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21 mars 2013 4 21 /03 /mars /2013 22:26

THE SESSIONS

Ben Lewin

 

Quatre étoiles


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Un homme atteint de la polio, ne pouvant quasiment rien faire seul, immobilisé dans un poumon d'acier. Un intérêt grandissant pour la chose sexuelle, qu'il n'a jamais connue, qui l'empêche de se sentir homme accompli, ou plus simplement homme ayant la maitrise de son propre corps. Plusieurs femmes. Une première, avec qui il aimerait atteindre une sensualité développée, elle freinée par ce corps inerte, malgré la vivacité de cet esprit. Une seconde, avec qui il travaille cette sensualité, découvrant ainsi son corps, sa capacité au plaisir, à l'attachement, à l'estime de soi. Le film raconte cette rencontre fabuleuse, entre deux corps, puis entre deux êtres, une rencontre couchée, sans fard. Au cours de six séances (les sessions), l'homme et la thérapeute (assistante sexuelle) vont explorer le corps de l'un, puis de l'autre, le but étant clairement énoncé: arriver à faire pénétrer l'un dans l'autre, dans l'ultime objectif de parvenir à un orgasme mutuel.

 

Le cinéaste raconte son histoire sans aucune pincette, aborde son sujet frontalement. Mais pour autant, il n'est jamais question de voyeurisme, ou même d'explication rationnelle, ni de leçon de vie. Haut et fort, le film clame: chacun a droit au sexe (un prêtre le confirme, Dieu fera bien une exception pour cette sexualité hors mariage). Le sujet, au départ, ce sont les pulsions, les envies de ceux qui ne peuvent se satisfaire eux-mêmes, ou n'osent pas le demander. Au final, en contrepoint, vient sonner cette envie d'être aimé, regardé, désiré. Le propos a beau être cru, l'image a beau être rude, il n'y a pas une seconde graveleuse en ce film. Parce que le cinéaste parvient à rendre poétique son observation rigoureuse, et parce qu'il respecte profondément les deux personnages principaux, qu'il dépeint avec une tendresse infinie, qu'on devine dans la douceur et la subtilité des dialogues, des réactions. On peut souligner que les deux acteurs, Helen Hunt comme John Hawkes, sont d'une exemplaire sobriété. Il sublime son sujet en offrant à son cadre de nombreuses échappées: résurgence de souvenirs d'enfance, poèmes, détails absurdes qui amènent le rire. The Sessions est un cocon, dans lequel on se sent bien, devant lequel on n'est jamais gêné. Le cinéaste, s'il ne brille pas par son style, impose à son excellent scénario un rythme et un découpage efficace et posé. On aborde la question de fond en comble, et le fil ne casse pas, rien ne s'essouffle, on sort de la salle profondément ému, par la force et la simplicité d'un film beau, profond et remuant.

16/20

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20 ANS D'ECART

David Moreau

 

3 étoiles


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Une femme, MILF (Mother I'd Like to Fuck) de son état, veut être nommée à un poste important dans le magazine féminin pour lequel elle travaille. Un jeune homme, étudiant, plutôt intelligent, mais encore assez naïf, tombe amoureux de cette femme, de vingt ans son aînée. Elle, parce que son patron trouve ''moderne'' qu'elle s'amuse avec un petit jeune, monte un plan, censé ne pas toucher à ses affects. David Moreau nous propose une comédie romantique, qu'on croit au départ bien franchouillarde comme il faut. La présence de Pierre Niney au générique intrigue tout de même, lui qui avait brillé dans Comme des frères, J'aime regarder les filles, ou Les neiges du Kilimandjaro (ce serveur, mais ce serveur...). Donc on y va. Générique de début, on se croirait dans une pub, magazine qui se feuillette et se jette directement après. Persuadés que le film va être une sacrée daube, on se renfrogne dans son fauteuil, n'attendant que Pierre Niney pour nous sauver, un tantinet soit peu, de là.


