Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
8 décembre 2010 3 08 /12 /décembre /2010 09:22

WE ARE FOUR LIONS

Chris Morris

 

1 étoile bis

 

EN BREF:

Une comédie très drôle par instants, mais qui s'essouffle bien rapidement, pour ne nous laisser voir qu'une technique approximative et des ficelles poussives. Heureusement, les acteurs sont assez talentueux, et certaines saillies franchement hilarantes nous font oublier, par intermittence, les défauts du film.

 

we-are-four-lions-2.jpg

 

L'année dernière sortait, vers la même période, une comédie anglaise grinçante sur les rapports diplomatiques entre Angleterre-Etats-Unis, In the loop. Cette année, l'anglais Chris Morris nous sert sur un plateau enflammé, une comédie pacifique sur le terrorisme, We are four lions. Sans avoir du tout le même sujet, les deux films ont tout de même deux points communs très forts: l'humour so british, et un certain foutoir total dans le scénario, qui s'en ressent dans la manière de filmer. Les deux comédies m'ont d'ailleurs déçu, et ne m'ont qu'à moitié conquis. Entre les fous rires qu'elles m'ont toutes deux donné, les minutes d'ennui étaient longues. Chris Morris choisit ici de filmer une bande de mecs qui veulent faire parler d'eux. Ils sont déterminés à devenir des soldats du djihad, mais sont loin d'en avoir l'étoffe (ils ont beaux être musulmans et radicaux, ils n'ont pas la connaissance et le savoir faire). Autrement dit, ils sont complètement cons. Pas un pour rattraper l'autre, et ils ne sont aucunement là pour être attachants. Et pendant tout le film, ils montent un coup. Vont-ils: faire sauter la mosquée? Faire sauter la pharmacie? Here is the question.

 

Faire passer le terrorisme pour une activité de fanatiques demeurés, qui avalent la carte SIM de leur téléphone et se font exploser au milieu de moutons, c'est carrément stupide.

Télérama


Chris Morris, présent lors de la projection, ne pourra pas être taxé de racisme, et répond avec justesse et objectivité sur la question: montrer des musulmans cons n'est ni un blasphème ni du racisme. Pourquoi? Parce que si le réalisateur prenait cinq blancs-becs qui n'y connaissent rien aux techniques des attentats, ceux-là auraient l'air aussi cons. Et dans un souci d'authenticité, même si ça peut sonner cliché, ça fait beaucoup plus crédible d'entendre des insultes en ourdou qu'en français, surtout quand on veut faire un portrait largement caricaturé d'une frange de l'islam. Et le film, s'il reste provocateur, prône tout de même l'anti-terrorisme: l'assassinat ne résout rien. Quant au frère du personnage principal, Omar, un modéré qui applique les lois du Coran à la virgule près, et qui sépare les femmes des hommes en les mettant dans un « placard », nul ne doit se méprendre: il n'est pas censé apparaître comme le plus terroriste des personnages (au final, les four lions dont le titre fait allusion, ne sont pas bien méchants), mais comme un homme de culture, qui applique les préceptes de sa religion. Le film, sous des allures de caricature grossière, brosse un portrait fin, sans concessions, et surtout très objectif, d'une partie de l'islam. Mais n'est pas méprisant, le réalisateur s'en défend, et bien (réalisateur très intéressant, par ailleurs, qui s'est livré à un bon débat avec la salle), et c'est un bon point pour le film.

 

On est plus proche du style docu-fiction, avec une laideur visuelle ostentatoire (des zooms répétés, des trucages cheap) qui certes sied mieux au genre mais ne révèle pas l'inventivité formelle dont Morris a été capable par le passé.

Excessif


En revanche, une fois qu'on a compris que Chris Morris ne voulait pas se foutre de la gueule de l'islam mais de cette bande de bras cassés, le problème est que son histoire manque cruellement d'intérêt, et s'étire inutilement sur la longueur. Ainsi, d'excellents moments (les explosions ratées, vraiment très drôles) laissent place à de grandes longueurs, ou l'on ne voit plus que les défauts du film. C'est moche, pas forcément passionnant. Les personnages ne sont tellement pas attachants qu'ils finissent parfois par nous taper sur le système, et les ficelles comiques sont tout de même bien usées, et très grossières. On voit venir la moitié des gags, et sur 10 gags, 2 nous font exploser de rire, 3 nous font sourire, 5 ne sont plus drôles. Le film est tout de même partiellement sauvé par le talent de ses interprètes, et par quelques saillies inoubliables. On notera des pieds-de-nez courageux à la bonne conscience des spectateurs, et un sens de la répartie qui surprend tout de même plus d'une fois. On regrettera un manque de cohérence dans l'ensemble, extrêmement hétérogène, un montage plus resserré aurait largement fait l'affaire, et aurait pu marquer les esprits. Quant à la fin, elle est si « légère » qu'on oublie le film dès la sortie de la salle.

 

we-are-four-lions.jpg

 

49% de réussite.

Repost 0
8 décembre 2010 3 08 /12 /décembre /2010 08:20

A BOUT PORTANT

Fred Cavayé

 

3 étoiles

 

EN BREF:

Un thriller très bien troussé et véritablement haletant. Gilles Lellouche trouve enfin un vrai rôle, couillu à souhait. Manque juste cette touche de vraisemblable qui donnerait au film sa crédibilité.

 

A-bout-portant-2.jpg

 

Fred Cavayé est un fin horloger. Dans Pour Elle, il entraînait Vincent Lindon dans une course contre la montre: 3 jours pour sauver sa femme, et s'évader avec elle vers de nouveaux horizons. Un premier film très réussi. Il enchaine avec A bout portant, un thriller encore plus rapide, sous tension, très vif, à cran, avec cette folle envie de suivre le rythme infernal du balancier: un homme a quelques heures pour retrouver sa femme, prise en otage. Et ce n'est rien de dire que Fred Cavayé semble se faire plaisir, se tient à un défi: ne pas intégrer d'intrigues secondaires plus « légères » que la seule course principale du film, pour éviter ainsi l'égarement du spectateur à des idées moins sombres. Et pour le coup, il nous fait plaisir, et le film est un véritable thriller qui vous scotche et vous accroche, ce qu'on appelle un film coup de poing. La minuterie du film est très précise: 1h25. Ca vous prend, ça vous lâche, sans jamais ennuyer. C'est un vrai plaisir de cinéma, un film d'action maitrisé, un vrai bon moment, avec des courses poursuites à couper le souffle.

 

Accentué par une musique présente sans être envahissante, le rythme ne faiblit jamais; une réalisation efficace rend palpitantes les courses-poursuites qui jalonnent le récit.

