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4 janvier 2012 3 04 /01 /janvier /2012 00:59

DECEMBRE 2011


EN BREF

Premier article de l'année, passage obligé aux voeux de nouvelle année, après un mois de décembre très chargé (en chocolats, en "joyeux Noël", en retrouvailles...). Passage obligé donc pour souhaiter ce fameux "meilleur" à tous les gens autour de soi. Alors, aux quelques cinéphiles qui prennent le temps et qui ont la gentillesse de lire quelques unes de mes lignes, je souhaite une belle, surprenante, agitée, déconcertante, désopilante, fracassante et passionnée année 2012!

Dans les jours qui viennent, vous pourrez lire sur cette même page mon bilan de l'année 2011, puis le bilan du festival d'hiver deuxième du nom (avec la critique de 17 filles), puis les premières critiques de 2012 (Une vie meilleure, Take Shelter, Les acacias...). En espérant que 2012 sera le temps pour moi de la critique en temps et en heure, puisque je vous propose ici un petit retour sur les 11 films de décembre que je n'ai pas eu le temps de critiquer.

 

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7 décembre - Happy Feet 2.

Un gentillet film d'animation, entre le niais et l'imbécile. Il n'empêche qu'on ne s'ennuie pas, malgré un scénario vu environ un milliard de fois déjà, des "idées" volées un peu partout (les crevettes, même pas drôles), et un doublage complètement impersonnel.

 

Dernière séance

Surement suis-je trop premier degré, toujours est-il que je n'ai pas saisi grand chose de cette Dernière séance. L'acteur, Pascal Cervo, est bluffant, fortement intrigant, mais ses actions restent insensées. Il n'en reste pas moins que l'ambiance est si particulière qu'on ne s'ennuie pas devant ce trip auteuriste, que le film est singulier, et que Karole Rocher est définitivement une grande actrice: elle n'a aucun mal à se transformer en mythe. Il y a certes des moments époustouflants dans l'oeuvre, mais on se demande pourquoi tant d'acharnement. Et l'intérêt s'en va ailleurs très rapidement.

 

Hollywoo.

Ecrit entre-autres par Florence Foresti, on attendait tout de même autre chose que ce pur et dur navet. Jamel Debbouzze n'a jamais été aussi mauvais. Quant aux vannes vaseuses de la Foresti qui noie son talent film après film, spectacle après spectacle, c'est un show permanent qui ne procure aucun effet.

 

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14 décembre - Hugo Cabret.

Orchestrée par Martin Scorsese, rien de moins qu'une magie de cinéma. C'est une histoire qu'on aurait pu rêver, des acteurs réinventés (Ben Kingsley et Sacha Baron Cohen), un univers follement enchanté, une technicité visuelle pleine de délectations. Pour un cinéphile c'est un grand bonheur, et pour le cinéma c'est le renouveau du "film de Noël". Il y a bien longtemps qu'on était ressorti d'une salle les yeux remplis d'étoiles, en effaçant dans nos mémoires la miévrerie obligée d'un conte qui reste enfantin. Scorsese semble s'être offert une rêverie d'enfant, il nous a offert la plus belle des surprises!

 

Oh my God!

Une jubilatoire comédie! D'un côté, le flegme mollasson du personnage principal, très séduisant et très pincé à la fois, mais génial dès lors qu'il découvre l'ancêtre du vibromasseur. Et de l'autre, une femme, interprétée avec fougue par la merveilleuse et très énergique Maggie Gyllenhall. Il y a du bon sentiment, il y a une prudence sur la question sexuelle, qu'on regrette légèrement, mais l'ensemble nous a tellement fait rire qu'on préfère garder en tête l'impression de l'hilarant générique, qui montre les différents visbromasseurs, depuis son invention jusqu'à récemment!

 

Les tribulations d'une caissière.

Une toute petite histoire, un tout petit film, une extrême mièvrerie. Et pourtant, on se laisse partiellement avoir. Parce que les acteurs sont attachants (et particulièrement Firmine Richard, Alice Belaïdi, Nicolas Giraud et les deux bouilles de gosse). Parce que l'histoire est plutôt amusante. En revanche, la dramatisation, la musique, la voix off, Elsa Zylberstein et Marc Lavoine, font du film un éloge plaisant de la lourdeur. Le propos aurait pu être brillamment mis en valeur, il est loin de l'être, enfoui sous une montagne de bons sentiments, qui ne font cependant pas de mal pendant cette période de fêtes.

 

Des vents contraires.

Amère déception. Des vents contraires est un film qui a tout sauf ce que l'on y cherchait: de la sensibilité. Ainsi le pathos et le ridicule d'un Duléry en roue libre se côtoient joyeusement, et les situations rarement crédibles s'enchaînent (l'auto-école, la fuite de Ramzy - qui a eu cette idée folle?). Il y avait pourtant un casting solide, une histoire signée au départ Olivier Adam, la promesse de belles émotions. Sauf que le mélodrame tourne à vide, que le scénario est parfois indigent, répétant à l'envi les mauvaises habitudes que peuvent prendre certains réalisateurs français. On espère vivement que Jalil Lespert revienne sous peu devant la caméra, parce qu'on ne place que peu d'espoirs sur une troisième réalisation.

 

De l'huile sur le feu.

Une comédie, nous dit-on, qui ne dénonce rien, ne propose rien, qui offre un sublime numéro de ratages. Vincent Lacoste est affligeant, pour la première fois, Alice Balaïdi consternante, les autres même pas nommables. Une provocation tuée dans l'oeuf à grands coups de piteuses saillies, un scénario à la finesse encore cachée. Bref, un bon et gros navet de Noël.

 

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21 décembre - La délicatesse.

