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8 avril 2013 1 08 /04 /avril /2013 23:03

 

 

JAPPELOUP

Christian Duguay


3 étoiles

 

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Un homme, un cheval, un seul et même destin. Voilà, en gros, ce que propose de retracer Jappeloup, du nom du (beau) cheval, héros du film. L'homme, c'est Pierre Durand, avocat qui finit par se consacrer à l'art du saut d'obstacle, et devient chevalier. On connait d'avance la fin (l'homme et son cheval terminent gagnants aux JO de Séoul en 1988), on s'attend à un film classique et pépère, un Petits Mouchoirs 2, sans les irritantes larmes de Marion Cotillard, et sans la lourdeur du ''film de potes''. Christian Duguay, sans grande référence, réalise ici un film de, écrit par et pour Guillaume Canet, et on le sent bien (l'acteur se révèle très bon dans son rôle, investi et méticuleux), mais pour autant, le reste du film semble très soigné, les seconds rôles existent bel et bien. On redécouvre ainsi le très bon acteur que peut être Daniel Auteuil, qui nous fait totalement croire à son personnage de patriarche bourru et ambitieux pour son fils, on apprécie la prestation émouvante de Marina Hands, qui se bonifie avec le temps, on découvre la candeur de Lou de Lâage (après son rôle dans J'aime Regarder les Filles), on s'étonne devant la ''révélation'' Jacques Higelin, parfaitement sobre, et on s'émeut de retrouver la belle Marie Bunel, trop rare et souvent trop discrète. Le film, volontairement, revisite de nombreux thèmes très classiques, dilués dans une mise en scène ample et impersonnelle, sous la sécurité de l'appellation ''biopic'': les relations père-fils et homme-cheval, la conviction, et bien sur l'éternelle faiblesse de l'homme devant l'échec. Jappeloup, après des débuts prévisibles et un scénario bateau, nous offre ce que l'on apprécie de temps à autre: un film classique, avec de vrais morceaux d'acteurs dedans, et donc un vrai plaisir, qui ne se dément pas à mesure que la réalisation se fait plus alerte. Jappeloup ne fera surement pas date, en tout cas il offre une inattendue surprise, joliment construite, devant laquelle on est véritablement ému et, contre toute attente, embarqué.

 

13,5/20


 


 

CAMILLE CLAUDEL 1915

Bruno Dumont

 

2 étoiles

 

Camille-Claudel-1915.jpg

 

Deux sentiments précèdent le film. D'abord, l'envie de voir Juliette Binoche pendant 1h35, quasiment seule, l'envie de regarder ce visage féminin que l'on aime tant, où l'on pourrait, selon Gérard Lefort de Libération, ''lire le bulletin météo des tempêtes sous son crâne et des rares embellies qui le traversent''. Et puis, au contraire, l'envie de fuir avant même d'avoir vu le film, en prévoyant le lourdingue ''naturalisme'' à la Dumont, qui nous a fait vivre des moments de pur ennui devant des ''oeuvres'' qui laissent de marbre (Hadewijch particulièrement). Deux sentiments succèdent au film. D'une part, le vrai bonheur de voir Binoche dans un rôle à sa taille, qui l'interprète avec une force inouïe. Camille Claudel est devant nous, elle mange, prie, s'ennuie, s'énerve, se prépare à manger, écrit, s'affaiblit, écroule en larmes plusieurs fois (cette séquence magnifique où des pensionnaires répètent une scène de Don Juan, et durant laquelle Binoche passe de l'absence totale au rire, puis aux larmes). D'autre part, une incertitude. S'est-on ennuyé? Qu'a-t-on vraiment observé? Etions-nous attentifs au seul bulletin météo prodigué par Binoche, ou regardions-nous ces vrais pensionnaires qui gravitent autour de Binoche? Sommes-nous voyeurs, où Dumont a-t-il trouvé la manière la plus juste de filmer ces personnes? L'incertitude demeure longtemps, force est au moins de reconnaître à Dumont la capacité de stimuler son spectateur, qui ressort légèrement déboussolé. Parce que d'un côté, il y a la ''pureté'' du geste, le naturel des comédiennes, la beauté d'une échappée sur les chemins d'un calvaire rocailleux, la force de larmes et de soutiens involontaires de la part des pensionnaires. De l'autre côté, il y a aussi ce flot continu de paroles, qui viennent souvent gâcher le ''plaisir'', et couper une dynamique mise en place par la quiétude du découpage, il y a cet insupportable Paul Claudel (Jean-Luc Vincent), qui prend toute la place pendant un très long moment, trop théâtral et trop bavard pour exister à l'écran. Et il y a cette forte propension de Dumont à la contemplation incertaine et chaotique, qui rend l'oeuvre peu palpable, loin de toute cinégénie.