La Croix


Fred Cavayé nous fait également ce plaisir de montrer de bons acteurs dans de bons rôles, bien écrits: après Vincent Lindon et son inénarrable profondeur, voici un tandem couillu et passionnant, Gilles Lellouche et Roschdy Zem. Moi qui n'aimais pas particulièrement Gilles Lellouche, me voilà prêt à réviser mon jugement, il est ici impressionnant, jamais à côté, franchement étonnant. Quant à Roschdy Zem, c'est toujours un plaisir que de le voir dans des rôles comme celui-ci. Le réalisateur trouve de bons seconds rôles, un thriller de bonne facture technique, une bande originale tendue par Klaus Badelt (L'arnacoeur, Le petit Nicolas...), un montage saccadé mais jamais écoeurant (le monteur de Kassovitz, et des deux premiers films de Kim Chapiron et Romain Gavras, Dog Pound et Notre jour viendra, Benjamin Weill). Le scénario est très bien troussé, même si les invraisemblances gagneraient à être moins nombreuses. Le tout reste tout de même assez prévisible, mais le suspens est tout de même là parce qu'on ne connait pas vraiment l'issue. Un regret: pourquoi avoir planté Gérard Lanvin ici, qui cabotine totalement dans son rôle, la seule fausse note dans le casting, mais alors quelle fausse note. Le film n'est donc pas parfait, le scénario parfait complètement abracadabrantesque, mais la réalisation tendue permet à coup sur de passer un bon moment de cinéma.

 

a-bout-portant.jpg

 

69% de réussite.

Repost 0
6 décembre 2010 1 06 /12 /décembre /2010 03:18

SCOTT PILGRIM

Edgar Wright

 

3 étoiles

 

EN BREF:

Une originalité jouissive, une vivacité et une rapidité incroyables, une inventivité sans limites. Ajoutez à cela l'un des meilleurs acteurs du moment, Michael Cera, et on obtient: un coup de coeur.

 

scott pilgrim

 

Même dans le pire navet, si Michael Cera est dans le générique, vous pourrez être sur que j'adore le film. De film en film, il casse son image de « jeune premier mignon mais mollasson », et troque celle-ci avec un ado toujours aussi nonchalant, mais beaucoup plus combatif. Il avait commencé la rupture avec son image très lisse avec le très plaisant Be Bad, sorti en septembre dernier, et la déchire avec allégresse ici. En gros: un ado de 22 ans, bassiste, sort avec une lycéenne typée chinoise de 17 ans, mais tombe vite amoureux d'une fille dont on n'oserait même pas rêver, mais devra combattre ses sept evil-exes pour pouvoir continuer à la voir, et pour atteindre son coeur. Un pitch assez peu alléchant, un film a priori violent et inutile, une bande-annonce assez mauvaise. Mais on y va quand même, rassurés par la présence de Michael Cera. Et le film confirme un effet nouveau dans le cinéma américain: l'effet Kick-Ass. Inauguré en avril dernier, cet effet est le plus jouissif inventé cette année. Sous des apparences violentes et adressées aux geeks, se cache une description acerbe et critique de la société américaine, mais surtout un divertissement inventif et fascinant, qui regorge d'énergie d'idées neuves. J'ai vu Kick-Ass 4 fois, celui-ci déjà deux fois, et les deux auront une bonne place dans ma DVDthèque, ce genre de films pas complètement con qui nous procurent un plaisir immense. Aaron Johnson était le fabuleux Kick-Ass, Michael Cera est le délirant Scott Pilgrim: on est pas près d'oublier ces deux noms.

 

"Scott Pilgrim" est peut-être, plus que tout autre chose, une chronique générationnelle d'une finesse étonnante.

Le Monde


Donc, Scott Pilgrim est le film aux sept combats, entrecoupés de délirantes scènes ultra-référencées pour amateurs de jeux vidéos. Anecdote amusante sur Pacman, visuel de plusieurs jeux vidéos, montage son venu tout droit des productions Mario Bros, bref un univers très typé et très bien retranscrit ici. De la première à la dernière minute, le rire est bien présent, grâce à de multiples gags visuels franchement bien foutus. Et quand je dis première minute, ce n'est absolument pas métaphorique, puisque le premier éclat de rire arrive avec le sigle Universal et sa musique bien connue... Et pendant tout le film, l'inventivité fuse, les idées sont très nombreuses, les hilarants seconds rôles aussi (le groupe de rock de Scott Pilgrim, la gay touch du coloc, la soeur, les amoureuses, les ex...). Les fous rires ne se comptent plus, et on rigole plus pour l'inventivité visuelle que pour le scénario, foutrement basique.

 

Le côté joyeusement foutraque de ses aventures au pays de la culture pop fait aimer ce geek d'anthologie.

20 Minutes

 

Finissons-en également avec une idée que certains critiques ont pu véhiculer: non, les combats ne se ressemblent pas, mais alors pas du tout. Au contraire, c'est là que le film excelle, il nous offre sept (voir huit) combats très différents, certains très impressionnants (combat de deux filles, combat musical, combat final), certains moins marquants (le premier, qui n'augurait rien de bon), d'autres totalement barjos (le combat avec la star de cinéma, hilarant, celui entre les deux bassistes, avec la confédération des végétaliens). En fait, ceux qui n'aiment pas le film ont bien raison: il est totalement écervelé, totalement foutraque. Mais ce sont autant de raisons de l'adorer: le film est extrêmement riche, totalement jubilatoire, on ne s'ennuie pas une seconde, c'est un bonheur, et ça fait du bien!

 

Scott-pilgrim-affiche.jpg

 

78% de réussite.

Repost 0
1 décembre 2010 3 01 /12 /décembre /2010 18:59

LE SECRET DE CHANDA

Oliver Schmitz

 

2 étoiles

 

EN BREF:

Malgré la force indéniable des caractères des personnages qu'on suit ici, malgré l'importance du discours en cette journée mondiale de lutte contre le sida, malgré de très beaux passages d'émotion, le film peine à trouver son rythme, et le scénario laisse parfois à désirer.

 

le-secret-de-chanda.jpg

 

Les recettes récoltées aujourd'hui mercredi 1er décembre par le film soutiendront des actions pour combattre le virus du sida, maladie encore bien trop répandue, surtout sur le continent africain. Effectivement, ce mercredi aura été la journée mondiale de lutte contre le sida, et pendant que le directeur du Fonds Mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme déplore un faible engagement financier de la part des Etats, Oliver Schmitz nous conte l'histoire d'une jeune adolescente, Chanda, qui porte sur elle le poids du regard des voisins, le poids de la perte de sa petite soeur et de son père, le poids des besoins de sa mère, touchée par la maladie, et de ceux de son petit frère et de sa petite soeur, le poids d'une jeune orpheline prostituée. Bref, elle ne peut pas évoluer dans sa vie personnelle, et malgré son intelligence, « ses ailes de géant l'empêchent de marcher ». Généreuse, Chanda l'est, elle veut aider, elle est humaine, ne croit plus en la parole soi-disant divine, et n'écoute pas les conseils de sa voisine, qui lui dit que la maladie est infréquentable. Le titre anglais du film est bien meilleur que celui choisi en France: Life, above all, la vie, par dessus-tout. En luttant contre la mort de ses proches, jusqu'à ce qu'on doute de sa vie, Chanda lutte pour sa vie, et pour la vie. Et ce combat, qu'on aime ou pas le film, on se doit de le respecter. Le discours est juste, important, à défendre et à clamer.