Les réalisateurs nous laissent entrevoir le film magique et magnifique qu'aurait pu être La délicatesse, lors de scènes sublimes (la dernière, notamment, et quelques autres disséminées ça et là). Mais le tout reste trop statique, manque de grâce, de légèreté et, un comble, de délicatesse. Pour se rattraper aux branches, les frères Foenkinos ont eu tout de même deux excellentes idées: François Damiens et Emilie Simon (quelle BO!). Et une autre, d'idée, qui gâche pour beaucoup le plaisir: Audrey Tautou, actrice qui n'a résolument d'âme que lorsqu'elle est filmée par Jeunet.

 

L'irlandais.

Une enquête policière détachée, comme amusée, très étonnante en tout cas. On retrouve dans ce personnage bourru, dont on ne sait pas non plus s'il est incroyablement con ou tout simplement intelligent, un flegme non démenti, une forte propension à ingurgiter de l'alcool et, du même coup, à philosopher à deux jetons. L'acteur Brendan Gleeson est juste énorme. Sur le reste, à part une absurdité parfois plaisante, l'intrigue reste tout de même très mince, les rouages répétitifs et la comédie d'une inconsistance singulière!

 

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28 décembre - Let my people go!

Yes! Voilà un film qui a tout ce que l'on croyait détester (une voix off lourde au possible, un clinquant qui fait mal aux yeux, un personnage gay complètement déluré, des péripéties à coucher dehors, des clichés en veux-tu en-voilà...), et qui les mixe avec un plaisir visible. Du coup, nos zygomatiques en prennent un coup, et on assiste à une excellente blague juive. Le sourire est jusqu'aux oreilles quand on sort de la salle, la surprise de taille. Mikaël Buch réalise un film gonflé, jubilatoire, gamin, spontané et ludique, en convoquant un casting de choix (Carment Maura, Jean-François Stévenin, Amira Casar, Clément Sibony, Aurore Clément...). Une scène gravée dans l'esprit (une lettre lue par le gendarme en chef, Jean-Christophe Bouvet), et une belle révélation (Nicolas Maury). Un très bon bilan.

 

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28 décembre 2011 3 28 /12 /décembre /2011 05:25

LE HAVRE

Aki Kaurismäki

 

3 étoiles

 

EN BREF:

Un beau film, empreint d'une simplicité et d'une humanité exemplaires. André Wilms rayonne, et le charme qui émane de ce conte doux et lumineux laisse rêveur...

 

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On entre dans le film comme on ouvre une parenthèse. On se demande si Kaurismäki a choisi la ville du Havre pour son nom, avec lequel on peut facilement jouer: un havre de paix. Et on se laisse emporter, sinon bercer, par une douce folie, une petite mélodie du bonheur qui passe et se prélasse dans une sorte d'oubli gracieux. On est étonné par le traitement du sujet, universel en soi (le déracinement), et filmé avec une légèreté d'abord douteuse, puis discrètement bouleversante. Marcel Marx est bien chaussé, il philosophe sans s'en rendre compte sur la situation humaine, en appliquant les préceptes qu'il s'est lui-même ordonné (jamais plus d'un verre de vin, sauf si on lui en offre un deuxième...) Il cire des chaussures, c'est son métier, qu'il considère comme noble, proche du peuple, en le servant. Une vie à la modestie très rangée, une cigarette en guise de récompense, un bistrot en guise de discussion, une femme en guise d'énergie. Une femme qui l'a reconstruit, après son passé d'écrivain, son ancienne vie de bohème. Cet homme, sérieux, simple et propre sur lui, ne s'attendait pas à ce que sa vie bascule. Et d'ailleurs il n'en fait pas toute une affaire. Sa femme tombe gravement malade, elle est alitée, et on ne lui prédit pas de rémission. Lui ne le sait pas, qu'elle devrait mourir. Il rencontre, au hasard d'un pique-nique durant sa journée de labeur, un jeune immigré, originaire d'Afrique noire, qui veut passer de l'autre côté, à Londres (excellent dialogue, divinement absurde: "ah non, Londres, c'est de l'autre côté, ici, c'est Le Havre").

 

La chaleur humaine colore les lumières d'eau froide quand la poésie nuance l'expressivité des images. (...) Du beau cinéma.

L'Humanité


Kaurismäki croque des personnages, plus ou moins inspirés d'ailleurs. Il amène à ce récit une constante lumière. Que ce soit par ce Marcel Marx, que tout le monde respecte, que ce soit par ce jeune immigré, curieux et téméraire, qui croque ce monde, dont on a l'impression qu'il lui appartient, que ce soit par cette femme, qui ne se décourage pas face à une adversité qui en aurait mis plus d'un à terre. Gravitent autour des commerçants, qui d'abord ferment leur porte à cet homme sans le sou, puis qui pénètrent la sphère de la solidarité lorsqu'ils apprennent que cet homme cache chez lui un immigré dont tout le monde parle. Et un inspecteur de police, qui ne s'occupe habituellement pas de l'immigration, mais qui avertit Marcel Marx du danger qu'il encoure, et qui est pris d'un souffle humain et plein d'espoir lorsqu'il s'agit de choisir de laisser libre ou non un enfant. Ce qui est beau, c'est qu'on sent une démarche complètement désinteressée de la part de Kaurismäki, qui laisse libre cours à ses comédiens (qui sont pour la plupart fabuleux, de Kati Outinen, sa muse, à André Wilms, en passant par Darroussin, Evelyne Didi ou encore ce jeune homme, Blondin Miguel). Son film brille par touches, accédant parfois au charme de sensations qu'on n'avait pas eu depuis longtemps, se rabaissant le temps de quelques prises à un cinéma amateur (notamment lors d'incursions de silhouettes ou de figurants, maladroites).

 

Pour éviter de tirer sur la corde lacrymale du mélo, [Kaurismaki] ne se départit jamais de son sens du burlesque, de son goût pour l'absurde, de son regard poétique. Avec une profonde humanité.

