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6 mars 2011 7 06 /03 /mars /2011 23:56

LA PERMISSION DE MINUIT

Delphine Gleize

 

3 étoiles

 

EN BREF:

Un très joli film, d'une délicatesse exemplaire. Delphine Gleize filme avec pudeur une belle histoire d'amitié, sans aucun pathos. Elle parle aussi, avec beaucoup de grâce, du désir, de l'absence, de la responsabilité. C'est très simple, et c'est très beau.

 

la permission de minuit

 

Le sujet ne donne pas très envie: l'histoire d'un médecin qui doit laisser sa place aux côtés de quelques « enfants de la lune », atteints d'une maladie orpheline extrêmement rare qui leur empêche de s'exposer aux rayons du soleil. Le film commence sur une chute de dominos, très belle, puis une autre, impressionnante. Métaphore surement du parcours du personnage tenu par Vincent Lindon, qui voit autour de lui les éléments de sa vie tomber un à un (son job, son patient, sa femme, son corps à un moment donné). Pourtant, ce personnage a beaucoup de bonté à revendre, et il le prouve dans sa relation avec un patient, Romain, un enfant de la lune qui « s'ennuierait beaucoup » si son médecin n'était pas là. Plus d'une décennie qu'il soigne ce patient, et, trop attaché, il n'arrive pas à lui dire qu'il s'en va, appelé à de hautes responsabilités à Genève par l'OMS. Le film déroule ainsi une histoire peu commune mais aux ressorts assez simples et suffisamment intéressants pour nous captiver plus d'une heure quarante cinq. Delphine Gleize revisite avec beaucoup de charme les drames sur l'adolescence, la découverte du désir et du corps, avec beaucoup plus de gravité aussi puisque le jeune personnage est voué à mourir tôt, le traitement contre sa maladie n'ayant pas été trouvé. Au contact du médecin, celui-ci va donc découvrir qu'il est capable d'aimer, d'être aimé, peu importe sa maladie. Ce qui nous donne une très jolie scène ou il aimerait casser avec sa copine pour ne pas qu'ils s'attachent trop, et qu'elle lui dit qu'elle s'en fiche, au fond. La cinéaste n'exagère rien et rend ce garçon attachant, crédible (ce n'est pas une bombe de beauté et Quentin Challal joue sa partition avec beaucoup de finesse). Elle le plonge dans des situations ou l'on a tous pu se trouver, et son amitié avec le médecin ne paraît pas bizarre, elle suinte la sincérité.

 

un film sensible et beau, fort sans être jamais tire-larme, authentique et franc comme l'amitié singulière dans laquelle il s'ancre.

La Croix


Delphine Gleize mise, pour filmer son histoire assez rude, sur la pudeur, la délicatesse et la simplicité. D'un côté ces malades, jamais victimisés (voir juste cette scène ou Romain dit adieu à une malade qui va s'en aller, et l'on ne voit pas l'échange, on l'entend, derrière une porte), de l'autre cette vie, de laquelle les malades profitent tant bien que mal, comme ils peuvent, avec ce masque très étrange, un genre de scaphandre qui a l'air de les étouffer. Vincent Lindon, une fois de plus parfait (mon éternel favori, toutes catégories d'acteurs confondues), campe ce médecin avec une crédibilité incroyable et une sincérité déroutante. Jamais il ne fait de faux pas, et donne, comme d'habitude, une grande envergure à son personnage. La confrontation Lindon – Challal donne une histoire d'amitié comme on en voit rarement, une relation ambigüe passionnante et dévorante. Et qui donne des moments complices très beaux (quand ils parlent sexualité, quand il l'aide à faire son devoir sur une princesse, ou quand il lui apprend à se raser), puis des moments d'une liberté et d'une beauté folle (quand ils partent, sans permission, dans une dernière virée, très désarmante). Delphine Gleize filme avec beaucoup d'humanité une histoire très simple et très attachante, sous ses aspects douloureux: Lindon, comme un père de substitution, essaye de son mieux de faire profiter à ce jeune patient des choses importantes de la vie (se raser, avoir des responsabilités, aimer). Il y a de l'audace à faire ce film dans son sujet, dans son rythme (ça prend son temps, mais un temps nécessaire et utile pour installer une relation profonde et pleine de subtilités), dans sa technique (une grisaille quasi-permanente, une froideur du cadre extérieur que je trouve très belle, notamment dans cette scène ou les enfants de la lune marchent sur une route enneigée). Et, oui, le film mérite sa place sur les écrans, ce n'est pas un mauvais téléfilm... Et, pour clore cette métaphore des dominos, le personnage de Lindon se relève, dans une très belle scène encore, celle ou la très bonne Emmanuelle Devos lit la lettre de Lindon (ou il récupère, avec ses propres mots, sa dignité, et ou il s'excuse, avec modestie). La réalisatrice termine son film d'une manière extrêmement simple, mais c'est exactement ce qu'on souhaitait. Un oiseau s'envole, un coup de téléphone. C'est là qu'est la véritable émotion du film: dans son refus du pathos, dans son refus de la victimisation des malades, et, à la fin, dans sa manière sobre et délicate de fermer un film passionnant.

 

la-permission-de-minuit-affiche.jpg 

 

71% de réussite.

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commentaires

Chris 06/04/2011 21:53


J'ai beaucoup aimé, comme toi, et je trouve que le film n'a pas rencontré son public.


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