 

un film sensible et délicat, qui parvient à aborder un thème difficile sans l'édulcorer ni en interdire l'accès au public jeune par une réalisme trop cru.

La Croix


Après, sur le plan du cinéma, le film est beaucoup moins facilement défendable. Le cinéaste use à tort et à travers des clichés et peine à donner une crédibilité à de nombreuses situations, même si on ne remet pas en cause l'éventuelle véracité de celles-ci. Par exemple, l'adolescente qui joue la prostituée n'est pas du tout crédible, et les sourires des figurants, dans des scènes ou tout le monde fait la gueule, sont légion. Le scénario appuie avec insistance sur certains points, à gros coups de bombes larmimogènes. C'est dommage, parce que le film manque surtout de finesse, et il aurait pu se permettre, surtout avec un tel sujet, d'être beaucoup plus suggestif. Il est possible aussi que nous regardions le film d'un total autre oeil que celui des sud-africains, pour qui le film semble avoir été fait: il peut, je pense, s'avérer être une efficace prise de conscience. En tout cas, nous, on s'ennuie par moments. Le début est très bon, on s'intéresse de suite à l'histoire, puis on s'ennuie par moments, et la fin est très bonne (quoique pas très crédible et pleine de bons sentiments), avec ce gospel qui délivre enfin les larmes, qui jusque-là peinaient à venir.

 

"Le Secret de Chanda" est (...) un film militant qui n'a pas honte de sa vocation pédagogique. Oliver Schmitz a suffisamment de métier et de confiance dans le cinéma pour que son histoire simple et tragique ne se réduise pas à un tract. Il filme avec clarté et sensibilité cet espace mal défini qui ressemble tantôt à un enfer urbain, tantôt à un village qui aurait trop vite grandi.

Le Monde


Mais globalement, même si on peut critiquer le film sur sa forme et, je suppose, sur son fond (je ne suis pas assez connaisseur du sujet pour m'y lancer), on ne peut pas ne pas lui reconnaître une audace: lever un tabou crucial pour la société africaine et, en l'occurrence, sud-africaine. Je n'ai pas le souvenir d'avoir vu le sujet abordé par un film sud-africain aussi frontalement, et c'est vrai qu'on ne peut pas faire plus clair. Au niveau pédagogie, c'est donc un coup réussi que fait Oliver Schmitz. Mais surtout, on pourra retenir tout de même la jeune comédienne, Khomotso Manyaka, qui illumine l'écran avec son visage angélique, et qui a l'air d'en baver. Elle tient plus que correctement son rôle, et passe sans problèmes de la honte à la tristesse, d'un soupçon de joie à la désillusion. Elle est fort agréable, tout comme les gospels chantés par des choeurs de femmes et d'hommes africains, et qui ont, comme à chaque fois, une très belle faculté à vous attendrir, au point d'oublier quelques petits défauts, si mineurs par rapport aux enjeux du film.

 

le-secret-de-chanda-2.jpg

 

60,5% de réussite.

Repost 0
1 décembre 2010 3 01 /12 /décembre /2010 01:54

Le mois de novembre, riche en sorties, en surprises, mais aussi en films plutôt moyens. En voici un lot, pour entamer le mois de décembre sans aucun retard dans les critiques, surtout que ce dernier mois risque d'être très intense! Une flopée de films moyens, pour la plupart fragiles, chroniqués en quelques tournures de phrases!

 

quartier-lointain.jpg

 

Le 24 novembre, Pascal Greggory se transforme en Léo Legrand, dans Quartier lointain, tourné dans les Alpes. Et si on se faisait une joie de retrouver Sam Garbarski à la réalisation, après le magnifique Irina Palm, on est un peu déçu, le résultat est en deça des attentes. C'est mignon tout plein, c'est bien écrit, mais c'est très plat, très classique, de bonne facture mais dénué de grâce, malgré les efforts fournis à rendre justice aux sublimes paysages alpins. Au final, malgré le plaisir de retrouver Léo Legrand après Jacquou Le Croquant, on s'ennuie un peu devant cette nostalgique histoire, qui nous laisse de marbre.

 

belle-epine.jpg


Pendant ce temps, à 550 bornes de là, des jeunes jouent avec le feu sur des circuits moto. Prudence, 17 ans, les regarde en tentant d'effacer les pensées qui la rattachent à sa mère, décédée peu avant. Elle tombe amoureuse, se relève d'un état de torpeur. Et peine, dans le premier film de Rebecca Zlotowski, à relever le notre. Ce n'est pas que Belle épinesoit mauvais, mais il y a tant de films sur le sujet en ce moment que celui-ci manque cruellement d'originalité. Il y a pourtant bien de la personnalité, de l'électricité dans l'air, et une Léa Seydoux de plus en plus belle de film en film. Mais ça ne suffit pas. L'univers de la réalisatrice est très sombre, et malgré la clarté du final, on n'en ressort pas grisé.

 

welcome-to-the-rileys.jpg


Outre-Atlantique, pareil, même fragilité pour le film de Jake Scott, Welcome to the Rileys: une fille, pour s'en sortir, est prostituée. Par le hasard d'une rencontre, un homme, décimé par la mort de sa fille et de sa maîtresse, la prend sous son aile. Le film est agréable à regarder, le bourru James Gandolfini est attachant, la twilightesque Kristen Stewart est plutôt pas mal, mais ça n'en fait pas un chef-d'oeuvre, juste un joli petit film sur le deuil, encore une fois. A retenir tout de même, un très, très beau rôle pour Melissa Léo. C'est joli, plein d'humanité, mais ça manque de personnalité, d'originalité. Divertissant.

