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Critiques de 2011

Mercredi 4 janvier 2012 3 04 /01 /Jan /2012 00:59

DECEMBRE 2011


EN BREF

Premier article de l'année, passage obligé aux voeux de nouvelle année, après un mois de décembre très chargé (en chocolats, en "joyeux Noël", en retrouvailles...). Passage obligé donc pour souhaiter ce fameux "meilleur" à tous les gens autour de soi. Alors, aux quelques cinéphiles qui prennent le temps et qui ont la gentillesse de lire quelques unes de mes lignes, je souhaite une belle, surprenante, agitée, déconcertante, désopilante, fracassante et passionnée année 2012!

Dans les jours qui viennent, vous pourrez lire sur cette même page mon bilan de l'année 2011, puis le bilan du festival d'hiver deuxième du nom (avec la critique de 17 filles), puis les premières critiques de 2012 (Une vie meilleure, Take Shelter, Les acacias...). En espérant que 2012 sera le temps pour moi de la critique en temps et en heure, puisque je vous propose ici un petit retour sur les 11 films de décembre que je n'ai pas eu le temps de critiquer.

 

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7 décembre - Happy Feet 2.

Un gentillet film d'animation, entre le niais et l'imbécile. Il n'empêche qu'on ne s'ennuie pas, malgré un scénario vu environ un milliard de fois déjà, des "idées" volées un peu partout (les crevettes, même pas drôles), et un doublage complètement impersonnel.

 

Dernière séance

Surement suis-je trop premier degré, toujours est-il que je n'ai pas saisi grand chose de cette Dernière séance. L'acteur, Pascal Cervo, est bluffant, fortement intrigant, mais ses actions restent insensées. Il n'en reste pas moins que l'ambiance est si particulière qu'on ne s'ennuie pas devant ce trip auteuriste, que le film est singulier, et que Karole Rocher est définitivement une grande actrice: elle n'a aucun mal à se transformer en mythe. Il y a certes des moments époustouflants dans l'oeuvre, mais on se demande pourquoi tant d'acharnement. Et l'intérêt s'en va ailleurs très rapidement.

 

Hollywoo.

Ecrit entre-autres par Florence Foresti, on attendait tout de même autre chose que ce pur et dur navet. Jamel Debbouzze n'a jamais été aussi mauvais. Quant aux vannes vaseuses de la Foresti qui noie son talent film après film, spectacle après spectacle, c'est un show permanent qui ne procure aucun effet.

 

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14 décembre - Hugo Cabret.

Orchestrée par Martin Scorsese, rien de moins qu'une magie de cinéma. C'est une histoire qu'on aurait pu rêver, des acteurs réinventés (Ben Kingsley et Sacha Baron Cohen), un univers follement enchanté, une technicité visuelle pleine de délectations. Pour un cinéphile c'est un grand bonheur, et pour le cinéma c'est le renouveau du "film de Noël". Il y a bien longtemps qu'on était ressorti d'une salle les yeux remplis d'étoiles, en effaçant dans nos mémoires la miévrerie obligée d'un conte qui reste enfantin. Scorsese semble s'être offert une rêverie d'enfant, il nous a offert la plus belle des surprises!

 

Oh my God!

Une jubilatoire comédie! D'un côté, le flegme mollasson du personnage principal, très séduisant et très pincé à la fois, mais génial dès lors qu'il découvre l'ancêtre du vibromasseur. Et de l'autre, une femme, interprétée avec fougue par la merveilleuse et très énergique Maggie Gyllenhall. Il y a du bon sentiment, il y a une prudence sur la question sexuelle, qu'on regrette légèrement, mais l'ensemble nous a tellement fait rire qu'on préfère garder en tête l'impression de l'hilarant générique, qui montre les différents visbromasseurs, depuis son invention jusqu'à récemment!

 

Les tribulations d'une caissière.

