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28 mai 2012 1 28 /05 /mai /2012 23:11

      SUR LA ROUTE

Walter Salles

 

2 étoiles

 

EN BREF:

Malgré des images d'une sidérante beauté, on peine un peu à ressentir ce qu'on aurait voulu: une invitation au voyage, un plaidoyer pour la liberté, un dépaysement total. A force d'ouvrir des pistes, Walter Salles laisse son film en bazar, un peu confus.

 

sur-la-route.jpg

 

De Walter Salles, on connaissait surtout le talent de mettre en scène de grands voyages, et de raconter avec tact des évolutions intimes. Ce qu'il essaye de faire ici en adaptant le pavé de Jack Kerouac, Sur la route. Dans les Etats-Unis des années 40-50, une bande de jeunes parcoure les Etats-Unis sans vraiment de points d'attache, avec pour leitmotiv le plaisir, le sexe, la drogue, la fougue, la vitesse, la littérature, le jazz... Bref, les représentants d'une jeunesse qui aspire à une vie libre. Sal Paradise essaie d'écrire un livre, qu'il rédigera de 1948 à 1957. On est forcément curieux de ce que cela peut donner à l'écran, d'autant que le casting est alléchant, et la vision de Howl, en début d'année, laissait pensif, on croyait naïvement que Salles allait compléter le film prometteur mais inabouti de Rob Epstein et Jeffrey Friedman. On croyait sincèrement que le cinéaste allait rendre justice à la densité de ce que la « Beat Generation » (selon les termes de Jack Kerouac lui-même) a pu apporter, au niveau sexuel, spirituel, artistique.

 

Walter Salles a été victime de lui-même. En voulant demeurer fidèle au texte, il en a édulcoré l'esprit, livrant un film trop propre, trop bien léché où l'on ne sent jamais la sueur, l'odeur de macadam, d'huile, d'essence et de poussière, la déglingue, l'atmosphère de vertige et de folie mâtinée de contemplation, le désespoir sans retour.

La Croix

 

Au début du film, il y a un véritable plaisir, à retrouver une photographie très séduisante, chaleureuse, signée du même directeur photo que Carnets de voyage, Eric Gautier (il a officié aussi sur Into The Wild). Il y a aussi la promesse d'une bande son magnifique, signée Gustavo Santaolalla (Carnets de voyage, Brokeback Mountain, Babel, rien que du très solide), et qui est effectivement ce qu'on retiendra surement du film (joli cheminement entre ballades légères et poétiques, jazz endiablé, et rythmes organiques). Très vite, on repère aussi l'intense talent des acteurs principaux, à commencer par Sam Riley (Sal Paradise/Jack Kerouac). On retrouve avec plaisir le jeune puceau de Good Morning England, parfait Tom Sturridge, en homosexuel dépressif (Carlo Marx/Allen Ginsberg), et on savoure le jeu sauvage et très physique de Garrett Hedlund (Dean Moriarty/Neal Cassady). On note avec surprise que la transition est réussie pour Kristen Stewart, qui nous fait totalement oublier les années Twilight. Les seconds rôles n'enlèvent rien au film, même si on se demande parfois ce qu'ils font là (Kirsten Dunst, Viggo Mortensen, Elisabeth Moss...).

 

Les inconditionnels du manifeste (enfin adapté !) de la Beat generation risquent fort d'être déçus. Où est passé ce fameux style " be-bop " de Kerouac, ce chant exalté et syncopé ? Walter Salles (...) a choisi une autre option, plus facile d'accès. Son film n'est pas une trahison, plutôt une version light, avec de très bonnes surprises.

Télérama

 

Seulement, toute cette beauté, si elle permet de faire passer les longues 2h20 avec les sens un minimum en alerte, ne parvient pas à éclipser le gros défaut du film: le scénario. On attendait un vrai point de vue de cinéaste, on a un défilé d'images sans vraiment de cohérence, on attendait une véritable réflexion, une écriture fougueuse, dynamique, virevoltante, on a un scénario brouillon, qui ne se donne pas, a-t-on l'impression, de direction, qui ne cherche pas à faire réfléchir mais simplement, et avec facilité, montre quelque chose. On attendait une invitation au voyage, on a un road-movie qui reste classique et plus pudique qu'on aurait pu le penser, qui ne donne pas singulièrement envie de prendre la fuite et de s'adonner aux joies d'une virée libre et désordonnée. La voix off, si elle est parfois utile lors de très belles phrases, lorsqu'on sent la plume de Kerouac qui s'agite et file sur le papier sans regarder en arrière, se révèle assez lourde durant la majeure partie du film, lorsqu'elle se fait purement narrative, sans développer aucune réflexion ou pensée un peu intimes. Walter Salles, que je tenais, avec Carnets de voyage, pour le maître du road-movie quasiment initiatique, signe ici une oeuvre longue et un peu vaine, qui pense pour nous au lieu de nous donner à penser, qui voyage pour nous au lieu de nous donner à voyager. A force d'être méticuleux sur ce qui enrobe le film (l'image, la bande-son, les acteurs), il en a oublié l'essentiel: donner au spectateur à ressentir, à s'émouvoir, à vibrer.

 

sur la route 2

 

59%.

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