 

ce-n-est-qu-un-debut.jpg


Retour en France. Quand certains s'occupent de danger et de prostitution chez les jeunes, d'autres s'inquiètent de l'ouverture d'esprit des tout-petits. Et en font un documentaire: Ce n'est qu'un début.Deux années durant, Jean-Pierre Pozzi et Pierre Barougier ont suivi un groupe de maternelles dans une école de banlieue parisienne. Particularité? Ce groupe faisait de la philosophie. Démonstration très intéressante que la pensée peut être développée bien plus tôt dans le cursus éducatif. Les deux documentaristes veulent lancer un débat sur la philosophie à l'école avec ce film, je leur souhaite bon courage: les députés vont s'endormir avant la fin. C'est la limite du procédé. Au départ, c'est très mignon, c'est drôle et c'est passionnant, et au bout d'une heure, on s'ennuie profondément. Les informations ne sont pas suffisamment condensées, et le film aurait pu être coupé d'une bonne demi-heure. Et les multiples séquences censées montrer la réalité du quotidien et la dureté de l'information, ainsi que sa perception par des enfants de 4-5 ans sont trop nombreuses, et n'apportent rien au film, malgré leur bonne volonté. Cinématographiquement, Ce n'est qu'un débutn'offre pas grand-chose d'intéressant. Pédagogiquement, en revanche, le film est passionnant, et ne devrait pas s'intituler ainsi. Ce n'est pas qu'un début, c'est un bon début, qui aboutira, on l'espère à un bon débat.

 

harry-potter.jpg


Et quand deux documentaristes français révèlent les lumières des petits, un cinéaste anglais assombrit une saga planétaire, Harry Potter, qui arrive en phase finale. Quand on a lu les livres, on va voir les films pour pouvoir en dire du mal en sortant, c'est un plaisir que Sade n'aurait point renié. Ca a marché avec les deux premiers épisodes, puis avec le quatrième, le cinquième et le sixième. Seul le troisième avait échappé à la règle, puisqu'il n'était pas si mal, réalisé par Alfonso Cuaron. Il offrait du spectacle, du vrai. On aurait aimé pouvoir détruire cette première partie du septième opus, sauf qu'elle n'est pas trop mal non plus. David Yates prend bien son temps pour décrire les situations, ça devient presque, par moments, contemplatif! Daniel Radcliffe est toujours aussi horripilant pour qui aura pu imaginer un Harry Potter avant de le voir jouer, tout comme Emma Watson en Hermione. On aime toujours autant Rupert Grint, qui nous éclate en Ron sympathique et à côté de la plaque. Certaines scènes nous font décoller au plafond: la scène de danse Hermione-Harry, ridiculissime, le serpent, très mal réalisé. Et puis, d'un autre côté, il y a vraiment de beaux trucs dans ce film-là: la séquence d'animation, magnifique, et une scène d'enterrement déchirante bien rendue à l'écran. En fait, on sort en se disant que le film, malgré tous ses défauts, a presque rendu justice à la première partie du dernier tome de J.K. Rowling. Un comble!

 

dernier-etage.jpg


Allez, on n'arrête pas le voyage ici, on reprend l'avion, et on atterrit dans la banlieue parisienne, encore une fois, devant la caméra de Angelo Cianci, pour un premier film très fragile et maladroit. Fiction de gauche, le film veut montrer que les policiers, préfets et consorts sont des cons, les huissiers peuvent être humains, les rebeus banlieusards sont certes couillons, mais très gentils. C'est caricatural à souhait, très manichéen, et très maladroit. Et pourtant, grâce au talent de jeu des trois comédiens, on finit par s'attacher aux personnages. On retrouve Aymen Saïdi (vu dans Saint Jacques... La Mecque) avec bonheur, et on regarde toujours avec beaucoup de plaisir Fellag et Hippolyte Girardot. Seulement ce n'est pas tellement crédible, et il n'y a pas de tension. On aurait aimé pouvoir défendre le film, qui promeut des valeurs humanistes et de gauche, comme on aurait aimé pouvoir rire devant ce qui nous est donné comme une comédie. Allez, on oublie Dernier étage, gauche, gauche!

 

date-limite.jpg


Dernier survol de l'Atlantique, on retrouve deux gogos et goguette, blacklistés des compagnies aériennes qui se retrouvent obligés de parcourir les Etats-Unis dans la même voiture, dans Date Limite, de Todd Philips, réalisateur du moyen à voir entre potes Very Bad Trip. On s'attendait donc à quelques barres de rire, à quelques bonnes idées, on a un pur produit de consommation pré-oublié. On s'ennuie atrocement devant le film, qui a du me décocher un rire nerveux lorsque Zach Galifianakis se prend une porte dans la gueule. Sinon, c'est humour en dessous de la ceinture à la pelle (j'ai besoin de me masturber pour bien dormir... mon chien aussi! lol mdr), beauferies peu reluisantes, et engueulade sur engueulade. La vulgarité semble être la marque de fabrique de Todd Philips, qui l'a tout de même mieux utilisé avant. L'aspect corrosif de Very Bad Trip laisse place ici au conformisme, pour un film qui se vend comme un film hyper dérangeant... L'arnaque était presque parfaite.

Repost 0
29 novembre 2010 1 29 /11 /novembre /2010 01:08

LE NOM DES GENS

Michel Leclerc

 

Quatre étoiles

 

EN BREF:

Drôle, frais, piquant, audacieux, intelligent, engagé, inventif, superbement écrit, fin... On ne dira jamais assez de bien du Nom des gens, bouffée d'air frais du mois de novembre, à ne manquer sous aucun prétexte!

 

Le-nom-des-gens.jpg

 

Ouf! Les cinéastes français peuvent être (très) drôles! Plus je vois de films, moins souvent j'aime de comédies françaises. Avant le mois de novembre, la dernière comédie qui m'avait vraiment enthousiasmé était Tamara Drewe, de Stephen Frears. La dernière française était Mammuth, en avril. Et cette année, les français ne m'auront vraiment fait rire qu'avec L'arnacoeur, Tout ce qui brille, Les invités de mon père, sur une trentaine de comédies françaises vues... Et puis est arrivé François Ozon, qui nous a offert un sacré film, Potiche. Et cette semaine, un cinéaste qu'on avait découvert avec J'invente rien, en 2006, charmante comédie avec Kad et Elsa Zylberstein. Voilà aujourd'hui qu'il nous offre un trésor: Le nom des gens. Coécrit avec sa femme, Baya Kasmi, le film est une chronique acerbe et très finement écrit (il est rare que l'écriture d'une comédie soit si fine) de l'importance qu'à sur notre vie notre nom. Deux personnes, opposées par beaucoup de choses: leur nom (il s'appelle Arthur Martin, elle s'appelle Baya Benmahmoud), leur conception de la vie (elle aide son prochain, il est assez immobile), leur conception de la politique (un clivage ferme pour elle entre droite fascisme et gauche humanisme, des barrières moins fermes pour lui, entre les gentils gaullistes résistants, les méchants pétainistes collabos, les gentils jospinistes, les gauchos-fachos), leur rapport au corps (elle se fiche d'être à poil, il est très mal à l'aise devant la nudité), leur rapport aux parents (elle a une famille généreuse, ouverte, révoltée, il a une famille très refermée, très banale, très pointilleuse sur les tabous familiaux). La seule chose qui les lie: ils sont de gauche tous les deux, et ont une histoire qui les rapproche (elle a un père immigré qui a fait la guerre d'Algérie et a été sexuellement violentée par son prof de piano, il a des grands-parents juifs et morts à Auschwitz).