Or, tout ce qui suit dans la comédie n'est que jubilation. Sur une histoire vue et revue des centaines de fois, David Moreau instaure une petite alchimie entre ses deux acteurs, une folie mordante et pleine de plaisir. 20 ans d'écart ne souffre d'aucune originalité (cadrages plats, image trop nette, comme du papier glacé, scénario inconsistant, rebondissements téléphonés), mais s'illumine par le seul éclat du casting. Virginie Efira, malicieuse, blonde pimpante et revigorante, un vrai bol d'air. Charles Berling, inattendu, à l'air de s'amuser, et ça déteint bien sur nous. Gilles Cohen étonne en vieille folle directeur de magazine. Et Pierre Niney, d'une candeur pleine de fraicheur, de naïveté et d'oisiveté, parfait comme à son habitude, plein de promesses. Bref, une comédie qui s'apprécie uniquement pour les acteurs, mais des dialogues qui font mouche sans arrêt, et des éclats de rire (généralisés dans la salle pleine) incessants. Un vrai plaisir, sans prétentions, malgré les défauts d'une comédie française qui peine à regarder dans d'autres directions.

13,25/20

 


 

NO

Pablo Larrain

 

2 étoiles

 

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No, ou comment la campagne du plébiscite demandé par Pinochet pour crédibiliser son régime aux yeux du monde en 1988 devient la victoire du NON grâce à un combat publicitaire entre partisans et opposants au régime. No, ou le plaisir de voir un vrai beau film politique, qui porte de l'affection pour son sujet. No, ou le récit endiablé, parfaitement maitrisé, joliment découpé, rythmé en diable, d'une campagne de la joie. No, ou la confirmation que Gael Garcia Bernal est un acteur engagé dans ses projets, tous passionnants (son dernier en date sorti en France, Même la Pluie, écrit par le scénariste de Ken Loach, était un très beau film), et un producteur investi (on retrouve son fidèle acolyte, Diego Luna, dans la liste des coproducteurs du film, desquels Garcia Bernal fait partie).

 

Le film est un ensemble qui plait et déplait. Sur le fond, on serait évidemment tenté d'adhérer sans aucune réserve au film, parfaitement raconté, au scénario en béton. L'image saisit parfaitement l'ambiance d'une équipe en plein travail (ces scènes de ballade, de pique-nique, ou tout se mélange – le familial, le professionnel), et la qualité principale du film réside dans la crédibilité de ce qu'il filme: les brainstormings sont plus vrais que nature, l'échaffaudage en dernière minute de systèmes D, l'Histoire qui se fait au jour le jour, au gré de discussions plus ou moins clandestines, la construction spontanée et collective d'une campagne, des premiers croquis à la chanson... Le film offre un véritable plaisir de narration, les acteurs sont pour la plupart très bons, même si l'ensemble pêche légèrement parfois d'un bavardage incessant, qui met en cause la crédibilité de certains comédiens, trop attachés à savoir leur texte. En revanche, gros point noir du film, que beaucoup auront souligné: la technique. Si le procédé est original, si l'envie est compréhensible de vouloir filmer les images d'aujourd'hui avec la qualité de l'époque, pour pouvoir les mixer sans problèmes aux archives, le rendu est pour le moins mitigé. Plaisant les cinq premières minutes, le procédé finit par fatiguer la rétine et le cerveau, saturé au maximum. La lumière encercle constamment les plans, qui empêche forcément de voir les détails de chaque scène. Ca peut avoir son charme dans un court-métrage, c'est très lourd sur une si longue durée. Et même si au final, le fond prime sur la forme, le plaisir est quelque peu gâché par cet handicap très lourd. Reste l'immense plaisir d'une campagne victorieuse, pleine d'envies, de joie, d'originalité, de passions intimes et collectives, et l'intérêt profond quant à la portée politique de l'oeuvre, qui conte une histoire dont devraient s'inspirer les communicants d'aujourd'hui, engoncés dans leurs certitudes.

