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26 février 2011 6 26 /02 /février /2011 01:52

36ème

cérémonie des César

 

Si The Ghost Writer, Des hommes et des Dieux, Gainsbourg – vie héroïque et Le nom des gens repartent gagnants, pas moins de 9 autres films ont étés récompensés, durant une cérémonie beaucoup mieux rythmée que l'année dernière, plus variée aussi. Des surprises, des confirmations, quelques légères frustrations, mais une bonne soirée globalement.

 

Le nom des gens 2

 

On nous a menti. Depuis un bon mois, on nous bassine avec ces César, avec une 36e cérémonie née sous le signe des comédies, mais achevée avec la confirmation du goût de la profession pour les bons drames (la comédie était nommée dans toutes les catégories importantes – exception faite de celle du Meilleur Réalisateur, et dans certaines catégories techniques – essentiellement Potiche). Les drames et autres films pas drôles récoltent ainsi 15 César, les comédies 6 (tout de même mieux que les autres années).


Le grand gagnant de la soirée, donc, The ghost writer, dont on ne comprend toujours pas la légitimité à être dans cette compétition, qui repart avec 4 César, celui du meilleur montage, adaptation, musique originale et réalisateur. Des hommes et des Dieux ne démérite pas face à lui puisqu'il repart avec le trophée le plus prestigieux, le Meilleur film, et deux autres très beaux César: Caroline Champetier, pour la Meilleure photo, et Michael Lonsdale, pour le Meilleur Second Rôle. Deux films créent la surprise. Gainsbourg, qui repart avec deux étonnants (surprenants, mais mérités) César: Meilleur son, meilleur acteur, et un qui confirme un fait: Joann Sfar réalise l'un des meilleurs premiers films de l'année (Un poison violent manquait cruellement, selon moi, à la liste des nommés). Le nom des gens aura surement marqué la plus jolie surprise de l'année, avec deux César, l'incontournable Meilleur scénario original et l'étonnant Meilleure actrice pour la pimpante Sara Forestier. Autour de ces quatre gagnants gravitent quelques récompensés, l'attendu The social network pour le film étranger, l'excellent Logorama pour le court-métrage, le très beau L'illusionniste pour le film d'animation, le drôle Adèle Blanc-Sec pour les décors, et le seul que je n'ai pas vu, Carlos, récompensé par le Meilleur Espoir Masculin (Edgar Ramirez). Rayon étonnement: Léa Seydoux, clouée au pilori par Leïla Bekhti, récompensée par le César du Meilleur espoir féminin, et Anne Alvaro, que personne n'avait cité dans aucun pronostic (et que j'avais moi-même mise en dernier dans mes choix personnels), récompensée pour son second rôle dans Le Bruit des glaçons. Rayons déceptions personnelles: Océans, récompensé alors qu'il était face à deux autres documentaires autrement plus novateurs, Cleveland contre Wall Street et Benda Bilili!

 

Les perdants de la soirée sont donc moins nombreux que l'année dernière (le Prophète de Jacques Audiard avait cloué le bec à tous), mais sont à noter: Tournée, nommé sept fois; Mammuth et Potiche, nommés quatre fois; L'arbre, nommé trois fois. Et bien heureusement, même si L'arnacoeur est une très bonne comédie, il n'a pas été récompensé, pas plus que Les petits mouchoirs (on l'a échappé belle) et La princesse de Montpensier (une récompense tout de même, mais nommé dans quasiment toutes les catégories techniques, huit fois toutes catégories confondues).

 

On critique souvent la soirée des César pour être longue, chiante, pas drôle. Cette année, la cérémonie a, pour moi, dérogé à la règle. Le rythme était bien huilé, la majorité des intervenants avaient préparé leur entrée, et malgré quelques bides, la soirée a tout de même réservé de belles surprises.

