Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
14 octobre 2011 5 14 /10 /octobre /2011 23:27

POLISSE

Maïwenn

 

Quatre étoiles

 

EN BREF:

Coup de foudre pour un film extravagant, hilarant, déchirant. Ca déborde de partout, c'est plein d'énergie, plein de chaleur, plein de blessures. Inoubliable, et à voir absolument!

 

polisse-2.jpg

 

Le système Maïwenn, comme elle sait le démontrer depuis son premier film, Pardonnez-moi, c'est: une vivacité de l'instant, qu'elle sait saisir comme personne, en mettant des acteurs populaires dans des situations parfaitement justes; une réalisation incisive, qui se soucie peu du qu'en dira-t-on, qui réagit par à-coups; des ambiances qui se superposent pour créer un tout dont émane une prodigieuse force de vie. Mais Maïwenn, c'est aussi: déstabiliser avec maestria le public, en l'emmenant à rire jaune sur un sujet très grave et à pleurer à chaudes larmes sur le sort d'un enfant en l'espace de quelques secondes (si ce n'est au même moment). Une pure envie de cinéma, un incroyable plaisir de filmer, un chamboulement des codes établis. C'est ce qu'on ressent, et ça fait un immense bien. Avec pardonnez-moi, la réalisatrice se regardait beaucoup, en mettant en scène sa propre vie, et en nous montrant des acteurs bizarrement habités. Trop beau pour être vrai? Pas dit, parce que deux ans plus tard, elle récidive avec un film beaucoup plus léger, une sorte de lettre d'amour parfois empoisonnée aux actrices, dans un formidable Bal des actrices. Déjà, Maïwenn prenait moins de place, même si elle restait le rôle principal, car le liant de l'histoire. Les actrices irradiaient, nous procuraient un plaisir fou, dans des chansons décalées notamment (Charlotte Rampling et sa chanson écrite par Joey Starr...). Et bien sur, elle faisait découvrir un grand comédien, même s'il n'ose pas encore se définir comme tel, le fameux Joey Starr, dont on retient encore le regard amoureux et l'énergie débridée, parfois même exagérée. Donc, la jeune femme ne bluffait pas. Avec Polisse, on en a l'ultime preuve, avant la prochaine, qu'on attend avec beaucoup plus qu'une impatience démesurée. Le progrès, c'est que Maïwenn s'efface de plus en plus, pour laisser place à des acteurs qu'on redécouvre totalement, et s'empare d'un sujet qu'on attendait pas là. Avec une poigne, un charisme et une beauté formidables.

 

POLISSE est dans l'ensemble très bien accueilli par des policiers qui, pourtant, perçoivent souvent de façon critique l'image que renvoie d'eux le cinéma: "Polisse", en dépit de "quelques parti pris", est un "bel hommage" qui "reflète notre quotidien", assurent ainsi ceux de la BPM.
"Il a recueilli l'adhésion globale du service", confirme à l'AFP son patron, Thierry Boulouque. "Nous sommes discrets, on ne parle pas trop de nous (le) film montre bien la marche d'un groupe" d'officiers, la "charge de travail" (2.000 dossiers et 500 gardes à vue par an) ainsi que la "difficulté de l'audition d'un enfant et de l'auteur d'une infraction".

A lire: l'article complet sur Le Parisien.fr.

 

Avec Polisse, Maïwenn confirme qu'elle a inventé une manière bien à elle de capter des moments, des mots, des gestes, des postures. Elle a inventé sa propre façon de filmer, qu'on pourrait appeler: "caméra au poing". Ce n'est même plus de la "caméra épaule" qu'elle nous propose, pas seulement un caméraman qui suit au plus près la trajectoire et les actions d'un ou de plusieurs personnages. Ici, c'est une caméra qui intervient, qui réagit, qui anticipe ou qui est en retard sur l'action. On a l'impression de passer à côté de plein de moments, de possibilités d'émotions, et on a la satisfaction d'avoir un film qui en est uniquement constitué. La caméra est comme un poing serré, toujours sur la corde raide, avec ses moments de détente, les instants ou ça jaillit, avec une inébranlable force, une conviction qui ne connait pas l'issue du coup. On est sans cesse surpris par ces chocs, on se laisse porter littéralement par l'image, et au final, c'est une énorme baffe (claque serait un doux euphémisme). On sort de là-dedans le souffle coupé, le coeur battant la chamade, avec une vitalité monstre et pourtant marqués à vie par l'insondable insoutenabilité de l'être. En se plaçant du côté du réel et du cru, dans la manière de faire et de le dire, tout en mettant en scène des acteurs connus dans des rôles inédits (le Brigade de Protection des Mineurs, pas vraiment prisé comme sujet), Maïwenn sait frapper son public, le toucher et le marquer au fer rouge, parce qu'elle crée une sorte de documentaire glaçant doublé d'une magie de cinéma. C'est là toute sa force, tout ce qu'elle apporte (et c'est énorme) au cinéma contemporain.

