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LE PRINTEMPS DE TEHERAN
L'HISTOIRE D'UNE REVOLUTION 2.0
Ali Samadi Ahadi
EN BREF:
Un document salutaire mais inégal, qui arrive à prendre un recul sur les évènements qui secouent l'Iran depuis juin 2009, et fait vibrer des témoignages poignants. Seulement la force de frappe du documentaire reste très limitée.
Mir Hossein-Mousavi, candidat aux élections présidentielles iraniennes, entraîne dans son sillon une véritable dynamique électorale. La couleur de l'islam, le vert, flotte comme une revendication, et comme l'affirmation d'une liberté quasiment retrouvée, dans toutes les rues de la capitale, Téhéran. Le 12 juin 2009, c'est un peuple à l'espoir ravivé qui se déplace en masse aux urnes. Le 12 Juin 2009, Mahmoud Ahmadinejad est réélu président de la République Islamique d'Iran. A partir du 13 juin 2009, c'est le chaos. Les candidats de l'opposition sont placés sous surveillance judiciaire, les manifestants, de plus en plus nombreux, réprimés avec une violence sourde et cruelle, la police et la milice paramilitaire tirent parfois à balles réelles sur une population révoltée. Les journalistes étrangers sont boutés hors du pays, les images clandestines se diffusent sur Internet, et les seuls témoignages disponibles proviennent de blogs. 20 juin 2009, Neda Agha-Soltan, dont la figure deviendra emblématique d'une révolte, est abbatue. Ce crime filmé par un portable fera le tour du monde. Les seules images de ces révoltes ont étés filmées par des amateurs, sur des téléphones portables le plus souvent, de très mauvaise qualité. Ali Samadi Ahadi se propose d'en faire un montage, et, en séquences d'animation, de recouper certains témoignages. On obtient ainsi un documentaire qui mélange trois façons de voir: des témoignages animés, une illustration de la cruauté; des interventions d'acteurs de la révolution, qui ont fui l'Iran; des vidéos amateurs.
Ce "Printemps de Téhéran" donne à entendre un choeur plein d'harmonie et de tristesse. L'expérience est belle, et à de quoi laisser songeur.
Le Monde
Le documentariste n'a donc ici qu'une seule ressource: le web. Et comme la ressource est dense mais techniquement maigre, la créativité est imposée. Ainsi l'idée des séquences d'animation est une belle idée. Parce qu'elle permet un recul sur les évènements, une réflexion poussée et imagée, et une certaine poésie, qu'on n'aurait pas eu si l'image avait toujours été chaotique. Sur la forme, le documentaire pêche par excès, trop de musique, une juxtaposition parfois maladroite des différents styles adoptés. On aurait presque préféré un Valse avec Bachir iranien, avec une animation plus approfondie, plus détaillée. On est ici beaucoup dans le schéma et le symbolique, et l'alternance réel/animé est trop forte pour concorder. Il y a un trop grand écart entre l'envie de retranscrire exactement des évènements (ce que le web a déjà fait, avec une force de frappe nettement supérieure), avec des morceaux de discours officiels, des scènes de rue sanglantes et violentes, des rassemblements impressionnants, et l'envie de penser cette révolution, de mettre des mots sur la douleur, sur la violence, sur l'espoir aussi. On aurait trouvé plus judicieux, puisque les images réelles ont été vues et revues, de ne se baser que sur les témoignages, et d'en tirer une histoire, seulement ébauchée ici dans les séquences d'animation.
Voir compilés ces libres témoignages rescapés de la censure d'Ahmadinejad est le principal intérêt de ce sous-"Valse avec Bachir"
TéléCinéObs
Reste tout de même un documentaire qui émeut, qui frappe de son actualité, et qui parle de manière très simple d'une ambiance dans une société. De l'espoir qu'ont les Iraniens, en Iran et hors frontières, de retrouver dans la rue une joie de vivre, des sourires sur le visage des passants, et une fierté d'appartenir à une patrie. On retiendra aussi quelques séquences animées, dont celle des larmes de l'Iran, cristallisées sur un visage d'homme, qui se dit qu'il a le droit de pleurer, quand bien même un homme ne pleure pas. Et celle d'une sorte de complainte, assez déchirante, qui parle du combat d'une femme pour son pays, combat qu'elle n'arrêtera jamais. Les témoignages sont d'une cinglante beauté, et rendent un hommage fort à ceux qui les ont écrits, à la hauteur de leur engagement. Janvier 2012. Mahmoud Ahmadinejad est toujours président de ce qu'on a du mal à appeler encore la République Islamique d'Iran. L'Occident continue de faire les yeux doux à ce pays producteur de pétrole, et les sanctions internationales se font moindre. Comme le dit très justement le documentaire, "les négociateurs devraient penser au visage de Neda Agha-Soltan avant de conclure un contrat". Le documentaire, s'il reste inégal dans sa forme, et s'il aura du mal à trouver une diffusion large, reste tout de même vecteur d'un propos d'une importance cruciale, au moment ou le peuple syrien subit la répression du régime d'Al Assad, et ou les artistes iraniens engagés doivent toujours créer clandestinement.
60%.
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Wadjda
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