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31 mai 2011 2 31 /05 /mai /2011 13:39

INFILTRATION

Dover Kosashvili

 

3 étoiles

 

EN BREF:

Un film surprenant, qui vous prend malgré vous lorsque vous vous y attendez le moins. Et grâce à une réalisation sereine, une interprétation parfaite et un scénario imprévisible, le traitement du sujet est totalement inédit, donc plutôt admirable.

 

infiltration-2.jpg

 

On a comme la légère impression de se répéter, mais c'est un tel plaisir à chaque fois qu'on ne s'en lasse pas: le cinéma israélien est l'un des plus passionnants et des plus en forme. Sans cesse il se renouvelle et nous offre une créativité sans faille à l'épreuve du traitement de sujet rebattu. Dernier exemple en date, donc, cette Infiltration. Un groupe d'hommes doit s'entrainer au combat pour lutter au nom de la plus haute des causes, la patrie. On les suit donc, on voit la dynamique de groupe se former, on les voit dans leurs phases d'entraînement, leurs périodes de « détente », toujours sous surveillance des impitoyables commandants. Tous aspirent à différents rôles: d'aucuns ne veulent absolument pas terminer leur vie à se battre, serait-ce même au nom de la patrie, d'autres veulent être gradés, les derniers ne savent pas vraiment quoi faire de leur vie. Et au bout du compte, l'affectation vers les champs de bataille, vers les hauts postes, ou les ingrats par les « juges », les commandants. Il y a dans ce film un étrange paradoxe: on s'ennuie plutôt pas mal (c'est long: 1h55), les personnages sont souvent dessinés à gros traits (il y a le gay totalement extraverti, le frondeur pas totalement intègre, l'aspirant totalement lèche-bottes...), et pourtant on sort du film très content de l'avoir vu, parce que Kosashvili nous offre un film très original sur un sujet qui ne l'est, lui, pas du tout.

 

Parfois, on croit être devant la 7ème compagnie égarée dans le Néguev et, à d'autres moments, on n'est pas très loin d'un vrai film de guerre qui fait mal et qui salit ceux qui la font comme ceux qui la regardent.

Elle


Qu'est-ce qui retient donc notre attention dans cet étrange objet filmique? D'abord, il y a cette ambiance, subtil mélange de pathétique et d'étouffant. On sent avec force cette violence larvée qu'on ne voit pourtant pas tellement (excepté lors de rares scènes de bagarre ou lors du final), et le tout est filmé avec un certain détachement, c'en est presque amusant. Le film semble être parfois une satire de la situation (complexe) d'Israël en 1956, 8 ans après la création de la terre juive par Ben Gourion, période durant laquelle se déroule l'histoire. Puis, il y a ce rythme, étrange également parce qu'il semble étonnamment apaisé alors que les films de guerre sont toujours rythmés en diable par les assauts, les blessures, les drames. Ensuite, les comédiens, qui imposent tous à leur personnage un véritable caractère, une profondeur psychologique passionnante, malgré une première impression un peu caricaturale. On retiendra particulièrement le rôle principal, tenu par Guy Adler, dont l'épaisseur du personnage croît à mesure que l'histoire avance. On s'attache aux personnages presque par nécessité, tant le reste semble si ténu, si éphémère. Après, il y a cet aspect ironique et mordant totalement irrésistible. Une scène grand guignolesque, notamment, restera marquée dans mon esprit: un entraînement au camouflage, qui nous tire de l'état de torpeur dans lequel on allait quasiment tomber. In extremis, avec cette hilarante et pourtant cinglante scène, le cinéaste nous rattrape, pour nous scotcher jusqu'à la fin (cette scène intervient au deux tiers). De cette terrible scène, le réalisateur tire tout l'aspect absurde qu'elle comporte, avec les réactions des protagonistes qu'elle déclenche. Et enfin, ce qu'on retiendra particulièrement du film, c'est le courage d'une conclusion qui peut paraître hâtive mais qui déclenche forcément un état d'aberration chez le spectateur légèrement dépité. Il y a donc ceux qui ont la force d'aller vers leur destin, qu'il soit militaire ou non (belle échappée d'un personnage, peu soulignée mais forte), il y a ceux qui ont le cran d'être intègres jusqu'au bout, jusqu'à l'acte ultime d'autodestruction, inévitable et pourtant si inattendu. Le film nous laisse une somme de questions assez importante, on retient une oeuvre engagée, absurde, sociale et courageuse!

 

Infiltration.jpg

 

67% de réussite.

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commentaires

ffred 01/06/2011 20:30


Un film assez bizarre oui. Je ne peux pas dire que j'ai aimé, mais je ne peux pas dire que j'ai détesté non plus. Moi la scène que j'ai trouvé surréaliste c'est celle de la Marseillaise... !


Gagor 05/06/2011 21:30



Oui, aussi, c'est vrai, la scène de la Marseillaise m'a echappé... J'étais également indécis, mais j'en garde un excellent souvenir, et un intérêt qui vaut bien les trois étoiles...



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