13/20

 


 

AU BOUT DU CONTE

Agnès Jaoui

 

2 étoiles

 

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Quel réel plaisir que de retrouver le tandem Jaoui-Bacri à l'écran, cette poésie douce-amère qui s'impose d'emblée, et cette manière unique de parler des tourments, de la vie qui va et vient. Le scénario, toujours très bien tissé, n'oubliant pas d'être légèrement décousu, est bien signé du duo, ça ne fait aucun doute. Bacri campe cet éternel bougon, Jaoui l'éternelle frustrée, et ils restent parfaits, quoi qu'il arrive. Au bout du conte est censé raconter un conte, justement, avec tous les archétypes qui font des contes ce qu'il sont: une bonne fée (Jaoui, donc, drôle à souhait, bonne fée pour les autres, moins pour elle), une princesse (Agathe Bonitzer), un grand méchant loup (parfait Benjamin Biolay), un prince charmant (sympathique Arthur Dupont). Quant à Bacri, on ne sait pas trop (on pencherait pour l'oncle bougon, mais Jaoui semble faire jurisprudence, n'ayant pas d'exemples en tête pour coller un archétype à Bacri). Le synopsis est plutôt amusant, faisant état d'une histoire de croyances, croyances qui s'enchevêtrent, une petite fille croit en Dieu, une jeune fille croit en l'amour, un jeune homme qui ne croit pas beaucoup en lui, un homme qui croit en la date de sa mort, prédite par une voyante.

 

Le film, choral, est sympathique à regarder, bien rythmé, bien dirigé, mais la semi-déception est bien présente. Effectivement, le moment n'est « que » sympathique, mais très vite oublié (vu fin janvier, je n'en retiens que très peu de plans). Si les thèmes sont passionnants, et donnent lieu à certaines scènes valant leur pesant d'or (la confession d'un père à son fils, l'apprentissage de la conduite...), et à certaines idées merveilleuses (cette impression de vieillesse dans le visage jeune d'une femme, le « suspense » de la date de mort...), aucun n'est véritablement fouillé, et on a du mal à rentrer vraiment dans l'histoire. Et même si la construction du film est très intéressante (il s'agit de déconstruire les croyances induites par les contes), on attendait quelque chose d'un peu plus mémorable.

12,75/20

 


 

A LA MERVEILLE

Terrence Malick

 

1 étoile bis

 

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La Merveille de l'Amour, quel qu'il soit. Si tu aimes, que ce soit dans les champs, dans une église, dans un supermarché, ou, le must, sur les marches du Mont Saint Michel, alors l'Amour te le rendra. Voilà, on a dit cela, on a tout dit. Le dernier film de l'immense Malick (dont on retient aussi bien les cadrages amples de sa fameuse Ballade Sauvage, qui semble à des années-lumière, que la cohérence naturelle entre l'infini et le minuscule dans sa superbe Palme d'Or The Tree of Life), se limite à un triangle amoureux (triangle formé par Dieu, l'Homme et la Nature, comme toujours), qui aurait pu être magnifique. D'un point de vue purement formaliste, A la Merveille est très intéressant, et ressemblerait à ce cinéma épuré de toute histoire, de tout point de vue qui viendrait « gâcher » l'art de faire du cinéma: des plans qui ne cessent de se couper un plein milieu, qui donnent une tentative d'effet de fuite vers quelque chose (qu'on ne saisira jamais); des dialogues qui ne se suivent pas et ne sont pas purement illustratifs; des images sublimes et découpées en tout sens. Or, du point de vue du spectateur tel qui attend le cinéma de Malick, c'est pire qu'une déception, c'est une petite horreur. Dans The Tree of Life, qui serait le film de Malick se rapprochant le plus de celui-ci, le cinéaste parvenait à offrir un flot de sensations, et il avait beau partir en toutes directions, des liens pouvaient se tisser, et chaque image pouvait trouver sens à nos yeux.