Ouest France


Et surtout, il signe un conte humaniste plein d'entrain, sous une façade lancinante et visuellement austère. Il fait un éloge de la solidarité, ramène de la vie en toutes choses (un come-back de Little Bob, une idole rock qui accepte de remonter sur scène à condition qu'il puisse revoir son amour...), et rend ses dialogues joliment absurdes. Et tout cela sans manières, et en toute finesse. L'écriture est à la fois solide et patraque, qui fait le charme généreux et entier d'un film à la tonalité personnelle et universelle à la fois. Fustiger le sarkozysme primaire ne semble pas avoir été une des missions que s'était donné Aki Kaurismäki, et pourtant il réussit mieux que quiconque à défaire l'obscurantisme politique autour de la question de l'immigration. Et à la fin, lorsque l'espoir n'est plus permis, Kaurismäki prend à revers les codes imposés, et nous ouvre à une éclaircie qu'on attendait pas là. C'est une chose étrange à la fin que le monde, écrit Jean d'Ormesson. Emporté dans la folie d'une aventure humaine, on revient néanmoins à une normalité rude, mais teintée d'une dernière beauté. Un cerisier en fleur, et c'est la routine, rendue romantique et lumineuse ici, qui revient au galop. On se remet d'une grande aventure, et on fait la cuisine.

 

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68%

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28 décembre 2011 3 28 /12 /décembre /2011 04:21

FA2

 

A DANGEROUS METHOD

David Cronenberg

 

2 étoiles

 

EN BREF:

On attendait de Cronenberg qu'il prenne son sujet plus à bras-le-corps. On se retrouve devant un film très bavard, quasiment sans relief, ou les pulsions les plus physiques sont filmées avec trop de prudence.

 

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On attendait beaucoup de ce nouveau film du réalisateur des Promesses de l'ombre et de History of violence. Cronenberg se proposait de revoir à sa manière un combat de psychanalystes (Freud et Jung), troublé par l'intrusion d'une femme (Sabrina Spielrein). Pour Freud, toute pathologie psychique résultait d'un trouble d'ordre sexuel. Pour Jung, le champ de la psychanalyse devait s'ouvrir sur d'autres possibilités (télépathie...), pour ne pas s'enfermer dans une auto-suffisance, qui aurait abouti à l'immobilisme d'une discipline. Seulement Jung est vite rattrapé par ses pulsions, lorsqu'il prend en charge une patiente, Spielrein (première femme devenue psychanalyste), qu'il prend pour maîtresse. Et peu après qu'il ait entamé une relation scientifique et professionnelle avec Freud, cette relation se trouve exposée au grand jour, à la suite de rumeurs. Voilà le speech. Cronenberg tente d'y ajouter sa veine cinématographique: une noirceur indélébile, une passion tordue et viscérale, et Viggo Mortensen (brillant acteur). Seulement tout cela manque cruellement de cinéma, de sensations, de profondeur. Sur la forme, le film est d'un classicisme confondant, Cronenberg est comme absent, planqué derrière une belle reconstitution, derrière une allure classieuse et moderne qu'a son film, derrière des décors et des costumes clair-obscurs que l'on ne se lasse pas de regarder. Question mise en scène, le film est plutôt quelconque, et si on ne nous l'avait pas dit, on aurait pas deviné un grand nom de cinéaste à la réalisation. On s'ennuie sans s'ennuyer, le tout ayant une tendance à la platitude, mais se regardant avec plaisir, pour les acteurs surtout (Viggo Mortensen est très convaincant en Freud, Keira Knightley est pour la première fois de sa vie quasiment habitée par son personnage, même si elle se "normalise" très vite, Michael Fassbender est brillant), et pour cet apparat technique, qui en met plein la rétine, mais n'atteint pas la sphère du cerveau.

 

(...) cette louable ambition se heurte à un formatage hollywoodien très réducteur. (...) On retient néanmoins le jeu impeccable des acteurs.

La Croix


Car c'est sur le fond que le bât blesse. Bizarrement, d'ailleurs. Cronenberg avait là un sujet écrit pour lui. Des faits d'une violence démesurée (une patiente complètement habitée, des pulsions qui prennent le pouvoir sur l'homme et sa moralité), un débat encore vivace aujourd'hui (cette réthorique de la sexualité qui aurait pu donner des échanges piquants entre Freud et Jung), et bien sûr un contexte social d'une grande richesse. Or si le film est très bavard, les discussions restent toujours dans un cadre très feutré, filmées de manière quasiment volatiles. On aurait aimé de véritables joutes verbales, comme on aurait pu les imaginer, et une passion qu'on aurait vraiment pu ressentir. On avait imaginé un film qui prend aux tripes, parce que la contradiction entre discussions et pulsions est insoutenable. Les scènes durant lesquelles, justement, les pulsions prennent le dessus sur le docteur Jung, sont au final très prudes quand on les compare à la rudesse du propos. On reste quasiment insensibles aux coups de fouets assenés à une femme excitée par les attouchements passés de son père. Tout cela, un petit théâtre sans assez d'aspérités, reste dans une dimension quasiment mondaine, un petit microcosme loin de toute réalité, au-delà de tout soupçon. On a un espoir lors de l'apparition du personnage joué par Vincent Cassel, qui brouille le Docteur Jung sur sa vision de la morale et des pulsions, on espère encore que le film prenne une autre tournure, d'ailleurs on la voit quasiment arriver, dans l'oeil vif de Jung. Et Cassel disparait, laissant derrière lui les scènes les plus prometteuses, au moins sur le propos. Et le film retombe, et s'écrase dans des bavardages incessants ne laissant aucune place à la sensation. Si bien que le film se clôt sur des scènes quasiment pathétiques, avec ces phrases laconiques qu'on nous assène juste avant le générique, et qui laissent un petit goût d'amertume. On a vu un film bien fait aux entournures, mais vidé de ce qui aurait du faire son charme et sa noirceur.