Une toute petite histoire, un tout petit film, une extrême mièvrerie. Et pourtant, on se laisse partiellement avoir. Parce que les acteurs sont attachants (et particulièrement Firmine Richard, Alice Belaïdi, Nicolas Giraud et les deux bouilles de gosse). Parce que l'histoire est plutôt amusante. En revanche, la dramatisation, la musique, la voix off, Elsa Zylberstein et Marc Lavoine, font du film un éloge plaisant de la lourdeur. Le propos aurait pu être brillamment mis en valeur, il est loin de l'être, enfoui sous une montagne de bons sentiments, qui ne font cependant pas de mal pendant cette période de fêtes.

 

Des vents contraires.

Amère déception. Des vents contraires est un film qui a tout sauf ce que l'on y cherchait: de la sensibilité. Ainsi le pathos et le ridicule d'un Duléry en roue libre se côtoient joyeusement, et les situations rarement crédibles s'enchaînent (l'auto-école, la fuite de Ramzy - qui a eu cette idée folle?). Il y avait pourtant un casting solide, une histoire signée au départ Olivier Adam, la promesse de belles émotions. Sauf que le mélodrame tourne à vide, que le scénario est parfois indigent, répétant à l'envi les mauvaises habitudes que peuvent prendre certains réalisateurs français. On espère vivement que Jalil Lespert revienne sous peu devant la caméra, parce qu'on ne place que peu d'espoirs sur une troisième réalisation.

 

De l'huile sur le feu.

Une comédie, nous dit-on, qui ne dénonce rien, ne propose rien, qui offre un sublime numéro de ratages. Vincent Lacoste est affligeant, pour la première fois, Alice Balaïdi consternante, les autres même pas nommables. Une provocation tuée dans l'oeuf à grands coups de piteuses saillies, un scénario à la finesse encore cachée. Bref, un bon et gros navet de Noël.

 

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21 décembre - La délicatesse.

Les réalisateurs nous laissent entrevoir le film magique et magnifique qu'aurait pu être La délicatesse, lors de scènes sublimes (la dernière, notamment, et quelques autres disséminées ça et là). Mais le tout reste trop statique, manque de grâce, de légèreté et, un comble, de délicatesse. Pour se rattraper aux branches, les frères Foenkinos ont eu tout de même deux excellentes idées: François Damiens et Emilie Simon (quelle BO!). Et une autre, d'idée, qui gâche pour beaucoup le plaisir: Audrey Tautou, actrice qui n'a résolument d'âme que lorsqu'elle est filmée par Jeunet.

 

L'irlandais.

Une enquête policière détachée, comme amusée, très étonnante en tout cas. On retrouve dans ce personnage bourru, dont on ne sait pas non plus s'il est incroyablement con ou tout simplement intelligent, un flegme non démenti, une forte propension à ingurgiter de l'alcool et, du même coup, à philosopher à deux jetons. L'acteur Brendan Gleeson est juste énorme. Sur le reste, à part une absurdité parfois plaisante, l'intrigue reste tout de même très mince, les rouages répétitifs et la comédie d'une inconsistance singulière!

 

let-my-people-go-.jpg

 

28 décembre - Let my people go!

Yes! Voilà un film qui a tout ce que l'on croyait détester (une voix off lourde au possible, un clinquant qui fait mal aux yeux, un personnage gay complètement déluré, des péripéties à coucher dehors, des clichés en veux-tu en-voilà...), et qui les mixe avec un plaisir visible. Du coup, nos zygomatiques en prennent un coup, et on assiste à une excellente blague juive. Le sourire est jusqu'aux oreilles quand on sort de la salle, la surprise de taille. Mikaël Buch réalise un film gonflé, jubilatoire, gamin, spontané et ludique, en convoquant un casting de choix (Carment Maura, Jean-François Stévenin, Amira Casar, Clément Sibony, Aurore Clément...). Une scène gravée dans l'esprit (une lettre lue par le gendarme en chef, Jean-Christophe Bouvet), et une belle révélation (Nicolas Maury). Un très bon bilan.