 

Si "Le nom des gens" est une grande réussite, c'est avant tout parce qu'il confronte le comique pur à la dureté du monde actuel. Le contraste est saisissant.

Brazil


Et la rencontre explosive de ces deux êtres, qui nous ressemblent tellement par certains aspects, nous est montrée ici, avec une énergie et un plaisir inouï. Cette légère comédie (au nom pas racoleur), devient très vite une oeuvre presque militante pour le droit à la différence, pour l'intégration, pour la liberté, pour le militantisme. Une comédie qui parfois nous touche profondément, par subtiles touches, une caresse, un acte généreux, des symboles, des valeurs. On en sort euphoriques, parce que le tout est profondément joyeux, et à la fois touchés, par une force, par le vécu de ces personnages, dans lesquels on se reconnaît par petits bouts. Et c'est magique. Le film commence avec l'histoire des noms des personnages, et filme la rencontre des parents: l'excellent Jacques Boudet (que Jacques Gamblin n'arrive pas à imaginer jeune) se retrouve ainsi sur les bancs de l'université à draguer celle qui deviendra sa femme; le très bon Zinedine Soualem se retrouve arrivant d'Algérie) à faire la manche sur les trottoirs parisiens, pour ensuite signer la pétition de sa future femme, la délicieuse Carole Franck. Ces histoires sont racontées avec vivacité, assez rapidement mais assez précisément pour rendre justice à un passé plein d'Histoire. Les parents choisissent les prénoms des enfants, ils ont d'ailleurs tous des noms très caractéristiques. Les parents d'Arthur effacent le passé en lui donnant ce prénom, jamais il ne sera pris pour un juif. Les parents de Baya (doit-on rappeler, la lumineuse Sara Forestier) aussi, en un sens, personne ne la traitera jamais de « sale arabe ». Arthur et Baya sont typés français blancs, et c'est une « bonne planque ». Seulement Baya, elle, milite, et Arthur demeure impassible. Elle va le changer profondément, et ça passe forcément par toutes les sensations, qui du coup sont transmises avec brio au public, qui suit parfaitement les personnages.

 

Avec autant de légèreté que de pertinence, pour prêter à réfléchir après avoir bien donné à rire.

Ouest France

 

Des situations, il en est beaucoup d'excellentes dans le film de Michel Leclerc, des situations qui nous prouvent qu'avec un peu d'inventivité, on pourra encore et toujours renouveler le genre de la comédie. Il arrive à glisser des références bien de notre temps (les deux dernières élections présidentielles, 2002 et 2007, la venue de Jospin, les préoccupations nationales...), et à faire passer des jeux de mots extrêmement lourds et graves (comme le lapsus Cohen-Couenne, assez déchirant). Et arrive à nous toucher profondément lors des moments plus drôles mais très « vrais »: tout ce qui touche au devoir de mémoire, au rapport au passé, à ces choses qu'on aimerait oublier mais qui nous ont construit. Et toutes ces choses passent dans l'écriture très fine par le prénom des gens. Délestés du poids du nom de famille (excepté lorsque l'on doit refaire sa carte d'identité), on vit avec notre prénom, qui porte bien souvent nos origines et un bout de notre histoire. C'est en ce sens que le film est excellent: la question posée par le cinéaste à la fin est gravement actuelle et met en lumière une interrogation concrète. Avec ce prénom, de qui notre enfant sera l'étranger?

 

Le-nom-des-gens-3.jpg

 

80% de réussite.

Repost 0
28 novembre 2010 7 28 /11 /novembre /2010 22:31

MOTHER AND CHILD

Rodrigo Garcia

 

3 étoiles

 

EN BREF:

La maternité, sous toutes ses coutures. C'est très beau, c'est tout doux, et pourtant c'est très fort. La prestation époustouflante de la délicieuse Annette Benning n'y est sans doute pas pour rien.

 

mother-and-child-2.jpg

 

Les mélodrames, ça peut être pathétique, ça peut tourner vinaigre assez rapidement, et s'enfoncer dans la noirceur absolue (comme le dernier en date, qui m'a beaucoup plu, Biutiful, dont le réalisateur est producteur de Mother and child). Mais ça peut aussi, comme ici, être lumineux, plein d'amour et de tendresse. On a à faire à trois personnages de femmes, une mère qui a accouché d'une fille alors qu'elle avait 14 ans, cette fille qui ne cherche pas à retrouver sa mère et qui vit seule, sans vouloir être contrainte par une relation amoureuse et qui ne veut pas d'enfant, et une femme qui cherche à adopter, dans l'incapacité de faire un enfant. La filiation, l'acceptation de la maternité, la difficulté de l'adoption, le film les traite sans complaisance ni tabou, en filmant trois femmes fortes et vulnérables à la fois.

 

"Mother and Child" dresse les portraits de trois femmes aux prises avec des émotions complexes, parfois cruelles, toujours d'une justesse étonnante grâce à une absence totale de simplisme et de moralisme dans le traitement de son sujet.

Filmsactu


Et le film joue avec sincérité et avec fluidité (le film n'est jamais ennuyeux) sur tous les clichés de la maternité. On y voit des hommes qui sont, au contraire de beaucoup de films, gentils, protecteurs et dans l'optique d'aider leur femme dans la maternité. On y voit les difficultés et les désillusions de ces femmes, qui attendaient la maternité comme l'accomplissement de la féminité, et qui se rendent compte de la difficulté de la grossesse, de la difficulté d'avoir un bébé, de lâcher un morceau de soi, de faire entièrement don de soi. Le film est très beau, le scénario tortueux mais très convaincant, trois histoires qui s'imbriquent avec finesse, avec délicatesse. Plein de très jolies idées nous restent à l'esprit, comme cette rencontre entre cette future mère et une jeune aveugle, Samuel L. Jackson doux comme un agneau... Le respect de Rodrigo Garcia pour ces trois femmes est fort et se ressent, particulièrement lorsqu'il les filme dans leurs coups de colère, les revers que leur impose cette maternité. Mother and Child est donc un drame lumineux, il est rare qu'un réalisateur nous offre un spectacle agréable, qui fait appel à la sensibilité et à la réalité de tous, et qui ne nous accable pas de responsabilités. Et qui n'en est pas moins intelligent...

 

Éloge de la féminité dans ce qu'elle a de plus fragile et de plus déterminé.