 

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57,5%

 

Le Point FA2

Bon, bon, bon... Quand viendra le passage obligé du choix du meilleur scénario et du meilleur réalisateur, ça va être difficile, parce qu'il n'y a pas eu de vraiment bon film durant ce festival. Si on a trouvé un indéniable prix d'interprétation masculine, et un discutable mais solide prix d'interprétation féminine, on sèche à dire quel scénario a été le mieux écrit, et quel cinéaste a le mieux réussi sa mise en scène, sa direction d'acteurs, et sa réalisation. En revanche, sur le prix spécial, on ne compte plus les films qui concourent (Les neiges du Kilimandjaro, Le tableau, Les adoptés, Tous au Larzac!, Hugo Cabret...). Bref, plus qu'un seul film à voir, le français 17 filles, et le bilan du festival qui suivra, lundi 2 janvier...

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19 décembre 2011 1 19 /12 /décembre /2011 01:21

FA2

 

CARNAGE

Roman Polanski

 

2 étoiles

 

EN BREF:

Une comédie grinçante qui commence à merveille, pour se terminer en queue de poisson. Les acteurs, s'ils offrent au départ des numéros impeccables et cyniquement drôles, déçoivent à la fin. Et le film reste du théâtre filmé, sympathique mais jamais vraiment inspiré.

 

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On ne peut s'empêcher de penser qu'au théâtre, ç'aurait été génial. Les dialogues sont ciselés, les personnages outranciers, le sous-propos plutôt fin, et les apparences géniales à décoder. Au théâtre. Parce qu'au cinéma, c'est une autre paire de manches. Polanski a des contraintes: rester 1h20 dans un même lieu, c'est le risque de tourner en rond; filmer uniquement quatre personnages, c'est le risque de s'en lasser; filmer une pièce de théâtre, c'est le risque de laisser l'outrance s'installer, et donc de perdre toute crédibilité. Deux couples de bourgeois essayent de démêler une situation a priori pas très grave: leurs deux fils se sont donnés des coups, et l'un des deux est légèrement blessé au visage. Qui paiera les pots cassés? Les quatre adultes, qui partiront d'abord dans une discussion aimable et relativement calme, ne masquant pas les tensions qui se font peu à peu jour. A force de tourner autour du problème, les parents perdent leur raison, et partent au bout d'un moment dans une discussion à couteaux tirés, ou la politesse de façade s'érode lentement, pour laisser place à un franc parler souvent acide. Le film tient sur ses quatre acteurs, mention spéciale tout de même à la méchanceté inimitable de Christophe Waltz. Point. Autrement, il n'y a pas grand chose à retenir. La mise en scène est statique, la contrainte théâtrale du coup très visible. Polanski réalise par le même coup un film assez impersonnel, ou l'on ne comprend plus ou est le point de vue du cinéaste.

 

Les dialogues vachards et les acteurs haut de gamme évitent de peu que ce "Carnage" ne rime avec ratage et naufrage...

Paris Match


Au départ, on suit avec plaisir ces quatre gamins d'adultes, qui en viennent aux mots durs assez rapidement, et s'échappent ainsi de la mollesse qui s'était emparée du film pendant quelques minutes. Et ça part. Une demi-heure du film est totalement jubilatoire. Les personnages sont confus, ambigüs, passionnants, énervés, et on se demande comment ça va se terminer. On prend un plaisir fou à regarder se déchiqueter ces bourgeois hors de toute réalité, enfermés dans un désir de régler des problèmes d'enfants, et qui pourtant ne le régleront pas. Christophe Waltz et son portable, ça deviendra mythique, John C. Reilly et son flegme vite envolé, Kate Winslet et sa diplomatie peu efficace, Jodie Foster et sa bonne morale en désaccord avec ses actes (la seule un rien décevante la Foster). Et puis arrive l'alcool. Ca m'a beaucoup déçu, parce que la saveur du film s'est peu à peu envolée, et le jeu totalement outré des actrices en particulier fausse un peu le jeu. Les ambiguïtés ne sont plus aussi intéressantes, et les caractères semblent se dissoudre dans les degrés du whisky. Polanski avait réussi à rendre son film captivant, et démonte chaque phrase qu'il avait si bien fait dire à ses acteurs. On passe d'un rire cruellement cynique, à une moue de déception. Et puis, cette fin, si elle est amusante lorsqu'on voit les gamins, parait tout de même totalement bâclée. On ressort donc le cul entre deux chaises, partagés entre une virtuosité des acteurs et des dialogues dans la première moitié du film, et une certaine paresse vers la fin du film, et sur certains autres aspects (musique, mise en scène, rythme...). Un petit film, qu'on oubliera très vite, et qui aurait pu être génial, de bout en bout.

 

carnage-2.jpg

 

55% de réussite.

 

Le Point FA2

Le meilleur film de la sélection, jusqu'à présent, c'est Carnage. Et c'est moyen. Et si on tient les prix d'interprétation, on attend beaucoup du Cronenberg, et on espère une jolie petite surprise du côté de 17 filles, un premier film français. Encore deux films en compétition, déjà 4 de passés, dont trois assez médiocres, et un moyen.

Le festival d'hiver, en revanche, s'annonce exaltant, avec une dizaine de sélections, une dizaine de promesses. Les plus attendus: La coline aux coquelicots, Take Shelter, La Taupe et Martha Marcy May Marlene...

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19 décembre 2011 1 19 /12 /décembre /2011 00:47

FA2

 

SHAME

Steve McQueen

 

1 étoile bis

 

EN BREF:

Malgré un acteur effectivement exceptionnel, on s'ennuie ferme devant un film qui se cherche constamment des enjeux. C'est bien filmé, vu sous un angle original, mais il y a comme une barrière, qui fait qu'on reste totalement insensible à ce qui se passe de l'autre côté de l'écran...

