employé, en réinsertion après un séjour en prison (et on ne saura jamais pourquoi précisément). Rottiers confirme, après une prestation éblouissante dans Je suis heureux que ma mère soit vivante en 2009, qu'il est un des meilleurs acteurs de sa génération. Autour de ces deux étranges partenaires, qui se protègent mutuellement, gravitent des personnages au jeu simple (unilatéral j'ai envie de dire), parce qu'ils n'ont rien à voir dans l'étrange histoire qui entoure désormais le drame: la femme du patron, l'excellente Ludmila Mikaël, la copine de l'employé, la future belle-fille du patron, le père du patron. Deux autres personnages viennent s'immiscer dans l'histoire: le fils du patron, qui est le troisième à savoir, et la policière, la parfaite Sylvie Testud. Le scénario enchevêtre avec une grâce indescriptible et une intelligence certaine le double jeu mené par quatre personnages, et le jeu simple mené par le reste du casting. On se perd toujours dans les méandres d'un scénario extrêmement bien écrit, qui nous promène sans cesse dans le doute. On fait des hypothèses partout, d'ailleurs on pense au bon truc à un moment donné, puis on passe à autre chose. A un moment, on doute de la sincérité du patron, à un autre on le sent véritablement emmené par une humanité qui le dépasse lui-même, ce patron qui prend sous son aile un ex-supposé-délinquant. Pareil pour le personnage de Vincent Rottiers, on se demande constamment s'il pense qu'on se fiche de lui, ou s'il se laisse aller totalement aux opportunités d'une vie un peu plus aisée qu'avant.

 

Subtil et ample, prenant et profond, ambitieux et modeste, aussi bon dans son mouvement général que dans ses détails, "Avant l'aube" nous fera définitivement nous souvenir du nom de Raphaël Jacoulot.

Les Inrocks


Ce qui est fort dans le film, c'est cette capacité à montrer les deux personnages dans leurs relations avec les autres, et à semer le doute dans n'importe quel détail, n'importe quel mot. Ainsi, le patron est vu avec sa femme, son fils, sa belle-fille, son père, et l'employé avec sa copine, le fils, la femme, la belle-fille et le père du patron. Avant l'aube est une déclinaison incroyable d'un grand nombre de genres: un polar (les policiers sont souvent là, c'est une véritable enquête policière), un thriller (du suspens même sans la présence de policiers, des étrangetés et une violence larvée), une étude de moeurs (le film recrée une sorte de petite lutte des classes absolument passionnante), et même une comédie (avec le personnage haut en couleur, et surement le plus surprenant au final, de Sylvie Testud, qui enquête avec une malice et un plaisir fou). Raphaël Jacoulot soigne tout les détails, nous perd, nous reprend, avec une force implacable, jusqu'à une fin très surprenante et, encore une fois, très intelligente. Vers la fin, le film fait ce tour de force de nous faire changer de point de vue sur l'histoire: on a compris les visées de tous les personnages, reste à savoir qui va gagner, et tout le monde à sa carte à jouer, tout s'enchevêtre avec encore plus de plaisir. En fait, le tout est savoureux, parce que l'image est superbe, le scénario fin et intelligent, la réalisation précise et efficace, la musique enrichissante pour le film, la fin surprenante et complètement hors des sentiers battus. Cerise sur le gâteau: le film nous laisse avec quelque chose, une énigme irrésolue, qui nous empêche de cerner complètement les contours du personnage du patron, qui reste un mystère. Quand on sort de la salle, on se rend à l'évidence: on vient de voir un grand film intimiste.

 

avant-l-aube-affiche.jpg

 

80% de réussite.

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Chris 06/04/2011 21:52


J'ai trouvé le film pas mal, mais à mon avis le réalisateur peut encore beaucoup mieux faire.


Vincent 29/03/2011 01:26


Je te rejoins sur pas mal de points : le film est très prenant et particulièrement bien joué. Seul bémol : Vincent Rottiers qui joue de film en film inlassablement le même rôle.


Gagor 11/03/2011 19:50


Ah, ça c'est cool! Vive Avant l'aube!


ffred 10/03/2011 00:27


Une excellente surprise pour moi ! Mais tu le sais déjà ! Je lui ai attribué mon prix spécial pour le Festival d'hiver


Présentation

  • : Le blog de levolution.over-blog.com
  • Le blog de levolution.over-blog.com
  • : Critiques des films récents, bilans mensuels... Coup de coeur, coup de blues, l'évolution du cinéma, et la mienne, aussi.
  • Contact

J'écoute...

Recherche

LES 10 DERNIERS COUPS DE COEUR

Les amants passagers

Les amants passagers

Queen of Montreuil

Queen of Montreuil

The sessions 2

The Sessions

Syngué sabour

Syngué Sabour

Les chevaux de Dieu

Les chevaux de Dieu

Wadjda

Wadjda

Archives

Catégories