Premiere

 

Trois femmes, donc, interprétées par trois actrices particulièrement fortes: Kerry Washington, Naomi Watts (la fin de l'année est placée sous son signe, avec trois très beaux rôles, dans le dernier Woody Allen, Fair Game et celui-ci), et la délicieuse Annette Benning (belle année également pour elle, qui nous a émerveillé de son charme dans Tout va bien: the kids are all right, puis dans celui-ci). Après nous avoir porté pendant plus d'une heure trente, le film finit par nous bouleverser, les sourires de ces femmes nous remplissant d'émotion, et les dernières scènes, infiniment délicates et forcément très jolies, nous laissent sur un petit nuage. On aura accusé le film de critiquer tout autre lien que celui filial qui unit une mère et son enfant, c'est un point de vue. On peut aussi prendre le film comme un charmant hommage aux mères, porteuses ou biologiques, disparues ou bien vivantes. Le générique du film est rythmé par la mélodie Little One, de Lucy Schwartz (en écoute sur le blog), qui achève de nous convaincre: Mother and Child est un très beau film!

 

Mother-and-child.jpg

 

72% de réussite.

Repost 0
22 novembre 2010 1 22 /11 /novembre /2010 03:27

Trois documentaires, sortis depuis le 27 octobre, très différents, un américain, un italien et un français, qui tapent sur le pouvoir. Pour l'un, il s'agit de taper sur le pouvoir des financiers et des lobbys dans la politique, avec méthode et rigueur, dans un documentaire sur la crise que nous traversons. La deuxième détruit, non sans humour et en utilisant une imagerie forte, la politique et la personne de Berlusconi, dans un docu qui a la nationalité et le caractère de l'Italie. Et le troisième tente de faire tomber les masques sur le pouvoir des médias, dans un documentaire qui essaye de prouver des faits, mais qui a du mal. Trois invectives donc, plus ou moins efficaces, mais toutes très intéressantes, et fondamentalement différentes sur la manière d'amener les informations et les accusations. Accusé(s), levez-vous!

 

INSIDE JOB

Charles Ferguson

 

3 étoiles

 

EN BREF:

La démonstration très mathématique des tenants et des aboutissants d'une crise honteuse, filmée comme un thriller, très haletant, très bien monté, qui frappe fort, avec précision et sans équivoque. Ferguson a cette ingénieuse idée de créer une histoire dans les faits, en construisant avec une grande intelligence un récit passionnant.

 

inside-job-2.jpg

 

Construit en cinq chapitres (I- Comment sommes-nous arrivés là? II- La bulle. III- La crise. IV- Responsabilités. V- Aujourd'hui.), ce documentaire impressionne. Charles Ferguson, diplômé du Massachusets Institute of Technology, a la crédibilité nécessaire pour s'attaquer à ce sujet: ce n'est pas un gaucho moorien, c'est un produit de l'excellence américaine. Il expose avec une époustouflante clarté les rouages de la crise, ne s'égare jamais, et se permet même de glisser de nombreux touches d'ironie, qui rendent son documentaire assez indispensable. La crise expliquée de manière extrêmement précise, parfois très complexe (on ne comprend pas toujours les schémas), mais toujours très claire, le réalisateur prend pour acquise l'intelligence du spectateurs, le sollicite beaucoup, et intéresse. Aucun temps mort, ça fuse, les infos s'enchainent et tout y passe, dans une construction fluide et solide: bref historique de la crise, dérégulation massive depuis Reagan, subprimes, crédits immobiliers abusifs, expulsions, faillites de grands noms, renflouements des banques par l'administration Bush, conflits d'intérêts, bonus, parachutes dorés, timidité des réformes de l'administration Obama. Inside Job (« un crime commis de l'intérieur ») explique la crise, et doit se voir comme un fabuleux outil pédagogique. Mais le réalisateur en fait bien plus: il en fait un thriller musclé ou les intervenants se répondent en ping-pong, la balle rebondit avec ferveur, les phrases s'entrechoquent et se répondent, et nous, spectateurs intéressés, on jubile, parce qu'en plus de signer un film passionnant et à la portée de tous, malgré des points difficiles d'accès, Ferguson signe un véritable thriller politico-financier, en donnant des sortes de rôles. On retrouve les machiavéliques, les profiteurs, les combattants, les opposants, les modérés, et ce dans un débat captivant. Un Wall Street à la Oliver Stone, mais en cinquante fois plus intéressant. Se rajoute à ces réussites la voix off, efficace et bien écrite, lue par Matt Damon, dont la voix est agréable, et un montage rapide, qui ne nous laisse pas une seconde de répit et qui passionne. Manquerait peut-être la dimension émotionnelle, et ces minutes de répit qui auraient pu permettre à Ferguson d'égarer sa caméra là où les gens sont frappés. En tout cas, un grand documentaire, un film utile et percutant, bluffant et édifiant.

 

inside-job.jpg

 

70% de réussite.

 

DRAQUILA – L'ITALIE QUI TREMBLE

Sabrina Guzzanti

 

3 étoiles

 

EN BREF:

Sabrina Guzzanti utilise avec intelligence toute une imagerie symboliquement forte pour démonter avec humour mais très gravement ce très cher Silvio Berlusconi. Elle réussit un tour de force: ressembler au style provoc et féroce de Michael Moore, et en tirer une dénonciation plus complexe qu'elle n'en a l'air, et réellement proche des plus démunis.

 

draquila-2.jpg

 

Avril 2009, Berlusconi est au plus mal dans les sondages. Et là, Dieu lui tend la main, un tremblement de terre se fait jour à Aquila, dont les populations sont déplacées ou parquées dans des camps de tentes, et Berlusconi pourra prouver qu'il est un vrai président, qui prend les choses très au sérieux, et dont la priorité est l'action. Et voilà la trouble-fête, Sabrina Guzzanti, qui rencontre les rescapés du violent tremblement, au départ admiratifs du Cavaliere, puis peu à peu décontenancés, quand arrive la désillusion. Voilà cette documentariste qui, sans états d'âme, va démonter point par point les actions et promesses d'un gouvernement corrompu et indigne. Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'elle le fait de manière très efficace, quitte à parfois en oublier la finesse. Elle utilise une imagerie très forte, très osée, et du coup très percutante: elle compare Berlusconi à un vampire, utilise des images où il a l'air bête, lui incruste la tête dans d'anciennes sculptures romaines, fait littéralement tendre la main de Dieu vers lui, utilise avec insistance une infographie simple mais marquante, telle que la télé, la radio. Guzzanti insiste bien sur le caractère de l'homme aux mille scandales, qui fait des blagues douteuses, dénigre des communautés (telles que les gays), fait des promesses intenables (construire des milliers de logements d'urgence d'une mocheté incroyable et d'un coût exorbitant, alors que rénover la ville eut été beaucoup plus simple et moins onéreux), parque les italiens sous surveillance dans des camps de tentes, a les médias sous la botte et ne respecte en rien son principal public, le peuple. Sans compter ses scandales sexuels, ses frasques indigestes. Bref, la cinéaste condamne l'homme et se questionne: pourquoi réélit-on le dernier des imbéciles? Et elle est honnête, montre des réponses contrastées, prend un parti mais respecte l'autre. Et surtout, à la manière d'un Michael Moore en forme, nous fait rire. Sauf qu'elle a en plus cette force qui rend son film inquiétant, qui interroge sur le pouvoir en général dans nos pays occidentaux. Mais surtout, Guzzanti respecte les gens, et se place avec une vraie compassion du côté des plus démunis. Elle est dépitée, parfois découragée, mais toujours énergique. Et malgré certains aspects caricaturaux et un certain manque de finesse, son film est gonflé, drôle, intéressant, inquiétant.

