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11 janvier 2012 3 11 /01 /janvier /2012 01:29

LES ACACIAS

Pablo Giorgelli

 

3 étoiles

 

EN BREF:

Un petit film qui prend le temps de s'insinuer dans l'esprit du spectateur. Original, beau, dépaysant, délicat. A déconseiller toutefois aux personnes n'aimant pas les films trop lents...

 

les-acacias.jpg

 

Quelle surprise que ce petit bout de film! Les acacias, drôle de titre pour un film qui a priori parle d'une rencontre. Un routier, qui transporte entre Paraguay et Argentine des troncs d'arbre (magnifique premier plan dans une forêt, où l'on coupe les troncs), conduit une femme et son bébé à Buenos Aires. On suit donc le parcours (1500 kilomètres) de ces deux êtres un peu abandonnés, qui vont apprendre à se connaître, malgré la réticence du chauffeur d'abord. Lui n'est pas très content de voir une femme arriver avec un bébé dans les bras. On ne lui avait pas dit qu'il allait être dérangé par des pleurs, et 1500 kilomètres, c'est long. Elle est en assez mauvaise posture, fuyante on l'apprendra plus tard, et mal à l'aise dans ce camion, avec ce chauffeur hostile de façade. Les premières heures ne démentent rien: les regards se font plutôt noirs, et la femme tente de contrôler son bébé, chamboulé par ce grand voyage. Longtemps après (une éternité, aux yeux du spectateur), arrivent quelques bribes de mots. Enfin le chauffeur s'intéresse un tant soit peu à la vie de sa passagère, la raison de sa présence ici. On comprend qu'elle est en fuite, et qu'elle va tenter de trouver un travail à Buenos Aires. On ne saura rien du papa du bébé, si ce n'est qu'elle "n'en a pas". Et puis arrive une tendresse inattendue de la part du chauffeur, qui voit dans ce bébé l'occasion de jouer un rôle de père, rôle qui lui a été retiré, lui qui n'a vu son fils qu'une seule fois, lorsqu'il avait quatre ans et demi.

 

On va connaître trois êtres humains qui ne nous sont rien, qu'on va aimer pour ce qu'ils sont, pour ce qu'ils donnent, sans dire grand-chose, sur une route qui ne finit jamais, qu'on aimerait ne jamais voir finir.

Marianne


Pablo Giorgelli nous fait bien comprendre qu'on rentre dans l'intime des gens, mais il le fait avec un profond respect pour ses personnages. On apprivoise la vie de ces deux êtres par des éléments disséminés avec parcimonie. C'est tout en nuances, en discrétion. Un regard, et c'est un pan d'une vie qu'on comprend. Une larme, et c'est la blessure du déracinement qu'il faut assimiler. C'est le début d'une relation qui nous est montrée ici, l'histoire humaine d'un apprivoisement inévitable, et d'une interdépendance qui se crée. Le chauffeur aura désormais besoin d'elle et de sa fille, lui dont l'oeil retrouve l'étincelle de la joie, elle aura à jamais une bienveillance envers cet homme, qui l'a mené à bon port. Pablo Giorgelli nous offre, avec Les Acacias, une respiration, un dépaysement momentané. Il prend du temps, pour montrer l'éclosion lente mais certaine d'un sentiment, le changement d'un regard. Il le fait dans un film minimaliste, sans prétention, s'offre des paysages somptueux mais filmés avec simplicité. L'alchimie se fait entre les deux acteurs (German de Silva et Hebe Duarte), et avec cette petite bouille, qu'on retiendra longtemps. On est dans un cinéma de l'observation, de l'empathie lente et contagieuse. De tout cela, on a du mal à se rendre compte avant la fin, tant la lenteur est de mise. Il y a des moments ou l'on s'ennuie ferme, ou l'on prie le réalisateur de passer à autre chose. Et puis la fin arrive. Il la dépose avec sa fille devant cette maison à Buenos Aires, dit bonjour à l'occupant principal, et se retrouve seul dans la rue. On la sent cette déchirure, on la vit avec lui, cette séparation beaucoup plus douloureuse que prévue. Le au-revoir qu'ils se donnent est sublime. Lui, tout penaud, conscient d'un retour à la réalité qui risque d'être compliqué, elle, ouverte à un autre voyage, un peu plus tard. Lui, soudain conscient de son attachement, du lien qu'il a tissé avec elle, qui bute sur ses mots, qui redevient un touchant jeune premier. Le film nous quitte là, quand tous les espoirs sont permis, tous les rêves autorisés.

 

les-acacias-2.jpg

 

66%.

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