 

A la Merveille, bien que s'en rapprochant par son style, et portant la patte de son auteur, ne parvient pas à nous faire décoller. Jamais. On se retrouve alors, pendant très longtemps (1h50 qui n'en finit plus), devant une foule d'images, qui ne sont pas forcément si belles d'ailleurs, qui se suivent et paraissent ne rechercher que la meilleure exposition à la lumière, la plus belle courbure de Olga Kurylenko, le plus beau nuage. Non seulement on s'ennuie fortement, mais le cinéaste (dont c'est le premier naufrage) ne récupère jamais son film, même si certains plans relèvent du sublime. Le film a des arguments de vente dont il ne se sert que trop peu (Rachel McAdams, reléguée à « celle qui court dans le champ pendant deux minutes, et puis – pouf! - plus rien »), et des handicaps dont il fait l'apologie (cette voix off omniprésente, ou cette recherche d'amour divin, les deux d'une lourdeur incommensurable). Dans l'aridité et l'impersonnalité du paysage américain, comme dans la tiédeur de la manière de filmer Paris, le film se perd, et ne reprend jamais pied. L'amour érigée en merveille devient une méprise, et le sentiment même – qu'il soit divin, terrien ou humain -, une prétention.

8,5/20

 


SPRING BREAKERS

Harmony Korine

 

1 étoile bis

 

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Les plages bondées, les motels ivres de monde et de réjouissances, les fesses à l'air et la tête décidément ailleurs, des milliers de jeunes fêtent le Spring Break aux Etats-Unis, des vacances de démesure (alcoolique, sexuelle, droguée), se terminant en partouze géante, mais bourrée. Le film hype de Harmony Korine, qu'on a connu scénariste pour Larry Clark (Ken Park et Kids, deux films désespérés), se propose d'observer quatre jeunes filles en fleur, dont une est une fervente croyante, et de styliser tout ça de manière tendance: pop et flashy. Plans de gigantesques fêtes étourdissantes sous un soleil de plomb, folie tendance gerbe dans la moiteur des motels, arrestation de notre bande bronzée en soutien-gorge bien valorisant. Un sauveur à la rescousse, un Alien, comme son nom l'indique, un type un peu spécial (James Franco et ses dents en or) qui les prend sous sa protection, de leur plein gré selon les filles en chaleur, de force selon le spectateur. Spring Breakers est la chronique parfaite pour dépeindre ce que tout le monde voudrait bien croire, et c'est là tout le problème d'un film qui se veut universel, en tout cas largement mondialisé. Harmony Korine va loin dans son ''histoire'', l'assume jusqu'au bout, et offre à voir en pâture la crédulité de quatre jeunes filles qui se font baiser (dans tous les sens du terme), le langage et l'attitude désabusée de celles-ci.

 

J'espère mal interpréter le film, qui part dans tous les sens, et n'a rien à dire (en tout cas d'intéressant), et se donne constamment des airs, en se pliant au marketing, n'en montrant pas trop pour pouvoir être montré, suffisamment pour attirer un public jeune et branché (ça réussit), qui rêve secrètement de se laisser aller à ces ''plaisirs''. Mal à l'aise, on ne l'est pas par l'image, finalement assez convenue et dont on a vite fait le tour, mais on l'est par ce que sous-tend le film: ainsi, dans ce monde, on pourrait – on devrait, même - rêver de ne faire que ''la fête'' pendant des jours entiers, faire semblant de baiser à tout-va, et puis être bourré à 17h pétantes, puis comateux jusqu'au lendemain. Quel programme! Le film s'essouffle très rapidement, dès l'instant ou entrent en jeu ces quatre jeunes filles qui n'ont rien à faire, rien à dire, et encore plus lorsqu'intervient James Franco, méconnaissable, au jeu caricatural à souhait. En définitive, Spring Breakers, sous couvert de montrer une réalité et d'aller jusqu'au bout de sa logique (mais alors, vraiment au bout), ne fait que l'apologie du vide sidéral.

6,5/20

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Published by Gagor - dans 2013
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commentaires

dasola 14/05/2013 14:16

Bonjour Gagor, je suis contente que tu sois revenue sur la blogosphère. Concernant les films que tu chroniques: d'accord avec 20 ans d'écart, The Sessions, Au bout du conte et No: 4 films à voir.
Les deux autres, pas vus: ouf!

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