 

polisse-3.jpg

 

D'un point de vue de spectateur, ce film, dès lors qu'on voit l'affiche, l'équipe en promo, ressemble au comportement d'un enfant, et ce jusqu'à cinq minutes avant la fin de l'oeuvre. Il y a des changements d'humeur directs, Maïwenn l'a prouvé en allant chercher son prix à Cannes (des larmes incontrôlées, sincères et pourtant donnant l'impression d'être sensiblement exagérées), puis en promo (à l'avant-première, prenant l'intervieweur pour cible, la cinéaste dit clairement que ça l'emmerde de répondre à des questions auxquelles elle a déjà répondu, et qu'en plus, avant le film, elle n'en voyait pas l'intérêt). Devant elle et son équipe, comme devant un gosse, on est forcément touché, et à la seconde d'après, on rigole très fort. Puis cette faute d'ortographe sur l'affiche, doublée d'une écriture de gosse, qui cristallise une peur aussi bien qu'un confort (la police). Dans le film, on passe du tout au rien, de discussions stupides mais indispensables de légèreté à un viol organisé sur des enfants. C'est enfantin, jamais infantile bien sur, parce que doublé d'une indéniable gravité. Ne prenant jamais son public de haut, Maïwenn lui offre des émotions brutes, en ne prenant aucune pincette, ni avec le langage, ni avec les actions. Les dialogues sont des mines d'or, l'émotion d'ensemble un diamant pur.

 

"Prodigieusement nervu et tendu", Libé; "une petite bombe de cinéma", Aujourd'hui en France; "nerveux, drôle, vivant, nécessaires", Le Figaro; "une grosse claque", Metro; "des acteurs époustouflants", Télérama...

 

Alors, du coup que dire, pour relater pêle-mêle des souvenirs gravés à jamais par un film qui concentre aussi bien notre plus grande joie, notre plus grande espérance, et notre plus grande tristesse? Que Joey Starr crève littéralement l'écran? Qu'une de ses scènes où il étreint un gosse séparé de sa mère est magnifique? Que Karin Viard est foudroyante dans une scène ou elle s'énerve? Que le film nous offre le plus beau fou rire de l'année avec une scène dans un bureau ou l'équipe se fout de la gueule d'une jeune mineure violée qui raconte son histoire avec beaucoup de mal? Que le film nous offre la plus belle émotion de l'année avec un jeune garçon violé par son prof de sport, et qui dit pourtant qu'il "l'aimait bien", ce professeur? Que Jérémie Elkaïm est exceptionnel de drôlerie? Que les binômes sont tous incroyables et parfaits? Que Frédéric Pierrot et Wladimir Yordanoff n'avaient jamais eu un si beau rôle? Que Maïwenn, de sa présence distillée, offre à son film sa partie romancée qui aurait pu manquer si elle n'avait pas été là? Que le film réunit le plus audacieux et le plus excitant casting de l'année? Qu'en se rouant de coups de la sorte, le film en ressort balafré mais digne, frôlant ainsi la perfection? Que des sourires d'enfants ne nous avaient jamais fait si chaud au coeur au cinéma? Qu'on avait rarement (sinon jamais) vu autant de chaleur et de punch dans un film français? On peut dire tout ça, mais on oublie tant de choses. Polisse est clairement un ensemble, et surtout une magnifique interprétation (scénario, acteurs, réalisation, image) d'une brigade de protection des mineurs qui gagne à être ainsi montrée. Si Polisse est ainsi fait, c'est parce qu'il y a des femmes et des hommes habités par une passion, démolis par des échecs, enivrés de pouvoir changer la vie d'enfants et d'êtres déconstruits. Un immense film, en somme, qui prend le pouls intense d'une société qui se construit et se déconstruit dans un même élan.

 

polisse.jpg

 

92% de réussite.

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Jérémy 01/11/2011 14:34


Belle critique en effet !
Que je partage plutôt, j'ai été transporté par 'Polisse' même si je reconnais les défauts souvent regrettés par les bloggeurs.


Gagor 07/11/2011 00:59



Oui, j'ai lu ta critique, que je ne partage que partiellement évidemment! J'ai pour ma part du mal à reconnaitre les défauts, qui sont pour moi des qualités, mais bon... Merci pour le compliment.



Vincent 30/10/2011 17:36


Belle critique en effet, très juste. Même si je trouve certains traits un peu grossiers, un poil trop faciles.


Gagor 07/11/2011 00:58



Des traits de la critique ou du film? En tout cas, c'est gentil de ta part!



ffred 19/10/2011 18:05


Tu t'es enflammé ! Mais très belle critique...


Gagor 07/11/2011 00:58



Merci beaucoup!



pierreAfeu 19/10/2011 13:55


Quand on sort du film, l'émotion est effectivement physique, ce qui est très rare. Pour le reste, je suis d'accord sur tout !


Gagor 07/11/2011 00:58



J'en suis ravi!



georges 15/10/2011 14:20


ta critique est magnifique! et reflète bien ce que j'en avais ressenti à Cannes! j'ai hâte de le revoir!


Gagor 16/10/2011 22:51



Merci beaucoup Georges!



Présentation

  • : Le blog de levolution.over-blog.com
  • Le blog de levolution.over-blog.com
  • : Critiques des films récents, bilans mensuels... Coup de coeur, coup de blues, l'évolution du cinéma, et la mienne, aussi.
  • Contact

J'écoute...

Recherche

LES 10 DERNIERS COUPS DE COEUR

Les amants passagers

Les amants passagers

Queen of Montreuil

Queen of Montreuil

The sessions 2

The Sessions

Syngué sabour

Syngué Sabour

Les chevaux de Dieu

Les chevaux de Dieu

Wadjda

Wadjda

Archives

Catégories