 

Le 30 mars, pourtant, une lecture, dans Libération, un reportage au long cours dans Le Mag du week-end. Et se lève enfin l'incertitude. Oui, il faut aller voir Camille Claudel 1915, malgré les atours peu attractifs du film. L'article '' « Camille Claudel 1915 », une folle parenthèse'', qui revient sur le lieu du tournage, à Saint-Paul de Mausole dans les Bouches-du-Rhône, raconte les réminiscences de l'aventure dans la tête et dans la vie des pensionnaires. Un article vraiment superbe, qui pose les questions de l'identification (du spectateur aux handicapées, des handicapées à leur rôle – certaines sont devenues aides-soignantes pendant le tournage, ce qui leur reconnaît un statut de personnage, autrement différent que celui d'handicapée), du rapport au langage (apprentissage du texte, l'acte de ''jouer'', notamment cette femme qui chante et exulte son Hallelujah!...), et d'une folle expérience humaine qui, selon les dires du personnel de la maison d'accueil, a changé toutes les pensionnaires, les a marqué durablement. Camille Claudel 1915, film complexe qui laisse de nombreuses questions en suspens, restera finalement comme une belle expérimentation, une oeuvre qui ouvre la porte à des réflexions passionnantes.

 

12,5/20

 

 


 

TU SERAS SUMO

Jill Coulon

 

2 étoiles

 

tu-seras-sumo.jpg

 

Tu Seras Sumo est un documentaire étonnant sur l'initiation d'un jeune homme (mince) à l'art du Sumo. Jill Coulon, qui a été autorisé à tourner dans une écurie de sumo, a trouvé le sujet parfait pour un documentaire qui paraît quasiment scénarisé: un jeune homme, donc, dont le père veut qu'il fasse du sumo, mais qui n'en n'a aucune envie. Il va entreprendre l'apprentissage de l'art, en prenant du poid, en apprenant les codes et en suivant les rites d'initiation (dont certains sont plutôt amusants). L'entraînement, très physique, dure jusqu'à 5 heures pas jour, et le craquage n'est pas permis (scène magnifique des larmes d'épuisement). Le titre japonais, Shinbô, signifie Courage, Persévérance. Il est particulièrement adapté ici, alors que le jeune finira pas abandonner son apprentissage, sous la pression trop forte de ce que l'on attend de lui. Le documentaire porte plus sur la construction d'un adolescent qui passe à l'âge adulte, en se faisant véritable porte-voix de ce garçon qui raconte, en voix off, à travers des entretiens, ses ressentis, et son intégration dans l'écurie. Seulement, si l'observation est intéressante, le film s'essouffle très rapidement, et devient anecdotique. Un documentaire original, dépaysant et qui dévoile au novice une partie de la culture japonaise, comme il est très juste lorsqu'il parle de la difficulté de se plier aux traditions, mais qui est affaibli par une musique envahissante, et un cadre formel engoncé dans son académisme. Ceci étant dit, on attend la suite de Jill Coulon, dont c'est le premier film.