 

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Par Gagor - Publié dans : Critiques de 2011
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Mercredi 28 décembre 2011 3 28 /12 /Déc /2011 05:25

LE HAVRE

Aki Kaurismäki

 

3 étoiles

 

EN BREF:

Un beau film, empreint d'une simplicité et d'une humanité exemplaires. André Wilms rayonne, et le charme qui émane de ce conte doux et lumineux laisse rêveur...

 

le-havre.jpg

 

On entre dans le film comme on ouvre une parenthèse. On se demande si Kaurismäki a choisi la ville du Havre pour son nom, avec lequel on peut facilement jouer: un havre de paix. Et on se laisse emporter, sinon bercer, par une douce folie, une petite mélodie du bonheur qui passe et se prélasse dans une sorte d'oubli gracieux. On est étonné par le traitement du sujet, universel en soi (le déracinement), et filmé avec une légèreté d'abord douteuse, puis discrètement bouleversante. Marcel Marx est bien chaussé, il philosophe sans s'en rendre compte sur la situation humaine, en appliquant les préceptes qu'il s'est lui-même ordonné (jamais plus d'un verre de vin, sauf si on lui en offre un deuxième...) Il cire des chaussures, c'est son métier, qu'il considère comme noble, proche du peuple, en le servant. Une vie à la modestie très rangée, une cigarette en guise de récompense, un bistrot en guise de discussion, une femme en guise d'énergie. Une femme qui l'a reconstruit, après son passé d'écrivain, son ancienne vie de bohème. Cet homme, sérieux, simple et propre sur lui, ne s'attendait pas à ce que sa vie bascule. Et d'ailleurs il n'en fait pas toute une affaire. Sa femme tombe gravement malade, elle est alitée, et on ne lui prédit pas de rémission. Lui ne le sait pas, qu'elle devrait mourir. Il rencontre, au hasard d'un pique-nique durant sa journée de labeur, un jeune immigré, originaire d'Afrique noire, qui veut passer de l'autre côté, à Londres (excellent dialogue, divinement absurde: "ah non, Londres, c'est de l'autre côté, ici, c'est Le Havre").

 

La chaleur humaine colore les lumières d'eau froide quand la poésie nuance l'expressivité des images. (...) Du beau cinéma.

L'Humanité


Kaurismäki croque des personnages, plus ou moins inspirés d'ailleurs. Il amène à ce récit une constante lumière. Que ce soit par ce Marcel Marx, que tout le monde respecte, que ce soit par ce jeune immigré, curieux et téméraire, qui croque ce monde, dont on a l'impression qu'il lui appartient, que ce soit par cette femme, qui ne se décourage pas face à une adversité qui en aurait mis plus d'un à terre. Gravitent autour des commerçants, qui d'abord ferment leur porte à cet homme sans le sou, puis qui pénètrent la sphère de la solidarité lorsqu'ils apprennent que cet homme cache chez lui un immigré dont tout le monde parle. Et un inspecteur de police, qui ne s'occupe habituellement pas de l'immigration, mais qui avertit Marcel Marx du danger qu'il encoure, et qui est pris d'un souffle humain et plein d'espoir lorsqu'il s'agit de choisir de laisser libre ou non un enfant. Ce qui est beau, c'est qu'on sent une démarche complètement désinteressée de la part de Kaurismäki, qui laisse libre cours à ses comédiens (qui sont pour la plupart fabuleux, de Kati Outinen, sa muse, à André Wilms, en passant par Darroussin, Evelyne Didi ou encore ce jeune homme, Blondin Miguel). Son film brille par touches, accédant parfois au charme de sensations qu'on n'avait pas eu depuis longtemps, se rabaissant le temps de quelques prises à un cinéma amateur (notamment lors d'incursions de silhouettes ou de figurants, maladroites).

 

Pour éviter de tirer sur la corde lacrymale du mélo, [Kaurismaki] ne se départit jamais de son sens du burlesque, de son goût pour l'absurde, de son regard poétique. Avec une profonde humanité.

