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18 juin 2011 6 18 /06 /juin /2011 22:04

BEGINNERS

Mike Mills

 

3 étoiles

 

EN BREF:

Un film bien d'aujourd'hui, branché et en même temps terriblement mélancolique, ressassant, avec un plaisir fou, de nombreux thèmes passéistes. Un drame pur, relevé de savoureux moments de comédie, et d'une lumineuse histoire d'amour.

 

beginners-2.jpg

 

Pour donner un nom à cette critique, j'hésitais entre deux titres: Ultra moderne solitude, la chanson d'Alain Souchon, et Bonjour tristesse, le fameux livre de Françoise Sagan. Parce que les deux titres ont cette dualité que je cherchais, et parce que tous les deux évoquent des thèmes traités avec beaucoup d'originalité, et avec dualité toujours, par le film. L'ultra moderne solitude impliquait la modernité de l'oeuvre, son originalité, en même temps que la solitude miraculeusement dépeinte de l'ensemble des caractères du film. Bonjour tristesse, quant à lui, évoquait à la fois la tristesse de chacun des personnages, mais aussi une sorte d'acceptation de celle-ci, presque fatalement. Finalement, j'ai choisi ce qui pour moi est la question emblématique du film (pour le réalisateur aussi, a priori): Qu'est-ce qu'on fait maintenant? Parce qu'elle englobe tout, pose une question existentielle et constamment remise en cause par tous. Le public dans sa globalité et dans le respect de l'individualité de chacun, est concerné par cette question. Qu'est-ce qu'on fait maintenant? Une fois qu'on découvre que son père est gay, et qu'il l'a refoulé longtemps, une fois que son père meurt, une fois qu'on déménage, une fois que l'on croit rencontrer l'âme soeur, que fait-on? Et comment? Le film ne répond pas à la question, mais amène à vivre ses actes sans se soucier du jugement, et en l'assumant totalement. Pour un peu qu'on soit gay, on a envie de sortir de la salle avec, collé sur le tee-shirt, ce drapeau emblématique de l'orgueil gay. Pour un peu qu'on soit triste, on a envie, devant tous, de ne pas retenir ce sac de larmes enfoui et ne demandant qu'à sortir. Pour un peu qu'on soit amoureux, on voudrait afficher ce bonheur d'un effleurement de lèvres devant tous. Oser débuter, oser commencer, oser concrétiser. Beginners, c'est tout cela à la fois, et bien plus.

 

Mike Mills signe un film plein de charme, dont les effets (voix off, chien qui parle, dessins et couleurs à l'écran...) n'empêchent pas l'émotion, au contraire. Si l'intrigue amoureuse proprement dite entre Ewan McGregor et Mélanie Laurent, au demeurant parfaits, finit par s'essouffler un brin, le personnage du vieux papa homo, merveilleusement interprété par Christopher Plummer, se révèle constamment émouvant.

Le Parisien


Beginners est donc l'histoire de débutants: un homme seul, qui débute dans l'amour, et dans la solitude totale; une femme seule, nomade d'hôtel en hôtel pour ses besoins professionnels, l'autre débutante amoureuse; un père entouré, mais nouvellement gay, et très actif dans le milieu (organise des manifestations gay, participe à la Gay Pride, participe à un club de lecture gay...). Débuter, c'est se poser des questions, c'est découvrir, souvent profiter, parfois revenir en arrière, et toujours analyser (l'analyse du personnage principal intervient ici dans une très jolie série de dessins sur la tristesse). Il y a des points morts, des phases de progression rapide. Mais il y a surtout une constante naïveté, et c'est celle-ci qui est mise en exergue ici. On prend beaucoup de plaisir à regarder le film parce qu'il nous arrive cela quotidiennement, et parce que le film a bien pourtant cette dimension de rêve qui en fait un bel objet cinématographique. Comme rarement, on oublie le nom d'Ewan McGregor, qui s'efface magnifiquement derrière son rôle, pour ne retenir que celui d'Oliver (qui nous fait sans cesse penser au personnage de Dickens: orphelin, triste et combattif).

 

Si seulement ce qui se passe dans les têtes (des hommes, des chiens) arrivait à en sortir, la vie laisserait des empreintes moins amères. "Beginners" les relève avec un beau soin et une grande délicatesse.

Les Inrockuptibles


Mike Mills a pensé à tout. D'abord à un très joli scénario, qui oscille avec grâce entre comédie sentimentale qui prend son temps (et, chose rare, qui s'intéresse aussi aux longs moments d'ennui et d'indécision que connaissent tous les couples), drame pur (toujours filmé avec légèreté), avec la mort du père et la tristesse latente du couple, pour des raisons différentes mais finalement assez semblables pour rapprocher les deux individus, et comédie pure (avec cette brillante idée de chien philosophe, qui fait mouche à chaque réplique). Le tout baigné dans une mélancolie toujours présente, contrastée par la luminosité et la vivacité avec lesquelles Mills manie sa caméra et son art du dialogue finement ciselé, laissant assez de place aux soupirs et aux silences. Et puis, il a concocté un casting parfait, sur lequel on n'aurait pas forcément parié. Ewan McGregor est donc irréprochable, en passant d'un Freud triste en soirée, à un homme conscient de son bonheur mais n'oubliant pas son malheur et toujours très mélancolique, pour terminer sur une note d'homme sensible et comblé, joliment naïf et terriblement touchant. Mélanie Laurent nous fait plaisir: après deux navets, elle revient à cette spontanéité qu'on avait connu parfois dans ses débuts, son sourire et ses larmes apparaissent enfin réalistes, et si elle ne nous fait pas oublier qu'elle est Mélanie Laurent, son accent français et son énergie ne manqueront pas d'en charmer plus d'un (notamment lorsqu'elle apparaît la première fois, aphone pendant dix minutes de film). Christopher Plummer excelle à faire passer une énergie toute juvénile teintée d'une lourde faiblesse dans un personnage qu'il parvient à rendre très attachant. Et les seconds rôles sont parfaits (la mère des souvenirs d'Oliver, qui fait passer un lot d'émotions large et inoubliable; l'amant gay du papa, joliment tenu par Goran Visnjic). Et bien sur, comment oublier Cosmo (alias Arthur le chien), le personnage le plus drôle du film! Il y a également dans le film cette façon de traiter la personnalité et les penchants du personnage central. Ces images qui apparaissent à plusieurs reprises, occasions pour le personnage de se remémorer les différentes époques des souvenirs, une idée parfaitement originale et très ludique. Cette façon d'esquiver une réalité trop présente, on la retrouve dans la fluidité du passage d'une époque à l'autre, d'un souvenir à un événement actuel. En effleurant de la sorte les pensées du personnage, Mike Mills ancre à jamais Beginners dans nos coeurs, puisqu'on ne fait qu'atteindre le plus proche de nous-même. Alors, forcément, ça remue, mais ça fait énormément de bien!

 

beginners.jpg

 

72% de réussite.

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commentaires

mymp 20/06/2011 23:22


Un énorme coup de cœur pour ma part, j'ai complètement craqué pour ce film doux-amer et léger en même temps, un vrai petit bonheur au sortir de la salle... Et c'est marrant que tu cites le titre de
Souchon parce que j'avais moi aussi envie de commencer ma critique par quelques phrases de la chanson ("Pourquoi ces rivières, soudain sur les joues qui coulent).


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