 

11,5/20

 

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Published by Gagor - dans 2013
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21 mars 2013 4 21 /03 /mars /2013 22:26

THE SESSIONS

Ben Lewin

 

Quatre étoiles


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Un homme atteint de la polio, ne pouvant quasiment rien faire seul, immobilisé dans un poumon d'acier. Un intérêt grandissant pour la chose sexuelle, qu'il n'a jamais connue, qui l'empêche de se sentir homme accompli, ou plus simplement homme ayant la maitrise de son propre corps. Plusieurs femmes. Une première, avec qui il aimerait atteindre une sensualité développée, elle freinée par ce corps inerte, malgré la vivacité de cet esprit. Une seconde, avec qui il travaille cette sensualité, découvrant ainsi son corps, sa capacité au plaisir, à l'attachement, à l'estime de soi. Le film raconte cette rencontre fabuleuse, entre deux corps, puis entre deux êtres, une rencontre couchée, sans fard. Au cours de six séances (les sessions), l'homme et la thérapeute (assistante sexuelle) vont explorer le corps de l'un, puis de l'autre, le but étant clairement énoncé: arriver à faire pénétrer l'un dans l'autre, dans l'ultime objectif de parvenir à un orgasme mutuel.

 

Le cinéaste raconte son histoire sans aucune pincette, aborde son sujet frontalement. Mais pour autant, il n'est jamais question de voyeurisme, ou même d'explication rationnelle, ni de leçon de vie. Haut et fort, le film clame: chacun a droit au sexe (un prêtre le confirme, Dieu fera bien une exception pour cette sexualité hors mariage). Le sujet, au départ, ce sont les pulsions, les envies de ceux qui ne peuvent se satisfaire eux-mêmes, ou n'osent pas le demander. Au final, en contrepoint, vient sonner cette envie d'être aimé, regardé, désiré. Le propos a beau être cru, l'image a beau être rude, il n'y a pas une seconde graveleuse en ce film. Parce que le cinéaste parvient à rendre poétique son observation rigoureuse, et parce qu'il respecte profondément les deux personnages principaux, qu'il dépeint avec une tendresse infinie, qu'on devine dans la douceur et la subtilité des dialogues, des réactions. On peut souligner que les deux acteurs, Helen Hunt comme John Hawkes, sont d'une exemplaire sobriété. Il sublime son sujet en offrant à son cadre de nombreuses échappées: résurgence de souvenirs d'enfance, poèmes, détails absurdes qui amènent le rire. The Sessions est un cocon, dans lequel on se sent bien, devant lequel on n'est jamais gêné. Le cinéaste, s'il ne brille pas par son style, impose à son excellent scénario un rythme et un découpage efficace et posé. On aborde la question de fond en comble, et le fil ne casse pas, rien ne s'essouffle, on sort de la salle profondément ému, par la force et la simplicité d'un film beau, profond et remuant.

16/20

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20 ANS D'ECART

David Moreau

 

3 étoiles


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Une femme, MILF (Mother I'd Like to Fuck) de son état, veut être nommée à un poste important dans le magazine féminin pour lequel elle travaille. Un jeune homme, étudiant, plutôt intelligent, mais encore assez naïf, tombe amoureux de cette femme, de vingt ans son aînée. Elle, parce que son patron trouve ''moderne'' qu'elle s'amuse avec un petit jeune, monte un plan, censé ne pas toucher à ses affects. David Moreau nous propose une comédie romantique, qu'on croit au départ bien franchouillarde comme il faut. La présence de Pierre Niney au générique intrigue tout de même, lui qui avait brillé dans Comme des frères, J'aime regarder les filles, ou Les neiges du Kilimandjaro (ce serveur, mais ce serveur...). Donc on y va. Générique de début, on se croirait dans une pub, magazine qui se feuillette et se jette directement après. Persuadés que le film va être une sacrée daube, on se renfrogne dans son fauteuil, n'attendant que Pierre Niney pour nous sauver, un tantinet soit peu, de là.