Ouest France


Et surtout, il signe un conte humaniste plein d'entrain, sous une façade lancinante et visuellement austère. Il fait un éloge de la solidarité, ramène de la vie en toutes choses (un come-back de Little Bob, une idole rock qui accepte de remonter sur scène à condition qu'il puisse revoir son amour...), et rend ses dialogues joliment absurdes. Et tout cela sans manières, et en toute finesse. L'écriture est à la fois solide et patraque, qui fait le charme généreux et entier d'un film à la tonalité personnelle et universelle à la fois. Fustiger le sarkozysme primaire ne semble pas avoir été une des missions que s'était donné Aki Kaurismäki, et pourtant il réussit mieux que quiconque à défaire l'obscurantisme politique autour de la question de l'immigration. Et à la fin, lorsque l'espoir n'est plus permis, Kaurismäki prend à revers les codes imposés, et nous ouvre à une éclaircie qu'on attendait pas là. C'est une chose étrange à la fin que le monde, écrit Jean d'Ormesson. Emporté dans la folie d'une aventure humaine, on revient néanmoins à une normalité rude, mais teintée d'une dernière beauté. Un cerisier en fleur, et c'est la routine, rendue romantique et lumineuse ici, qui revient au galop. On se remet d'une grande aventure, et on fait la cuisine.

 

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68%

Par Gagor - Publié dans : Critiques de 2011 - Communauté : 1 article = 1 film
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Mercredi 28 décembre 2011 3 28 /12 /Déc /2011 04:21

FA2

 

A DANGEROUS METHOD

David Cronenberg

 

2 étoiles

 

EN BREF:

On attendait de Cronenberg qu'il prenne son sujet plus à bras-le-corps. On se retrouve devant un film très bavard, quasiment sans relief, ou les pulsions les plus physiques sont filmées avec trop de prudence.

 

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On attendait beaucoup de ce nouveau film du réalisateur des Promesses de l'ombre et de History of violence. Cronenberg se proposait de revoir à sa manière un combat de psychanalystes (Freud et Jung), troublé par l'intrusion d'une femme (Sabrina Spielrein). Pour Freud, toute pathologie psychique résultait d'un trouble d'ordre sexuel. Pour Jung, le champ de la psychanalyse devait s'ouvrir sur d'autres possibilités (télépathie...), pour ne pas s'enfermer dans une auto-suffisance, qui aurait abouti à l'immobilisme d'une discipline. Seulement Jung est vite rattrapé par ses pulsions, lorsqu'il prend en charge une patiente, Spielrein (première femme devenue psychanalyste), qu'il prend pour maîtresse. Et peu après qu'il ait entamé une relation scientifique et professionnelle avec Freud, cette relation se trouve exposée au grand jour, à la suite de rumeurs. Voilà le speech. Cronenberg tente d'y ajouter sa veine cinématographique: une noirceur indélébile, une passion tordue et viscérale, et Viggo Mortensen (brillant acteur). Seulement tout cela manque cruellement de cinéma, de sensations, de profondeur. Sur la forme, le film est d'un classicisme confondant, Cronenberg est comme absent, planqué derrière une belle reconstitution, derrière une allure classieuse et moderne qu'a son film, derrière des décors et des costumes clair-obscurs que l'on ne se lasse pas de regarder. Question mise en scène, le film est plutôt quelconque, et si on ne nous l'avait pas dit, on aurait pas deviné un grand nom de cinéaste à la réalisation. On s'ennuie sans s'ennuyer, le tout ayant une tendance à la platitude, mais se regardant avec plaisir, pour les acteurs surtout (Viggo Mortensen est très convaincant en Freud, Keira Knightley est pour la première fois de sa vie quasiment habitée par son personnage, même si elle se "normalise" très vite, Michael Fassbender est brillant), et pour cet apparat technique, qui en met plein la rétine, mais n'atteint pas la sphère du cerveau.