 

draquila.jpg

 

66% de réussite.

 

FIN DE CONCESSION

Pierre Carles

 

2 étoiles

 

EN BREF:

Pierre Carles tente, parfois avec succès, souvent vainement, de démonter les médias français pour mieux prouver ses relations ambigües avec le pouvoir. La posture est défendable, l'accusation importante, le résultat est mitigé, Pierre Carles parfois décrédibilisé, et le film n'arrive pas totalement à ses fins.

 

fin-de-concession-2.jpg

 

Fin de concession (référence à la concession de TF1) a fait du bruit avant sa sortie, avec un Mélenchon qui traite Pujadas de larbin, de salaud à la solde du pouvoir (c'est violent, mais pas volé), et un Montebourg qui lance que « c'est le moment de taper sur TF1, chaîne délinquante » (pas faux non plus). Un bruit qui ne reflète pas tellement le film, qui a décidément du mal à frapper juste. Pierre Carles, réalisateur engagé et talentueux, a eu des affaires connues, et est devenue, très justement, la bête noire des plateaux télés, où il n'est plus invité. Ses documentaires ont dérangé, marqué, et il peut se targuer d'avoir fait bouger les choses, autant sur la scène publique que dans le milieu associatif (où il est très actif). Seulement voilà, Pierre Carles n'est pas en forme. Il le dit lui-même à longueur de film, il n'a plus la fougue d'avant (comme Michael Moore dans Capitalism: a love story), et il est trop connu pour faire ses canulars intelligents, qui l'ont fait connaître. Du coup, Pierre Carles se lamente, et est moins percutant que d'habitude, ce qui déçoit un peu. Il se trompe de jour pour assister au dîner des journalistes « importants », il n'arrive pas à obtenir ce qu'il souhaite (même Audrey Pulvar ne viendra pas à l'interview), il est réduit à foutre un coup de bombe argenté sur le scooter de Pujadas (pas franchement fin, même si la scène est assez cocasse), et il se décrédibilise (il le reconnaît) en prenant Etienne Mougeotte de haut, ce vieux qu'on rend presque attachant tant il paraît faible dans le film. Du coup, on est un peu déçus. On s'attendait à une attaque virulente des médias, on ne l'à qu'en partie, et les principales accusations tombent à l'eau. La posture de départ est bien compréhensible, sa conception des médias est intéressante, mais la posture d'arrivée est moyennement convaincante. Ceci étant dit, Pierre Carles nous régale tout de même plusieurs fois dans son film, et garde sa drôlerie et sa lucidité, son ironie et son charme. C'est jubilatoire quand il tape sur les doigts de Franz-Olivier Gisbert (patron du Point, que je trouve passablement insupportable), et c'est vraiment drôle quand il pointe, au Chili, l'imprécision des médias, qui ne lisent pas les romans et qui ne voient pas les films. Alors, si on sort un peu déçu de cette attaque en demi-teinte, le film reste assez intéressant, et surtout Carles ne se départ absolument pas de sa drôlerie, qui nous permet de passer un bon moment.

 

fin-de-concession.jpg

 

54% de réussite.

Repost 0
21 novembre 2010 7 21 /11 /novembre /2010 00:36

NO ET MOI

Zabou Breitman

 

3 étoiles

 

EN BREF:

Zabou Breitman utilise sa délicatesse pour nous offrir un film assez fin, joliment émouvant, à la limite du pédagogique parfois, qui menace plusieurs fois de nous ennuyer, mais qui laisse une très belle impression. Et puis, pour la grâce et l'énergie des deux comédiennes principales, allez-y!

 

no-et-moi.jpg

 

Le nouveau film de Zabou Breitman aurait pu être beaucoup plus sombre, très dur. Au spleen, Breitman préfère la chaleur, la douceur, la lumière, et ce n'est pas pour nous déplaire. Un an et demi après le mauvais (pour moi) Je l'aimais, avec Daniel Auteuil, elle revient derrière et devant la caméra avec un film qui prend pour point de départ l'exposé d'une jeune fille de seconde sur le parcours d'une jeune SDF. S'ensuit une histoire d'amitié entre les deux filles, une relation fusionnelle pour une jeune fille consciente du monde qui l'entoure et très intelligente, mais aussi une jeune fille normale, qui s'interroge, remet en doute le rôle de ses parents, découvre la liberté. Et c'est très touchant. Breitman, dans la continuité de nombreux films français ces derniers temps, aurait pu filmer une histoire de jeunesse de manière électrique, mouvementée, tourmentée, mais elle décide de stabiliser son film dans une sorte de classicisme assez en contrepoint avec la dureté du sujet qu'elle a choisi, un classicisme qui lui permet de raconter son histoire très posément. Elle choisit d'intégrer une voix off, de fluidifier son récit avec beaucoup de musiques. Et parfois, elle se laisse aller à des plans plus abstraits, des glissements de mains, des reflets pensifs, pour illustrer le caractère éphémère de l'amitié. La cinéaste semble constamment douter de son film, pas assez sûre pour se laisser aller à la contemplation, quitte à réduire la quantité du récit, pas assez bête pour expédier tout, faire un récit purement linéaire, et aligner plan sur plan pour donner un produit consommable. C'est ce doute qui, au final, rend le film très fragile, qui tient sur un fil ténu, qui menace sans cesse de tomber soit dans l'ennui, soit dans une précipitation qui aurait été incohérente. Et c'est ce doute qui rend le film touchant et réussi.

 

Avec ses trois jeunes comédiens au diapason, dont chaque personnage souffre d'une absence affective importante, Zabou nous offre un bel élan de jeunesse, de liberté et de beauté.