Or, tout ce qui suit dans la comédie n'est que jubilation. Sur une histoire vue et revue des centaines de fois, David Moreau instaure une petite alchimie entre ses deux acteurs, une folie mordante et pleine de plaisir. 20 ans d'écart ne souffre d'aucune originalité (cadrages plats, image trop nette, comme du papier glacé, scénario inconsistant, rebondissements téléphonés), mais s'illumine par le seul éclat du casting. Virginie Efira, malicieuse, blonde pimpante et revigorante, un vrai bol d'air. Charles Berling, inattendu, à l'air de s'amuser, et ça déteint bien sur nous. Gilles Cohen étonne en vieille folle directeur de magazine. Et Pierre Niney, d'une candeur pleine de fraicheur, de naïveté et d'oisiveté, parfait comme à son habitude, plein de promesses. Bref, une comédie qui s'apprécie uniquement pour les acteurs, mais des dialogues qui font mouche sans arrêt, et des éclats de rire (généralisés dans la salle pleine) incessants. Un vrai plaisir, sans prétentions, malgré les défauts d'une comédie française qui peine à regarder dans d'autres directions.

13,25/20

 


 

NO

Pablo Larrain

 

2 étoiles

 

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No, ou comment la campagne du plébiscite demandé par Pinochet pour crédibiliser son régime aux yeux du monde en 1988 devient la victoire du NON grâce à un combat publicitaire entre partisans et opposants au régime. No, ou le plaisir de voir un vrai beau film politique, qui porte de l'affection pour son sujet. No, ou le récit endiablé, parfaitement maitrisé, joliment découpé, rythmé en diable, d'une campagne de la joie. No, ou la confirmation que Gael Garcia Bernal est un acteur engagé dans ses projets, tous passionnants (son dernier en date sorti en France, Même la Pluie, écrit par le scénariste de Ken Loach, était un très beau film), et un producteur investi (on retrouve son fidèle acolyte, Diego Luna, dans la liste des coproducteurs du film, desquels Garcia Bernal fait partie).

 

Le film est un ensemble qui plait et déplait. Sur le fond, on serait évidemment tenté d'adhérer sans aucune réserve au film, parfaitement raconté, au scénario en béton. L'image saisit parfaitement l'ambiance d'une équipe en plein travail (ces scènes de ballade, de pique-nique, ou tout se mélange – le familial, le professionnel), et la qualité principale du film réside dans la crédibilité de ce qu'il filme: les brainstormings sont plus vrais que nature, l'échaffaudage en dernière minute de systèmes D, l'Histoire qui se fait au jour le jour, au gré de discussions plus ou moins clandestines, la construction spontanée et collective d'une campagne, des premiers croquis à la chanson... Le film offre un véritable plaisir de narration, les acteurs sont pour la plupart très bons, même si l'ensemble pêche légèrement parfois d'un bavardage incessant, qui met en cause la crédibilité de certains comédiens, trop attachés à savoir leur texte. En revanche, gros point noir du film, que beaucoup auront souligné: la technique. Si le procédé est original, si l'envie est compréhensible de vouloir filmer les images d'aujourd'hui avec la qualité de l'époque, pour pouvoir les mixer sans problèmes aux archives, le rendu est pour le moins mitigé. Plaisant les cinq premières minutes, le procédé finit par fatiguer la rétine et le cerveau, saturé au maximum. La lumière encercle constamment les plans, qui empêche forcément de voir les détails de chaque scène. Ca peut avoir son charme dans un court-métrage, c'est très lourd sur une si longue durée. Et même si au final, le fond prime sur la forme, le plaisir est quelque peu gâché par cet handicap très lourd. Reste l'immense plaisir d'une campagne victorieuse, pleine d'envies, de joie, d'originalité, de passions intimes et collectives, et l'intérêt profond quant à la portée politique de l'oeuvre, qui conte une histoire dont devraient s'inspirer les communicants d'aujourd'hui, engoncés dans leurs certitudes.