 

(...) cette louable ambition se heurte à un formatage hollywoodien très réducteur. (...) On retient néanmoins le jeu impeccable des acteurs.

La Croix


Car c'est sur le fond que le bât blesse. Bizarrement, d'ailleurs. Cronenberg avait là un sujet écrit pour lui. Des faits d'une violence démesurée (une patiente complètement habitée, des pulsions qui prennent le pouvoir sur l'homme et sa moralité), un débat encore vivace aujourd'hui (cette réthorique de la sexualité qui aurait pu donner des échanges piquants entre Freud et Jung), et bien sûr un contexte social d'une grande richesse. Or si le film est très bavard, les discussions restent toujours dans un cadre très feutré, filmées de manière quasiment volatiles. On aurait aimé de véritables joutes verbales, comme on aurait pu les imaginer, et une passion qu'on aurait vraiment pu ressentir. On avait imaginé un film qui prend aux tripes, parce que la contradiction entre discussions et pulsions est insoutenable. Les scènes durant lesquelles, justement, les pulsions prennent le dessus sur le docteur Jung, sont au final très prudes quand on les compare à la rudesse du propos. On reste quasiment insensibles aux coups de fouets assenés à une femme excitée par les attouchements passés de son père. Tout cela, un petit théâtre sans assez d'aspérités, reste dans une dimension quasiment mondaine, un petit microcosme loin de toute réalité, au-delà de tout soupçon. On a un espoir lors de l'apparition du personnage joué par Vincent Cassel, qui brouille le Docteur Jung sur sa vision de la morale et des pulsions, on espère encore que le film prenne une autre tournure, d'ailleurs on la voit quasiment arriver, dans l'oeil vif de Jung. Et Cassel disparait, laissant derrière lui les scènes les plus prometteuses, au moins sur le propos. Et le film retombe, et s'écrase dans des bavardages incessants ne laissant aucune place à la sensation. Si bien que le film se clôt sur des scènes quasiment pathétiques, avec ces phrases laconiques qu'on nous assène juste avant le générique, et qui laissent un petit goût d'amertume. On a vu un film bien fait aux entournures, mais vidé de ce qui aurait du faire son charme et sa noirceur.

 

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57,5%

 

Le Point FA2

Bon, bon, bon... Quand viendra le passage obligé du choix du meilleur scénario et du meilleur réalisateur, ça va être difficile, parce qu'il n'y a pas eu de vraiment bon film durant ce festival. Si on a trouvé un indéniable prix d'interprétation masculine, et un discutable mais solide prix d'interprétation féminine, on sèche à dire quel scénario a été le mieux écrit, et quel cinéaste a le mieux réussi sa mise en scène, sa direction d'acteurs, et sa réalisation. En revanche, sur le prix spécial, on ne compte plus les films qui concourent (Les neiges du Kilimandjaro, Le tableau, Les adoptés, Tous au Larzac!, Hugo Cabret...). Bref, plus qu'un seul film à voir, le français 17 filles, et le bilan du festival qui suivra, lundi 2 janvier...

Par Gagor - Publié dans : Critiques de 2011 - Communauté : 1 article = 1 film
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Lundi 19 décembre 2011 1 19 /12 /Déc /2011 01:21

FA2

 

CARNAGE

Roman Polanski

 

2 étoiles

 

EN BREF:

Une comédie grinçante qui commence à merveille, pour se terminer en queue de poisson. Les acteurs, s'ils offrent au départ des numéros impeccables et cyniquement drôles, déçoivent à la fin. Et le film reste du théâtre filmé, sympathique mais jamais vraiment inspiré.