 

shame

 

Bon... Décidément, le Festival d'Automne 2 ne veut pas démarrer. On attendait le meilleur de ce Shame, vanté partout comme "troublant", "dérangeant", "sensuel", "inoubliable" même. La bande-annonce était intrigante, le sujet étonnant et semblait bousculer les codes établis, en montrant quelque chose d'a priori ammoral. Un homme, qui a un boulot qui paie bien, une vie de pacha dans un appartement totalement impersonnel, a un problème, qui le mine, et l'excite: il est obsédé sexuel. Tout ce qui bouge y passe, et son pouvoir de séduction est très fort. Arrive sa soeur, qui logera chez lui, et avec qui la relation est complexe. Puis des soucis, quand les quelques personnes qui l'entourent découvriront les petites perversions de notre antihéros. Un film qui traite donc la sexualité, et de manière assez frontale (pour un film américain, c'est, disons, très ouvert). Michael Fassbender semble être LA raison d'exister du film, tant celui-ci tient uniquement sur les épaules (solides) de l'acteur. Il est assez fascinant à regarder, cependant son personnage est tellement impersonnel qu'on a du mal à s'y attacher, et à ressentir quoi que ce soit, même lors du drame, à la fin du film.

 

"Shame" pâtit d'un scénario autosatisfait qui vise dans les coins sans jamais rien explorer. On aurait aimé en savoir plus sur les personnages. Bref, jouir d'un peu plus de consistance.

Le Parisien


Il y a de très beaux morceaux dans Shame, des scènes de passion parfaitement filmées, des scènes de jogging qui semblent vibrantes, et un souffle qui devrait glacer. On est un peu perdu au sortir de la salle: on a la sensation d'avoir vu un film fignolé, très bien fait, très bien monté (et on ne parle pas que de l'acteur), et on a rien éprouvé. Ou plutôt si: à mesure que le film avance, le spectateur s'éloigne peu à peu du "contenu" pour observer plus les contours, la technicité riche du film. Il y a quelques scènes miraculeuses, et une ambiance globale très réussie, qui oscille entre un glauque pâle et une rapidité moderne étouffante. C'est un très bel objet, seulement on a l'impression de n'y avoir pas accès, on a mis une vitre sur l'écran qui empêche l'image de venir chatouiller nos sens, qui empêche les émotions de se répercuter sur le public. Quant au scénario, la spirale infernale dans laquelle s'engouffre le personnage ne nous emmène pas, et finit même, à partir de la moitié du film, par nous consterner. Carey Mulligan n'arrange rien à cela, qui déçoit encore après Drive. Le sujet, qui paraissait lourd de sens et peu exploré, est en fait peu consistant, si bien qu'au bout d'une demi-heure, ou les situations sont mises en place, ou les personnages sont connus (leurs traits psychologiques sont d'ailleurs très minces), le film commence à tourner en rond. Et la deuxième partie du film semble avoir été faite à tâtons. Le cinéaste se cherche des objectifs et de nouveaux enjeux, multiplie les pistes (la femme de laquelle il veut absolument tomber amoureux, sa soeur qui tombe amoureuse de son collègue, sa soeur qu'il vire de chez lui, ses pulsions qui ne le lâchent pas...), pour arriver à une fin plutôt pathétique, ou, voyant une bague au doigt d'une femme, il décide de ne pas la séduire... Tout ça pour ça! On ressort donc déçu d'un film qui ne manque pas de chair, mais d'intérêt. Grosse déception, donc.

 

shame-2.jpg

 

47% de réussite.

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19 décembre 2011 1 19 /12 /décembre /2011 00:14

FLAMENCO FLAMENCO

Carlos Saura

 

3 étoiles

 

EN BREF:

Une succession inégale mais globalement sublime de numéros de flamenco. Une palette très large des différentes et actuelles manières de faire, de danser, de chanter, de vivre le flamenco. C'est superbement filmé, et pour un amateur, l'idéal!

 

flamenco.jpg

 

Tony Gatlif, en 1992, réalisait Latcho Drom, magnifique périple des gitans, de leurs origines, en Europe de l'Est, à leur point d'arrivée, l'Espagne. Le film, désormais rare, se terminait par une incroyable et bouleversante séquence de flamenco, avec au départ des mains, filmées seules avec le ciel en fond. On se rendait compte de la cinégénie du flamenco, aussi le projet de Carlos Saura (qui avait déjà réalisé des films sur le tango et le fado), était particulièrement alléchant. Il faut vraiment aimer le flamenco, parce qu'il n'y a ici que ça. Aucun autre dialogue, mais une envie de montrer, viscéralement, sans détours et harmonieusement, la danse. Du coup, dans cette succession de différents morceaux, issus de différents groupes, on découvre les tendances variées de cet art qu'on imaginait pas si vaste. Des danses, des chants, des pas. On vibre continuellement au son des talons, des clapements de mains, des arpèges, on est subjugué par la beauté des danseuses, aux traits souvent rudes, on est ému par des timbres de voix rauques, des intonations habitées et douloureuses, et on est emporté par une force de danse absolument implacable.

 

C'est coloré, sensuel et chaleureux. Dommage que Carlos Saura n'ait pas eu la bonne idée, comme dans Tango, d'imaginer une trame narrative plus ambitieuse.

Le Journal du Dimanche


La mise en scène de Saura est impeccable, même si on s'attendait à un véritable scénario. Au départ, on rentre dans une grande halle, un musée ou sont exposés des tableaux. Puis démarre cette musique, au détour d'un tableau. L'image est superbe, les danseurs sont en mouvement devant des toiles qui évoluent, des jeux de lumières qui passent aisément de l'ombre à la lumière, et des couleurs qui jaillissent toujours dans une élégance propre au flamenco (ah, mon Dieu, ces robes...). Carlos Saura crée un spectacle ou s'enchaînent les groupes. Du coup, ce n'est pas vraiment du cinéma, mais plutôt des performances filmées (diablement bien ceci dit). Ce qui n'empêche pas le film d'être une magnifique déclaration d'amour à un art ou grâce et rudesse se cotoient sans cesse. Saura filme le flamenco comme on devrait le voir plus souvent: une danse des éléments, qui appelle nos sens et les met en éveil, un chant des profondeurs, qui célèbre la vie et l'amour. Le flamenco est ancré dans le réel, en fait ressortir des traits souvent bouleversants (on retiendra longtemps ce flamenco à deux sous la pluie), et même parfois cocasses (dans un numéro burlesque inattendu). Dans son film composite, Saura mixe avec ardeur les couleurs et les sons (un homme tout en blanc danse seul, cinq minutes, sans musique; une femme vêtue d'une robe rouge est entourée, de manière classique, avec talons, guitare, mains et tutti quanti), et réussit à montrer une diversité. Comme il parvient, à la fin, à faire du flamenco une expérience spontanée et collective. Des musiciens jouent, des femmes et des hommes âgés sont assis autour, l'un chante, une autre se lève pour danser, au milieu. Et les rôles s'inversent, les personnes changent de rôle, et la danse devient essence de joie. Il faut une force, un caractère, pour faire un flamenco de qualité. Ce don de soi, cette inébranlable énergie, Carlos Saura la met en exergue mieux que quiconque, en mettant à la portée de tous ce spectacle vivant, même si on aurait attendu un peu plus de cinéma, donc d'enjeux, et d'histoire...