13/20

 


 

AU BOUT DU CONTE

Agnès Jaoui

 

2 étoiles

 

Au-bout-du-conte.jpg

 

Quel réel plaisir que de retrouver le tandem Jaoui-Bacri à l'écran, cette poésie douce-amère qui s'impose d'emblée, et cette manière unique de parler des tourments, de la vie qui va et vient. Le scénario, toujours très bien tissé, n'oubliant pas d'être légèrement décousu, est bien signé du duo, ça ne fait aucun doute. Bacri campe cet éternel bougon, Jaoui l'éternelle frustrée, et ils restent parfaits, quoi qu'il arrive. Au bout du conte est censé raconter un conte, justement, avec tous les archétypes qui font des contes ce qu'il sont: une bonne fée (Jaoui, donc, drôle à souhait, bonne fée pour les autres, moins pour elle), une princesse (Agathe Bonitzer), un grand méchant loup (parfait Benjamin Biolay), un prince charmant (sympathique Arthur Dupont). Quant à Bacri, on ne sait pas trop (on pencherait pour l'oncle bougon, mais Jaoui semble faire jurisprudence, n'ayant pas d'exemples en tête pour coller un archétype à Bacri). Le synopsis est plutôt amusant, faisant état d'une histoire de croyances, croyances qui s'enchevêtrent, une petite fille croit en Dieu, une jeune fille croit en l'amour, un jeune homme qui ne croit pas beaucoup en lui, un homme qui croit en la date de sa mort, prédite par une voyante.

 

Le film, choral, est sympathique à regarder, bien rythmé, bien dirigé, mais la semi-déception est bien présente. Effectivement, le moment n'est « que » sympathique, mais très vite oublié (vu fin janvier, je n'en retiens que très peu de plans). Si les thèmes sont passionnants, et donnent lieu à certaines scènes valant leur pesant d'or (la confession d'un père à son fils, l'apprentissage de la conduite...), et à certaines idées merveilleuses (cette impression de vieillesse dans le visage jeune d'une femme, le « suspense » de la date de mort...), aucun n'est véritablement fouillé, et on a du mal à rentrer vraiment dans l'histoire. Et même si la construction du film est très intéressante (il s'agit de déconstruire les croyances induites par les contes), on attendait quelque chose d'un peu plus mémorable.

12,75/20

 


 

A LA MERVEILLE

Terrence Malick

 

1 étoile bis

 

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La Merveille de l'Amour, quel qu'il soit. Si tu aimes, que ce soit dans les champs, dans une église, dans un supermarché, ou, le must, sur les marches du Mont Saint Michel, alors l'Amour te le rendra. Voilà, on a dit cela, on a tout dit. Le dernier film de l'immense Malick (dont on retient aussi bien les cadrages amples de sa fameuse Ballade Sauvage, qui semble à des années-lumière, que la cohérence naturelle entre l'infini et le minuscule dans sa superbe Palme d'Or The Tree of Life), se limite à un triangle amoureux (triangle formé par Dieu, l'Homme et la Nature, comme toujours), qui aurait pu être magnifique. D'un point de vue purement formaliste, A la Merveille est très intéressant, et ressemblerait à ce cinéma épuré de toute histoire, de tout point de vue qui viendrait « gâcher » l'art de faire du cinéma: des plans qui ne cessent de se couper un plein milieu, qui donnent une tentative d'effet de fuite vers quelque chose (qu'on ne saisira jamais); des dialogues qui ne se suivent pas et ne sont pas purement illustratifs; des images sublimes et découpées en tout sens. Or, du point de vue du spectateur tel qui attend le cinéma de Malick, c'est pire qu'une déception, c'est une petite horreur. Dans The Tree of Life, qui serait le film de Malick se rapprochant le plus de celui-ci, le cinéaste parvenait à offrir un flot de sensations, et il avait beau partir en toutes directions, des liens pouvaient se tisser, et chaque image pouvait trouver sens à nos yeux.