 

carnage.jpg

 

On ne peut s'empêcher de penser qu'au théâtre, ç'aurait été génial. Les dialogues sont ciselés, les personnages outranciers, le sous-propos plutôt fin, et les apparences géniales à décoder. Au théâtre. Parce qu'au cinéma, c'est une autre paire de manches. Polanski a des contraintes: rester 1h20 dans un même lieu, c'est le risque de tourner en rond; filmer uniquement quatre personnages, c'est le risque de s'en lasser; filmer une pièce de théâtre, c'est le risque de laisser l'outrance s'installer, et donc de perdre toute crédibilité. Deux couples de bourgeois essayent de démêler une situation a priori pas très grave: leurs deux fils se sont donnés des coups, et l'un des deux est légèrement blessé au visage. Qui paiera les pots cassés? Les quatre adultes, qui partiront d'abord dans une discussion aimable et relativement calme, ne masquant pas les tensions qui se font peu à peu jour. A force de tourner autour du problème, les parents perdent leur raison, et partent au bout d'un moment dans une discussion à couteaux tirés, ou la politesse de façade s'érode lentement, pour laisser place à un franc parler souvent acide. Le film tient sur ses quatre acteurs, mention spéciale tout de même à la méchanceté inimitable de Christophe Waltz. Point. Autrement, il n'y a pas grand chose à retenir. La mise en scène est statique, la contrainte théâtrale du coup très visible. Polanski réalise par le même coup un film assez impersonnel, ou l'on ne comprend plus ou est le point de vue du cinéaste.

 

Les dialogues vachards et les acteurs haut de gamme évitent de peu que ce "Carnage" ne rime avec ratage et naufrage...

Paris Match


Au départ, on suit avec plaisir ces quatre gamins d'adultes, qui en viennent aux mots durs assez rapidement, et s'échappent ainsi de la mollesse qui s'était emparée du film pendant quelques minutes. Et ça part. Une demi-heure du film est totalement jubilatoire. Les personnages sont confus, ambigüs, passionnants, énervés, et on se demande comment ça va se terminer. On prend un plaisir fou à regarder se déchiqueter ces bourgeois hors de toute réalité, enfermés dans un désir de régler des problèmes d'enfants, et qui pourtant ne le régleront pas. Christophe Waltz et son portable, ça deviendra mythique, John C. Reilly et son flegme vite envolé, Kate Winslet et sa diplomatie peu efficace, Jodie Foster et sa bonne morale en désaccord avec ses actes (la seule un rien décevante la Foster). Et puis arrive l'alcool. Ca m'a beaucoup déçu, parce que la saveur du film s'est peu à peu envolée, et le jeu totalement outré des actrices en particulier fausse un peu le jeu. Les ambiguïtés ne sont plus aussi intéressantes, et les caractères semblent se dissoudre dans les degrés du whisky. Polanski avait réussi à rendre son film captivant, et démonte chaque phrase qu'il avait si bien fait dire à ses acteurs. On passe d'un rire cruellement cynique, à une moue de déception. Et puis, cette fin, si elle est amusante lorsqu'on voit les gamins, parait tout de même totalement bâclée. On ressort donc le cul entre deux chaises, partagés entre une virtuosité des acteurs et des dialogues dans la première moitié du film, et une certaine paresse vers la fin du film, et sur certains autres aspects (musique, mise en scène, rythme...). Un petit film, qu'on oubliera très vite, et qui aurait pu être génial, de bout en bout.

 

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55% de réussite.

 

Le Point FA2

Le meilleur film de la sélection, jusqu'à présent, c'est Carnage. Et c'est moyen. Et si on tient les prix d'interprétation, on attend beaucoup du Cronenberg, et on espère une jolie petite surprise du côté de 17 filles, un premier film français. Encore deux films en compétition, déjà 4 de passés, dont trois assez médiocres, et un moyen.

Le festival d'hiver, en revanche, s'annonce exaltant, avec une dizaine de sélections, une dizaine de promesses. Les plus attendus: La coline aux coquelicots, Take Shelter, La Taupe et Martha Marcy May Marlene...