 

perez.jpg


Au rayon bide, on saluera un bon nombres d'interventions de Antoine de Caunes, qui, malgré quelques piques bien senties à l'égard de Frédéric Mitterrand, n'arrive toujours pas à présenter la soirée avec fluidité et naturel. On a parfois l'impression qu'il se fait chier, et il est en tout cas beaucoup moins corrosif qu'on a pu le connaître. Quant à l'hommage à Jodie Foster par de Caunes, il est à oublier tout de suite, il était purement ridicule. A saluer également de ce côté, Elie Semoun, qui n'arrive pas à se renouveler, et qui était à peine amusant, le couple Vincent Perez – Elsa Zylberstein, qui s'est pris un énorme bide avec un poussin dont personne n'a compris l'utilité, et Nathalie Baye, qui se prend trop au sérieux pour remettre un simple prix. Quant aux récompensés, personne pour venir chercher le seul César attribué à la croûte de Tavernier (pardon), et le chef déco d'Adèle Blanc-Sec, pas très sympathique. Le César du bide va bel et bien au couple Perez-Zyberstein, quand même!

 

gallienne.jpeg

 

Au rayon émotion, on notera la très belle prestation de Guillaume Gallienne, qui, après avoir raconté une anecdote croustillante de drôlerie, a terminé quasiment les larmes aux yeux en rendant hommage à Maria Schneider. Anne Alvaro semblait également très émue, le couple Baya Kasmi – Michel Leclerc, venu chercher le César du meilleur scénario original, était tout ému, trop mignon, ils s'embrassaient, ne savaient plus ou se mettre. C'était naïf, libre et vivant, à l'image de leur film. Leïla Bekhti était toute en larmes, Géraldine Nakache très émue pour son actrice, qui recevait le Meilleur Espoir Féminin, c'était une équipe émue qu'on a pu voir, une équipe soudée et qui semble sympathique. Edgar Ramirez, très ému, tout essoufflé, et tout tremblotant. César de l'émotion: la sincérité de Guillaume Gallienne l'emporte, à mon sens.

 

cluzet.jpg


Au rayon discours, on aura apprécié la pensée qui allait à Jafar Panahi, le discours presque politique de l'une des plus belles prestations de la soirée, celle de Caroline Champetier, chef photo des Hommes et des Dieux, qui a dit en quelques instants des phrases très percutantes, et qui accueillait cette victoire avec humilité, sincérité, c'était un beau moment. François Cluzet, très efficace face au ministre de la Culture, un peu seul ce soir à critiquer un tant soit peu le système de production actuel, avec de Caunes, timidement, et Xavier Beauvois, qui a clos, moins fortement que Pascale Ferran en 2007, avec moins d'adresse et de préparation, la soirée avec une note un peu politique, en appelant à la tolérance en critiquant la décision de Copé de remettre sur le tapis le débat sur l'islam. Le César de la saillie politique est remis à François Cluzet. Quant au rayon beau discours, mention spéciale à l'inénarrable Michael Lonsdale, bouleversant d'humilité, plein d'humanité, très fort.

 

Au rayon hommage, on a déjà parlé du très simple et touchant hommage de Guillaume Gallienne à Maria Schneider, mais il y a aussi eu celui, beau et simple, de François Cluzet à Chabrol, et celui préparé par Diane Krüger et Christoph Waltz (qui parle français comme une vache espagnole, c'était assez croustillant), adressé à Quentin Tarantino, présent pour recevoir son César d'honneur. Et le César du meilleur hommage est décerné à Guillaume Gallienne, qui réalise un beau doublé!

 

tournee.jpg


Au rayon efficacité, on aura remarqué tout au long de la soirée, avec plaisir parce qu'on ne s'ennuyait pas tellement, que la majorité des intervenants a été très efficace. Qui de Nathalie Baye, du couple Sisley-Efira, d'Emmanuelle Seigner, des danseuses du New Burlesque côté remettants, ou de Roman Polanski, Eric Elmosnino, Jacques Cluzaud, Alexandre Desplat, Hervé de Luze ou encore Sylvain Chomet côté récompensés, remportera le très convoité César de l'efficacité 2011? Assurément la troupe du New Burlesque, dont on aurait aimé voir beaucoup plus...

