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2 octobre 2011 7 02 /10 /octobre /2011 01:37

festival d'été

 

WE NEED TO TALK ABOUT KEVIN

Lynne Ramsay

 

3 étoiles

 

EN BREF:

A tous égards, un film très puissant. Dans sa réalisation, musclée, dans son interprétation, sublime, dans son dénouement, terrassant. Une réalisatrice qui insuffle à son film une rage contenue, qui se déverse par à-coups.

 

we-need-to-talk-2.jpg

 

Le rouge est mis. Une femme semble dépitée, comme harassée par la vie. On lui fait des mauvais coups, on lui en veut. Parce qu'elle n'a pas su élever son enfant, s'en occuper. Parce qu'elle a été ce qu'il serait convenu d'appeler une « mauvaise mère ». Conséquence accessoire, elle est seule, face à son démon de fils, et à ses compréhensibles voisins, qui cherchent un moyen d'exorciser leur peine. Conséquence psychique, elle se remet en cause, culpabilise et se morfond dans un profond mépris d'elle-même. Pourquoi n'a-t-elle pas été capable de canaliser son fils, dont les pulsions l'ont amené à provoquer une tuerie dans son propre lycée. Alors, elle nettoie. La crasse de sa vie. Et nous emmène avec elle vers ce qu'elle perçoit comme sa propre rédemption. Ca passe par l'encaissement, elle se dit que c'est normal d'être frappée en pleine rue, ou d'avoir de la peinture rouge partout sur ses murs et sa voiture, elle se dit que ces gens ont perdu la chair de leur chair le jour du massacre. Et elle nettoie. Ce rouge sang lui embrouille la vue, et lui permet de redémarrer. We need to talk about Kevin est une psychanalyse passionnante et déroutante, qui enchaîne les souvenirs précis d'une mère, et une reconstruction, qui l'amèneront à progresser dans la relation avec son fils, emprisonné. Lynne Ramsay nous fait croire qu'elle tente d'expliquer l'inexplicable, avec une force assez implacable.

 

C'est éclaboussant de couleurs et terrifiant de grisaille, ça vous prend au plexus et ça ne vous lâche pus. Longtemps après.

Elle


Au départ, le spectateur est emmené, sans repères, entre un passé et un présent dont on ne sait pas trop s'il est déjà passé... Bref, on perd toute notion du temps, et on ne sait pas du tout où la réalisatrice veut nous emmener. Mais elle nous prend, nous intrigue presque malgré nous. N'ayant rien lu sur le film avant d'aller le voir, je ne savais même pas que le fils commettait un massacre dans l'histoire. Aussi étais-je assez surpris dans la manière de traiter le fait, avec une intense symbolique, tout le long du film, sur le sang. L'envie de tuer, de mort, la déchirure sont partout. Et à mesure qu'avance le film, la dynamique s'enclenche, en quatre parties qui se chevauchent avec efficacité. Le fil conducteur, c'est le point de vue de la mère, Tilda Swinton. Il y a donc la partie ou elle nettoie ses murs et sa voiture de la couleur rouge qui semble indélébile. Dans cette partie elle fait le point, se questionne avec la hargne que l'on ressent dans ses mouvements. Il y a cette autre partie, chronologique, de flash-backs sur l'évolution de sa relation avec son fils, inquiétante à mesure qu'on voit grandir le garçon. La troisième partie est celle de l'espoir, d'une femme qui se relève d'une lourde perte, qui recommence à travailler, qui revient avec difficulté dans une société qui la rejette désormais, ou elle doit paraître plutôt qu'être. Et la dernière partie, c'est le poids du passé, cinglant, qui pèse lourd entre la mère et son fils, au parloir. Lynne Ramsay réussit rendre son film puissant dans tout ce qu'il a de foisonnant, pour une intrigue qui pourtant se résume à très peu. Elle nous fait entrer totalement et en favorisant la sensation au coeur des méandres de cette femme.

 

Le trouble que provoque "We need to talk about Kevin" dure longtemps après la projection. La cinéaste a l'intelligence d'entretenir le doute sur l'origine du mal.

Télérama


On est assez fascinés par le film du fait de son imprévisibilité, de l'originalité du suspense et d'une rage qui éclate par à-coups. Tilda Swinton porte et habite le film d'une présence exceptionnelle. Ezra Miller, quant à lui, trouble intensément le spectateur par le contraste saisissant entre une beauté angélique et un regard parfois diabolique. Les scènes entre la mère et son fils font du film une expérience presque sensorielle, ou la tension est palpable. Des défauts, le film en a (par exemple, la dynamique est un peu répétitive et s'avère parfois lassante, ou trop attendue), mais en aucun cas ils ne déteignent sur ses nombreuses et fortes qualités: puissance d'un propos violent, sournois et dérangeant; constance d'une remise en question dans la réalisation, qui évolue et se resserre entre le début et la fin du film; efficacité dans la mise en scène et dans le montage, assez grandiose; force d'une texture de l'image qu'on ressent parfaitement. Et surtout, une fin qui laisse totalement hagard, tellement elle est inattendue, et pourtant d'une simplicité désarmante. Elle est là la puissance de l'image, celle dont on nous parle tant, l'influence de l'image sur celui qui la regarde. Car We need to talk about Kevin manipule son spectateur, l'emmène dans une direction pour mieux le perdre, et lui montrer une vérité évidente mais difficile à admettre. Pousser le public dans ses retranchements, l'amener à réagir, c'est ce que Lynne Ramsay tente, avec courage, et réussit, avec force.

 

we-need-to-talk.jpg

 

73% de réussite.

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commentaires

dasola 03/10/2011 13:59


Bonjour Gagor, j'ai aussi beaucoup aimé ce film où rien n'est expliqué, ni même suggéré. Je déconseille ce film aux futures mamans, elles pourraient sortir traumatisée. Je serais curieuse de lire
le roman un jour. Et c'est un film qui peut faire débat chez les psychanalystes. Passionnant. Tilda Swinton est grandiose. Bonne journée.


Gagor 05/10/2011 05:59



Tout à fait passionnant, et je te rejoins sur l'incroyable performance de Tilda Swinton, qui fera date. Sur la suggestion, je trouve qu'il y en a juste assez pour suivre le fil, assez peu pour
nous laisser mariner!



mymp 02/10/2011 22:24


Ah oui, cette fin quand même ! Ca m'a laissé complètement hébété moi aussi, je ne m'attendais tellement pas au massacre familial... Et surtout à cette étreinte comme si rien ne s'était passé. Le
film effectivement nous manipule (vérité ou affabulations d'Eva dont les souvenirs s'altèrent pour tenter de comprendre le pourquoi du massacre), mais sans jamais nous berner. Un grand film, un
grand choc qui a déjà sa place tout en haut de mon futur top 2011.


Gagor 05/10/2011 05:57



Ah, pour moi ce ne sera pas aussi haut. Pour l'instant, sur 139 films vus, il est en 18e place, et cotoie Minuit à Paris et Angèle et Tony...



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