Par Gagor - Publié dans : Critiques de 2011 - Communauté : 1 article = 1 film
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Lundi 19 décembre 2011 1 19 /12 /Déc /2011 00:47

FA2

 

SHAME

Steve McQueen

 

1 étoile bis

 

EN BREF:

Malgré un acteur effectivement exceptionnel, on s'ennuie ferme devant un film qui se cherche constamment des enjeux. C'est bien filmé, vu sous un angle original, mais il y a comme une barrière, qui fait qu'on reste totalement insensible à ce qui se passe de l'autre côté de l'écran...

 

shame

 

Bon... Décidément, le Festival d'Automne 2 ne veut pas démarrer. On attendait le meilleur de ce Shame, vanté partout comme "troublant", "dérangeant", "sensuel", "inoubliable" même. La bande-annonce était intrigante, le sujet étonnant et semblait bousculer les codes établis, en montrant quelque chose d'a priori ammoral. Un homme, qui a un boulot qui paie bien, une vie de pacha dans un appartement totalement impersonnel, a un problème, qui le mine, et l'excite: il est obsédé sexuel. Tout ce qui bouge y passe, et son pouvoir de séduction est très fort. Arrive sa soeur, qui logera chez lui, et avec qui la relation est complexe. Puis des soucis, quand les quelques personnes qui l'entourent découvriront les petites perversions de notre antihéros. Un film qui traite donc la sexualité, et de manière assez frontale (pour un film américain, c'est, disons, très ouvert). Michael Fassbender semble être LA raison d'exister du film, tant celui-ci tient uniquement sur les épaules (solides) de l'acteur. Il est assez fascinant à regarder, cependant son personnage est tellement impersonnel qu'on a du mal à s'y attacher, et à ressentir quoi que ce soit, même lors du drame, à la fin du film.

 

"Shame" pâtit d'un scénario autosatisfait qui vise dans les coins sans jamais rien explorer. On aurait aimé en savoir plus sur les personnages. Bref, jouir d'un peu plus de consistance.

Le Parisien


Il y a de très beaux morceaux dans Shame, des scènes de passion parfaitement filmées, des scènes de jogging qui semblent vibrantes, et un souffle qui devrait glacer. On est un peu perdu au sortir de la salle: on a la sensation d'avoir vu un film fignolé, très bien fait, très bien monté (et on ne parle pas que de l'acteur), et on a rien éprouvé. Ou plutôt si: à mesure que le film avance, le spectateur s'éloigne peu à peu du "contenu" pour observer plus les contours, la technicité riche du film. Il y a quelques scènes miraculeuses, et une ambiance globale très réussie, qui oscille entre un glauque pâle et une rapidité moderne étouffante. C'est un très bel objet, seulement on a l'impression de n'y avoir pas accès, on a mis une vitre sur l'écran qui empêche l'image de venir chatouiller nos sens, qui empêche les émotions de se répercuter sur le public. Quant au scénario, la spirale infernale dans laquelle s'engouffre le personnage ne nous emmène pas, et finit même, à partir de la moitié du film, par nous consterner. Carey Mulligan n'arrange rien à cela, qui déçoit encore après Drive. Le sujet, qui paraissait lourd de sens et peu exploré, est en fait peu consistant, si bien qu'au bout d'une demi-heure, ou les situations sont mises en place, ou les personnages sont connus (leurs traits psychologiques sont d'ailleurs très minces), le film commence à tourner en rond. Et la deuxième partie du film semble avoir été faite à tâtons. Le cinéaste se cherche des objectifs et de nouveaux enjeux, multiplie les pistes (la femme de laquelle il veut absolument tomber amoureux, sa soeur qui tombe amoureuse de son collègue, sa soeur qu'il vire de chez lui, ses pulsions qui ne le lâchent pas...), pour arriver à une fin plutôt pathétique, ou, voyant une bague au doigt d'une femme, il décide de ne pas la séduire... Tout ça pour ça! On ressort donc déçu d'un film qui ne manque pas de chair, mais d'intérêt. Grosse déception, donc.

 

shame-2.jpg

 

47% de réussite.

Par Gagor - Publié dans : Critiques de 2011 - Communauté : 1 article = 1 film
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