Brazil


En sortant du film, on est un peu partagé: Breitman a-t-elle fait un film classique et trop scolaire pour sortir de l'ordinaire, ou a-t-elle fait un très joli divertissement familial. On ne s'est pas ennuyé, malgré la longueur et la certaine lenteur, parfois du film, mais on a parfois eu l'impression d'être des élèves. Et au final, on ne peut que défendre la sensibilité de l'oeuvre, parce que certes le film reste parfois un peu trop scolaire, mais en même temps, c'est un divertissement haut-de-gamme et riche de sens. Une observation fine et intelligente de la condition psychologique de certains SDF, sans facilités, sans clichés (le film les utilise très bien, la vision de celle qui prépare l'exposé en est pleine, le discours de la SDF les défait avec malice), et dont le scénario est bien construit et accessible à tous. Mais le plaisir du film réside bel et bien et avant tout dans le jeu des deux comédiennes principales, deux charmantes jeunes filles pleines de talent, pleines d'énergie communicative. Elle irradient l'écran, l'une avec sa présence sauvage, son jeu outré mais si énergique qu'il en devient crédible (Julie-Marie Parmentier, qui nous avait marqué dans Les petits ruisseaux, et qu'on est pas près d'oublier dans ce film), l'autre avec sa présence encore enfantine mais très charmante, et très forte (Nina Rodriguez, très touchante), bien entourées qu'elles sont par Antonin Chalon (le charmant camarade de classe, gentil, drôle et mignon), Zabou Breitman (dont je n'ai jamais nié les talents d'actrice, et qui est ici dans un rôle de mère brisée qu'elle tient très bien), et Bernard Campan (que je crois n'avoir jamais vu aussi bon qu'ici). Et pour terminer de nous convaincre, la cinéaste ajoute un élément qui nous touche: la raison, le réel, le "retour sur terre", l'amour maternel. Et c'est forcément beau. On saluera donc évidemment la modestie d'une réalisatrice qui laisse toute leur place à de si jeunes comédiens, et qui sait bien comment les diriger pour qu'ils arrivent à tenir le film, on saluera certaines envolées chaleureuses (la scène de course dans la rue sur fond de « ça, c'est vraiment toi », entre beaucoup d'autres) qui donnent au film son petit plus, et on conseillera fortement ce film émouvant, qui manque un peu de tout, mais qui a beaucoup à donner.

 

no-et-moi-affiche.jpg

 

65% de réussite.

Repost 0
20 novembre 2010 6 20 /11 /novembre /2010 01:51

LE DERNIER VOYAGE DE TANYA

Aleksei Fedorchenko

 

3 étoiles

 

EN BREF:

Un dernier voyage sobre, délicat, sensuel. Un exposé assez fascinant d'une tradition en pleine perdition, un film sombre à l'aura lumineuse, une petite perle malheureusement étouffée par le trop grand nombre de sorties. Un très beau film russe, habité par l'esprit slave.

 

le-dernier-voyage-de-tanya.jpg

 

Le deuil. Un sujet qui passionnera toujours le cinéma, parce qu'il permet l'étude toujours plus approfondie des caractères humains. Aleksei Fedorchenko prend son sujet à bras le corps et en fait un film profondément vivant et plein de lumière. Il nous raconte une tradition très ancienne d'un peuple disparu, les Méria, qui vivaient autrefois dans la steppe, en Russie. Une tradition qui se perd mais qui subsiste malgré tout chez les russes, et qui reste respectée et connue de beaucoup. Tanya décède des suites d'une maladie, et son mari, accompagné d'un être cher à feu Tanya, entreprend le dernier voyage, qui consiste à emmener le corps de l'être perdu jusqu'à un lac sacré. Durant le voyage, le mari raconte ses beaux souvenirs à celui qui l'accompagne. Et comme le veut la tradition, le corps sera brûlé, auprès de ce lac.

 

Voyage envoûtant aux confins de l'histoire russe.

Le Monde


Ce n'est pas très accrocheur, et pourtant quelle beauté. La mort est ici traitée dans tout ce qu'elle a de symboliquement beau, le dernier voyage de Tanya est filmé sans aucun misérabilisme, de manière assez décalée, puisque l'essentiel du film (assez court, seulement 1h15), se concentre sur des souvenirs heureux, ou donne à voir avec précision et sans larmes les gestes de l'accomplissement de la mort (conservation du corps, accrochage de fils sur les poils pubiens...). Et, surprenant, on est assez fascinés par cet exposé passionnant des rites, de la tradition qui demeure mais s'estompe. Pourtant, il y a quelque chose de purement intemporel ici, et on se reconnaît assez dans cette envie de tradition, nous-mêmes qui ne sommes plus forcément croyants mais souhaitons tout de même le mariage, cette robe blanche pleine de symboles, puis un enterrement avec cérémonie à la clé. Des traditions qui n'impliquent pas forcément la croyance, mais qui impliquent forcément un respect. Et puis, le film est à contretemps de l'ambiance de l'époque: il prend son temps, il explique, il relate. Ce n'est pas rapide, mais c'est assez court pour ne pas ennuyer.

 

Les moments de magie qui traversent le film de Aleksei Fedorchenko révèlent une forme de spiritualité laïque qui, si elle n'existait pas, demanderait à être inventée.

Premiere


Le cinéaste, pour son 3e film, s'est vu récompensé du Prix de la Meilleure Photographie à Venise, et c'est amplement mérité: les paysages ont beau être blancs et froids, ils sont filmés ici avec chaleur et comme dans un cocon, où l'on se sent bien. Et puis, surtout, en plus de filmer des paysages grandioses avec un sens inouï de la lumière et de la composition de plans (il n'y aura qu'à voir le premier plan du film pour s'en convaincre, ou ces multiples et magnifiques effets de miroirs, mais encore les nombreux clair-obscur), le cinéaste donne à son oeuvre une âme slave sur laquelle je ne crache jamais. L'effusion de vie qui caractérise le cinéma de Kusturica (pour ne prendre que le plus symbolique), se retrouve bien ici: des éléments décalés mais forcément bouleversants (les passereaux, oiseaux en cage qui suivent les personnages pendant tout le film, élément poétique subtil et bien utilisé), une musique qui rappellera forcément de bons souvenirs du No Smoking Orchestra ou autres, mais surtout une simplicité dans les rapports humains, des personnages très attachants qui ne paraissent pas plus intelligents que la moyenne, qui ont des réactions normales. En revanche, et c'est en cela que le film diffère de nombreux films slaves, les personnages ne sont jamais dans l'outrance, ce qui fait du film une oeuvre d'une délicatesse infinie et d'une douce sensualité. Le corps est respecté tout autant que l'âme, on ressort de ce film un peu égaré, pensif, et un peu changé.

 

le-dernier-voyage-de-tanya-affiche.jpg

 

70% de réussite.

Repost 0

Présentation

  • : Le blog de levolution.over-blog.com
  • Le blog de levolution.over-blog.com
  • : Critiques des films récents, bilans mensuels... Coup de coeur, coup de blues, l'évolution du cinéma, et la mienne, aussi.
  • Contact

J'écoute...

Recherche

LES 10 DERNIERS COUPS DE COEUR

Les amants passagers

Les amants passagers

Queen of Montreuil

Queen of Montreuil

The sessions 2

The Sessions

Syngué sabour

Syngué Sabour

Les chevaux de Dieu

Les chevaux de Dieu

Wadjda

Wadjda

Archives

Catégories