 

flamenco-flamenco.jpg

 

65% de réussite.

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15 décembre 2011 4 15 /12 /décembre /2011 21:35

NOVEMBRE

 

EN BREF:

12 films sans chroniques. Malgré mon envie, certains films seront passés à la trappe du temps (on pensera particulièrement à Contracorriente), et je n'ai aucun remords pour d'autres, pitoyables (on pensera tout particulièrement à On ne choisit pas sa famille). En bref, 11 phrases pour résumer 1 très beau moment, 6 moments honorables, 3 moments moyens, 2 piteux moments. Je reviendrais plus en longueur sur l'excellent documentaire Tous au Larzac!

 

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9 novembre - On ne choisit pas sa famille.

D'avance, on déteste le film, on y va uniquement pour Muriel Robin. Et on se retrouve devant un festival de ratages, devant les pitreries affligeantes d'un insupportable Clavier, et des saillies à la Robin qui tombent à plat. Le sujet, pourtant important (un couple lesbien va adopter une enfant en Thaïlande), ne ressort pas servi par le film, c'est le moins qu'on puisse dire. Et d'espérer, en sortant du film, que Clavier ne retouche JAMAIS à une caméra (s'il pouvait également arrêter de jouer, tant qu'à faire...).

 

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16 novembre - 50/50.

Jolie comédie sur la maladie, même si elle manque d'originalité. Elle a le mérite de mettre en avant son très bon acteur, Joseph Gordon-Levitt, même si elle laisse en chemin le reste du casting, que l'on oublie rapidement. L'équilibre comédie-drame est au final assez fin, même si le propos a du mal à captiver.

 

Le Stratège.

Un film bien écrit, interprété très sobrement par Brad Pitt, Philip Seymour Hoffman et Jonah Hill, qui parvient à rendre le base-ball relativement captivant. En revanche, la réalisation est d'une grande platitude, si bien qu'il y a de nombreuses longueurs devant ce film, qui manque d'assaisonnement.

 

La femme du Vème.

Un pensum bizarre, aux acteurs étrangement habités, au scénario toujours secret, même longtemps après la projection. Bref, on peut l'éviter, on aura en revanche plus de mal à l'oublier.

 

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23 novembre - Contracorriente.

Une belle, simple et très touchante histoire d'amour. Avec délicatesse et pudeur, le cinéaste Javier Fuentes-Leon parle d'apparence, d'acceptation de soi, de regrets, d'absences... Et c'est fort. On retiendra particulièrement une poétique évocation du deuil et de la mort, qui nous suit longtemps après.

 

A la une du New York Times.

Un documentaire assez plat, très technique et peu dynamique. Si l'éditorialiste David Carr est passionnant à suivre, le reste du sujet, très fouillé, à parfois du mal à atteindre sa cible. Dans la logique d'informations continues actuelle, ce documentaire surenchérit, au lieu de dénoncer efficacement: on est submergé d'infos, presque noyé, par une rapidité peu propice à l'intérêt constant.

 

Time out.

L'idée est géniale: le temps, c'est de l'argent. Le film se découvre donc avec intérêt, malheureusement l'efficacité hollywoodienne prend rapidement le dessus, et le film accélère peu à peu sa marche vers un film d'action pur et dur, aux tournures attendues. On ne s'ennuie pas malgré tout, et les acteurs ne déméritent pas.

 

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30 novembre - Footnote.

Une absurdité qui fait souvent mouche dans un scénario très construit (les idées pour faire le récit de cette querelle entre un père et son fils sont souvent très bonnes). Mais si l'on a la sensation d'un assez bon moment, il n'en reste pas moins qu'on oublie très rapidement le film, excepté une scène géniale dans un bureau confiné ou, pour ouvrir la porte, tous doivent se lever et décaler leurs chaises, et ça donne un bijou d'humour fin.

 

The Lady.

Si la vie de Aung San Suu Kyi est passionnante et bouleversante, le film de Luc Besson, lui, n'est pas le meilleur hommage que l'on pouvait lui rendre, ni la meilleure aide dans la lutte pour la démocratie en Birmanie. Il y a pléthore d'effets de mise en scène, une tendance lourde au tire-larmes oppressant. Et à côté de cela, il y a de très beaux moments, une magnifique actrice. Les points positifs ne sont pas aidés par une musique envahissante, et le scénario ne ressort pas grandi de cette focalisation sur la vie personnelle d'Aung San Suu Kyi, alors qu'on aurait préféré que Luc Besson se risque sur un terrain un peu plus politisé. The Lady reste tout de même un moment bien rythmé, le meilleur film de Besson depuis Arthur et les Minimoys (ce qui ne veut pas dire grand-chose).

 

Americano.

Un road-movie étrange, tendant parfois vers le banal, parfois vers le burlesque, parfois vers le beau. Malheureusement, le film est hésitant, bancal, un peu lancinant et souvent maladroit. On ne pourra cependant pas retirer à Mathieu Demy, qui réalise un premier film relativement prometteur, une certaine ambiance, décalée et très bien retransmise.

