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23 mai 2011 1 23 /05 /mai /2011 01:49

L'OEIL INVISIBLE

Diego Lerman

 

1 étoile bis

 

EN BREF:

Un film qui s'annonçait très intéressant, mais qui n'est au final qu'un empilement des travers des films d'auteur: un rythme décousu, très lent et terriblement ennuyeux; des métaphores dans tous les sens, si bien qu'on a du mal à saisir les perches; des personnages taiseux; une atmosphère étrange et de laquelle on a envie de s'extirper.

 

l-oeil-invisible.jpg

 

On ne s'en prend qu'à soi-même après la vision de ce film: on avait qu'à mieux lire le pitch. On est en Argentine en 1982, lorsque Galtieri et sa junte militaire règnent sur le pays, une dictature sur le point de s'écraser. Et dans un lycée (établissement reconnu pour sa morale irréprochable), on suit une surveillante a priori zélée qui traque la subversion, comme le lui a demandé le surveillant général, qui a vu en elle la faculté d'être « l'oeil invisible ». Je pensais naïvement que l'oeil invisible en question concernerait très directement le régime en place et les manifestations déchaînées dans les rues de Buenos Aires. Il n'en est rien, on reste jusqu'au bout dans l'enceinte de cet établissement duquel on ne comprendra pas grand chose, sinon qu'il ne transige sur aucune règle, qu'il est très strict avec les élèves, et donc qu'avec la chute de la dictature adviendra, sans doute, la chute de l'établissement. Qu'avait-on alors besoin de montrer une femme surveillante qui dérive quelque peu de sa fonction en traquant sans cesse le même garçon, pour qui elle a le béguin. En clair, on reste la moitié du film avec elle dans les toilettes des garçons de l'établissement, en comprenant tout à fait pourquoi, mais qu'est-ce qu'on s'ennuie! Elle fait trois fois pipi, se masturbe en pensant, sans doute, ce jeune garçon, qui sent bon et la fait évanouir. Elle qui était jusque là si bien tenue, le physique si droit, la morale si sûre. Elle qui s'occupe de sa mère et de sa grand-mère le soir et qui veille au bon déroulement de la vie scolaire le jour. Elle qui n'a, dans ce climat dictatorial, rien à se reprocher. La voici qui vacille, comme la dictature, et qui s'entraine elle-même dans sa chute. Le regard que porte sur elle le surveillant général, amoureux et compréhensif jusqu'à un certain point (ce qu'il remet en cause dès qu'il se rend compte que la surveillante en pince pour un des étudiants), devrait être perçu par le spectateur comme une angoisse, puisque celui-ci la presse, l'oppresse sans même s'en rendre compte (puisqu'il est uniquement dans une logique de séduction). Bref, L'oeil invisible est centré uniquement sur la trajectoire de cette femme, et rien d'autre.

 

Diego Lerman ne saisit jamais l'opportunité d'exercer la liberté dont rêvent María Teresa et l'Argentine. Paradoxalement prisonnier de l'austérité qu'il voudrait dénoncer comment une oppression, le réalisateur semble écrasé, incapable d'assumer sa symbolique pourtant douloureusement primaire.

Critikat.com


Si bien qu'on se retrouve à voir plusieurs fois les mêmes scènes inutiles (elle se lime les ongles dans le métro par trois fois, elle fait l'appel d'une même classe par trois fois également...), à la suivre dans des évènements dont on se fiche royalement (une soirée, dont on se demande encore le lien avec le scénario, et toutes les scènes avec sa mère et sa grand-mère, cinq minutes auraient suffi, le réalisateur en fait une demi-heure). Le film appuye trop son propos, et en même temps on a du mal à en saisir l'intérêt. Fait de métaphores (on imagine), pour illustrer la dictature et sa chute, le film insiste sur la rigidité d'une institution, et sur l'impact de la rigidité d'un régime entier sur une femme. Elle prend soin de son image extrêmement stable (elle se lime donc les ongles, fait de ses journées un habituel rituel, s'occupe presque avec charité de ses deux ascendantes), et devient l'objet critique lorsqu'elle « dévie », en épiant ce garçon, comme pour casser le rythme de sa journée. On a du mal à saisir l'objectif du film, on s'ennuie constamment et fermement, on saisit tout de suite le message du film (une dictature à un impact direct sur les gens, surmonté par chacun à sa manière, et chaque comportement « déviant » influe plus ou moins directement sur la chute d'un régime entier), et on se demande pourquoi le réalisateur n'en a pas fait un court-métrage. Ou alors pourquoi n'a-t-il pas osé créer un climat véritablement étouffant, comme il l'esquisse à plusieurs reprises (notamment vers la fin). Il laisse constamment son film retomber à plat, ne lui donne pas de coupures de rythme, il n'y a pas d'envolées, c'est très statique. Et du coup, on essaye de chercher dans les détails ce que le réalisateur a voulu nous dire. Et le film nous semble par conséquent un peu pompeux, puisqu'on a l'impression de passer à côté de plein de métaphores. On sort du film déçu et circonspect, notamment par cette fin qui nous paraît inaboutie ou trop évidente pour être vraie, comme si la subversion qu'essayait de mettre en scène Diego Lerman était trop subversive pour se permettre d'être, avec une caméra en 2011, encore plus subversif.

 

l-oeil-invisible-2.jpg

 

46% de réussite.

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