 

A la Merveille, bien que s'en rapprochant par son style, et portant la patte de son auteur, ne parvient pas à nous faire décoller. Jamais. On se retrouve alors, pendant très longtemps (1h50 qui n'en finit plus), devant une foule d'images, qui ne sont pas forcément si belles d'ailleurs, qui se suivent et paraissent ne rechercher que la meilleure exposition à la lumière, la plus belle courbure de Olga Kurylenko, le plus beau nuage. Non seulement on s'ennuie fortement, mais le cinéaste (dont c'est le premier naufrage) ne récupère jamais son film, même si certains plans relèvent du sublime. Le film a des arguments de vente dont il ne se sert que trop peu (Rachel McAdams, reléguée à « celle qui court dans le champ pendant deux minutes, et puis – pouf! - plus rien »), et des handicaps dont il fait l'apologie (cette voix off omniprésente, ou cette recherche d'amour divin, les deux d'une lourdeur incommensurable). Dans l'aridité et l'impersonnalité du paysage américain, comme dans la tiédeur de la manière de filmer Paris, le film se perd, et ne reprend jamais pied. L'amour érigée en merveille devient une méprise, et le sentiment même – qu'il soit divin, terrien ou humain -, une prétention.

8,5/20

 


SPRING BREAKERS

Harmony Korine

 

1 étoile bis

 

Spring-Breakers.jpg

 

Les plages bondées, les motels ivres de monde et de réjouissances, les fesses à l'air et la tête décidément ailleurs, des milliers de jeunes fêtent le Spring Break aux Etats-Unis, des vacances de démesure (alcoolique, sexuelle, droguée), se terminant en partouze géante, mais bourrée. Le film hype de Harmony Korine, qu'on a connu scénariste pour Larry Clark (Ken Park et Kids, deux films désespérés), se propose d'observer quatre jeunes filles en fleur, dont une est une fervente croyante, et de styliser tout ça de manière tendance: pop et flashy. Plans de gigantesques fêtes étourdissantes sous un soleil de plomb, folie tendance gerbe dans la moiteur des motels, arrestation de notre bande bronzée en soutien-gorge bien valorisant. Un sauveur à la rescousse, un Alien, comme son nom l'indique, un type un peu spécial (James Franco et ses dents en or) qui les prend sous sa protection, de leur plein gré selon les filles en chaleur, de force selon le spectateur. Spring Breakers est la chronique parfaite pour dépeindre ce que tout le monde voudrait bien croire, et c'est là tout le problème d'un film qui se veut universel, en tout cas largement mondialisé. Harmony Korine va loin dans son ''histoire'', l'assume jusqu'au bout, et offre à voir en pâture la crédulité de quatre jeunes filles qui se font baiser (dans tous les sens du terme), le langage et l'attitude désabusée de celles-ci.

 

J'espère mal interpréter le film, qui part dans tous les sens, et n'a rien à dire (en tout cas d'intéressant), et se donne constamment des airs, en se pliant au marketing, n'en montrant pas trop pour pouvoir être montré, suffisamment pour attirer un public jeune et branché (ça réussit), qui rêve secrètement de se laisser aller à ces ''plaisirs''. Mal à l'aise, on ne l'est pas par l'image, finalement assez convenue et dont on a vite fait le tour, mais on l'est par ce que sous-tend le film: ainsi, dans ce monde, on pourrait – on devrait, même - rêver de ne faire que ''la fête'' pendant des jours entiers, faire semblant de baiser à tout-va, et puis être bourré à 17h pétantes, puis comateux jusqu'au lendemain. Quel programme! Le film s'essouffle très rapidement, dès l'instant ou entrent en jeu ces quatre jeunes filles qui n'ont rien à faire, rien à dire, et encore plus lorsqu'intervient James Franco, méconnaissable, au jeu caricatural à souhait. En définitive, Spring Breakers, sous couvert de montrer une réalité et d'aller jusqu'au bout de sa logique (mais alors, vraiment au bout), ne fait que l'apologie du vide sidéral.

6,5/20

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Published by Gagor - dans 2013
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