 

Les Lyonnais.

Un polar qui se suit sans déplaisir mais qui est loin d'être inoubliable. Gérard Lanvin fait montre d'une belle classe, si bien que les gueules qui l'entourent ont du mal à sortir d'un lot assez banal. Le film est classique, surement trop.

 

Le Chat Potté.

On attendait du fameux Chat Potté Shrekien un irrésistible humour (autant que ses gros yeux en promettaient), une histoire débridée, et on fait face à une grosse coquille industrielle vide. Aucune idée de scénario, une paresse à toutes épreuves, et aucun attachement aux personnages. Loupé, sur toute la ligne.

 

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1 décembre 2011 4 01 /12 /décembre /2011 21:20

LE TABLEAU

Jean-François Laguionie

 

3 étoiles

 

EN BREF:

Un tableau que l'on retiendra, tant les émotions qu'il brasse sont larges et considérables. On reste pantois face à une ampleur de propos, une subtilité de l'animation, une richesse de couleurs. Une douce folie!

 

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Le petit conte raconté ici est tout simple, et dure 1h16, parfait pour un public très jeune. On attend donc beaucoup de démonstratif, peu de subtil. On pense voir un petit film bricolé et mignon, et on pense d'abord qu'on va s'ennuyer, et que l'enfant qui nous accompagne va poser mille et une questions, qu'on va avoir un brouhaha de mômes agités qui va nous prendre la tête. De tout cela, il n'est absolument rien. Aucun bruit durant la séance, les quelques gamins présents semblaient aspirés dans le tableau, passionnés par une galerie de personnages attachants, par l'effusion de couleur jaillissant devant leurs yeux. Le pire, c'est que les adultes sont exactement pareils, totalement happés par un univers aux contours très fins, par des personnages infiniment jolis et colorés, et par une histoire qui n'est pas loin de prendre aux tripes. Un peintre a laissé dans son atelier un tableau inachevé. Les Toupins, beaux et lumineux en apparence, ont pris le pouvoir sur les Pafinis, qu'ils ont chassé du château, et qui les ont obligés à s'installer dans un autre coin du tableau. Quant aux Reufs, des ébauches, des croquis, ils sont les déchêts de cette société créée par le tableau, si bien qu'ils deviennent les esclaves des Toupins. Seulement, un Toupin, Ramo, est amoureux d'une Pafinie, Claire. Cet amour, qui n'est accepté par aucun des deux "peuples", amènera Ramo et Lola, l'amie de Claire, avec un Reuf poursuivi par des Toupins, à chercher le peintre du tableau pour savoir pourquoi il les a abandonné de la sorte. Pour sortir de ce conflit grandissant entre ceux qui sont finis, et ceux à qui il manque du rose sur leur robe, ou de la couleur dans les yeux, il leur arrivera plein de petites aventures et de nombreuses découvertes.

 

Le cinéaste reprend et amplifie ici la dénonciation du racisme, des inégalités sociales. Quant à l'enquête sur le mystérieux peintre qui ne cesse de se dérober, elle captive, vertigineuse mise en abyme de la création 

Télérama


Jean-François Laguionie joue avec une imagerie enfantine très marquée: on trouve des masques, des costumes de carnaval, un Arlequin... Remontent alors un monticule (pour ne pas dire "tas") de souvenirs, et une joie traduite par ces couleurs qui affluent en tous sens. Dans toutes leurs petites aventures, il y a une originalité, une façon toute intelligente de repenser les conflits, et de parler de beaucoup de thèmes chers à l'enfance, mais qui touchent tout le monde (l'amitié, l'identité, l'attachement, la construction de soi, la différence). Tout est abordé avec une simplicité très travaillée. Dans cette suite d'évènements, et sans tomber dans la pédagogie facile, Laguionie rend vibrante cette quête. Au prétexte de clore un conflit dans un tableau, il fera passer de nombreux sentiments, par des détails le plus souvent. Aussi retiendra-t-on cet art de faire découvrir l'art, de créer un imaginaire construit et complexe autour de ces personnages que l'on croyait inanimés sur un tableau, tout juste bon à accrocher sur un mur. L'artiste n'est pas fou, la Garance couchée nue sur son grand tableau est là pour nous le rappeler: quand le peintre l'a dessinée, il y avait de l'amour, si bien qu'elle aussi est tombée amoureuse. Le conflit est absurde, comme montré dans ce tableau sur la guerre. Dès lors que le peintre a peint un camp rouge et un camp vert, il n'y a qu'un moyen de mettre un terme à ce conflit stupide: repeindre les deux camps de la même couleur. On passe allégrement du rire (avec Magenta, le petit soldat au nez rouge, récupéré dans un autre tableau), à l'émotion (le Reuf qui se fait détruire par les Toupins, et que son ami Plume prend sous son aile), en passant par la peur (cette poursuite entre un squelette armé d'une faucille et ce frêle Plume, qui se conclut de manière très poétique).

 

Utilisant les toiles comme terrain d'aventures, "Le Tableau" invite les plus jeunes au-delà de la représentation pure et simple. Rien que pour cela, la découverte de cette merveille s'avère indispensable.

Premiere


Il n'y a pas de violence dans ce dessin animé très sensible. La nature, d'abord perçue comme dangereuse, devient un réconfort pour ces personnages, les guide dans leur chemin, les console lorsqu'ils ils en ont besoin (ce qui donne cette fabuleuse séquence de rêverie, ou une Pafinie s'envole, au creux d'une feuille, devenant une forme, enlacée avec une autre, elle rêve à son aimé, elle à qui il manque de la couleur dans les yeux).L'émotion, simple et non forcée, est là. Constamment. Chaque détail est poétique. Dans ce film au dessin magnifique, les traits sont fins, les mouvements tout en déliés, la nuance toujours présente. On y trouve au final tous son compte. Laguionie réalise un film malin, qui, à mesure qu'il se dévoile, se révèle indispensable. Indispensable, parce qu'il restera en mémoire, et qu'il apporte, tout en finesse, une observation enfantine et réfléchie de la société dans laquelle nous vivons. Indispensable car il repense un système d'animation trop facile, ou tous les personnages sont voués à vivre heureux, sauf les grands méchants loups. Avec originalité, il amène son propos, et avec brio, il ferme son film à la manière d'une parenthèse enchantée. On sort de ce film avec une petite larme de beauté, et une légèreté immense. On est bien peu de choses, Le Tableau, très modestement, est là pour le rappeler.