 

Francois-Damiens.jpg


Et enfin, au rayon drôlerie, une belle compétition cette année, avec des rires presque instantanés et pas prévus pour certains. Du côté des remettants, j'ai eu le droit à mon fou rire avec François Damiens, venu donner le César du Meilleur Court-métrage, énervé (c'était un sketch) de ne pas avoir obtenu le César du Meilleur Second rôle masculin. Pascal Elbé n'était pas mal non plus, étonnant, et bon acteur (comment peut-on rester sérieux dans cette situation), qui était venu donner le César du Meilleur Espoir Féminin (à sa « petite soeur », Leïla Bekhti), après avoir perdu celui du Meilleur Premier film pour Tête de turc. Quant à Jean-Paul Rouve, qui est venu avec sa poilante génitrice, il a offert un excellent morceau comique à la soirée. Et Valérie Lemercier a fermé le bal, avec un bout de sketch à sa hauteur, son évocation des acteurs était assez drôle, et la soirée s'est bien conclue, avec la drôlerie de Lemercier, la sincérité d'Elmosnino, la phrase politique et l'émotion de Xavier Beauvois, et la beauté et la grâce de Jodie Foster, la présidente. Quant aux récompensés, deux-trois grands moments de rire: Edgar Ramirez, qui confond l'Académie Française et l'Académie des César; Sara Forestier, qui est venu à la cérémonie avec sa « culotte porte-bonheur » et a annoncé à Michel Leclerc et Baya Kasmi, réalisateur et co-scénaristes du Nom des Gens, qu'avant le film, ou elle devait jouer une pute politique, elle ne connaissait rien à la politique, et était vierge; Eric Elmosnino, enfin, qui, répondant à Sara Forestier, lui a dit que « ce n'était pas bien, de mentir ». En fait, il y avait quelque chose de chaleureux, de respectueux, chez tous ces nommés, et pour une fois, il ne semblait pas y avoir d'atomes crochus entre certains concurrents, et c'est fort agréable, et peu courant dans les César. Le César de la drôlerie va tout de même à François Damiens, qui l'a incontestablement bien mérité, celui-là.


hommes et dieux


En ces temps d'aspiration des peuples arabes à la liberté, en ces temps de tumulte au sommet de l'Etat, on aimerait célébrer la liberté. Les César, à leur niveau, l'ont fait, en célébrant un cinéaste emprisonné d'avoir été libre dans ses réalisations (Jafar Panahi, iranien), en célébrant un cinéma divers et dont on peut voir la liberté (il n'y a qu'à voir l'audace d'un Gainsbourg – vie héroïque risqué, les fulgurances de liberté d'un Michel Leclerc touché par la grâce dans Le nom des gens, l'aspiration à moins d'emprise des logos, moins de consumérisme, dans la vie quotidienne, avec Logorama, ou encore l'aspiration à l'ouverture, à l'échange, au respect, à la dignité proposée par Des hommes et des Dieux). Sara Forestier, en recevant son César, l'a dit, à propos du Nom des Gens, « ça m'a fait vivre, c'est tellement libre ». Oui, le cinéma français, souvent raillé, a tout de même montré des fulgurances de liberté en 2010, et certains ont même eu du succès (il n'y a qu'à voir les résultats de Mammuth, du Nom des Gens, des Hommes et des Dieux, de Gainsbourg). Oui, le cinéma français, pour conserver sa liberté, doit être aidé et défendu. On espère qu'il le restera aussi longtemps que possible, et on garde en attendant le souvenir d'une soirée un peu moins conforme et polie que d'habitude, traversée par de très belles surprises.

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Published by Gagor - dans Bilans
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Jérémy 26/02/2011 21:09


C'est la première fois que j'ai regardé tout le long. Et malgré quelques bides et silences encore trop coincés (je plains les comiques qui font, pour sûr, face à leur pire public), c'était plutôt
agréable... et les récompenses justifiées par rapport aux nominés de façon général. Sauf pour le documentaire où je suis d'accord avec toi.

Tu as oublier de mentionner le "phoque" de De Caunes qui m'a bien fait rire aussi.

Sinon, en remarques perso bon... je vais pas m'aventurer à réfléchir quels films j'aurai nominé dans telle ou telle catégorie. Simplement, même si c'est justifié pour 'Gainsbourg' j'aurai aimé le
premier film pour 'Simon Werner' dont c'était la seule nomination, mon film français coup de cœur de 2010.

Je n'ai pas vu 'Tournée' mais des amis me soutiennent qu'il méritait mieux. Je n'ai pas vu non plus 'Le Nom des gens'.
'The Ghost Writer', 'Des hommes et des dieux' et 'Gainsbourg' sont pour moi de bons films, donc pas grand chose à dire ;) .


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