 

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74% de réussite.

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24 novembre 2011 4 24 /11 /novembre /2011 20:09

FA2

 

L'ART D'AIMER

Emmanuel Mouret

 

1 étoile bis 

 

EN BREF:

Comme toujours chez Mouret, un théâtre absurde et inintéressant autour du désir amoureux. Un festival de poncifs et d'acteurs lourdingues dans un film sans saveur.

 

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Il faut au moins s'appeler Emmanuel Mouret pour appeler son film "L'art d'aimer". Plus cruche, c'est impossible. Dans son style très maniéré et pseudo-élégant, le cinéaste revient avec une sempiternelle variation autour du désir, de l'adultère. Et convoque un casting de choix pour incarner ces couples au bord du désamour, en quête d'expériences, d'aventures amoureuses. Comme d'habitude, des situations a priori burlesques, une légèreté très pensée (presque pesante, parce que ne s'autorisant pas la franche comédie). Changement ici: on ne s'intéresse plus seulement à un seul couple, à un seul adultère, on multiplie la lourdeur par 6, en imposant à chaque couple formé ou en formation une petite histoire sans conséquence. Au début du film, on est quasiment surpris: le petit prologue sur la petite musique de l'amour fait franchement plaisir, et constitue en soi un excellent court-métrage. Puis la lourdeur revient au galop: les petites phrases, comme des encarts entre les différents chapitres, sonnent comme des morales pas forcément très instructives. Des petites citations du style "en amour, il faut savoir être patient". Et on découvre, un à un, les différents couples de l'histoire, par scaynètes supposément amusantes (qu'est-ce qu'on se poile: environ deux gloussements dans le public composé d'une vingtaine de personnes pendant tout le film, et, allez, un rire collectif).

 

Si la patte de Mouret demeure reconnaissable, il y manque le liant, la durée, l'insinuation et la profondeur nécessaires à l'attachement.

Le Monde


Six couples, donc, en tout cas 6 femmes et 6 hommes, et six façons d'aborder l'amour et l'adultère, jamais commis. La voix de Philippe Torreton, pour donner un peu de cohérence à un ensemble totalement déconstruit, duquel on a du mal à voir le scénario. Après le meilleur moment du film (Stanislas Mehrar, compositeur, entend la petite musique de l'amour en pleine nature), après "Julie Depardieu fait un rêve étrange et prémonitoire", on a donc très rapidement l'image du couple Pascale Arbillot-Michaël Cohen, qui fait purement de la figuration. Ensuite, on s'intéresse au "vieux" couple Ariane Ascaride-Philippe Magnan, surement le plus intéressant du film, mais le plus survolé aussi (c'est dommage, vraiment, parce qu'il y avait quelque chose à creuser). Après, on a la première confrontation Frédérique Bel-François Cluzet (dont on a l'histoire complète dans la bande-annonce), qui vont en fait faire durant tout le film cinq ou six saynètes, toujours pareilles. Puis arrive le tic d'Emmanuel Mouret, un film dans le film, ou son actrice fétiche (l'insupportable Judith Godrèche) va orchestrer un jeu d'amour sans hasard entre Julie Depardieu (qui fait la même taille, les mêmes mensurations qu'elle) et Laurent Stocker (son meilleur ami, qui la désire, alors qu'elle ne peut pas tromper son mari, Louis-Do de Lencquesaing). Dans un hôtel, dans le noir, la Godrèche organise entre ces deux-là des petites sauteries, sachant que Stocker pense qu'il fait l'amour à sa meilleure amie. Et, comme une parenthèse, le dernier couple, Elodie Navarre-Gaspard Ulliel, sans faire de vagues, vient conter sa petite histoire. Le film ne manquera pas de se terminer sur le trio Godrèche-Depardieu-Stocker, le plus inintéressant, et le plus long du film.

 

Dans ces beaux appartements, on s'ennuie un peu, comme dans la vie. Finalement, cette comédie lente et courte est réaliste !

Elle


Emmanuel Mouret semble prendre plaisir à convoquer ici tous ses défauts. Un rythme qui patine, à cause surement de l'inintérêt constant du propos. Un survol automatique des seuls couples qui auraient pu valoir le coup d'oeil. Une direction d'acteur totalement bancale: alors que Ulliel, Navarre, Ascaride et Magnan sont dans l'effacement et la sensibilité, Cluzet semble être revenu dix ans en arrière (au temps des piètres comédies), Bel est toujours aussi insupportable d'exagération, Depardieu et Stocker cabotinent à l'unisson, et la meilleure, Judith Godrèche, atteint un summum dans sa non-crédibilité. Emmanuel Mouret expliquait dans une interview qu'il aimait bien ses comédies romantiques parce qu'il y avait un suspense. Cela nous rassure au moins sur un point: les cinéastes, quand il s'agit de parler de leurs propres films, n'ont aucune objectivité. Parce que son film est cousu de fil blanc, les séquences se suivent, se ressemblent et ne servent qu'à effilocher le semblant de contenu du film. On aurait aimé moins de sagesse, moins de poncifs, de vraies ruptures de style entre chaque couple (tous filmés de la même manière, sans aspérités, et sans sens, non plus). Ces bobos parisiens et leurs amourettes pleines de questions existentielles, on n'en a cure, ils ne nous touchent pas, ne nous font pas rire, et nous ennuient profondément. L'art d'aimer, à proprement parler, est bien mieux évoqué par des cinéastes qui ne s'en font pas les parangons. Il y a là une prétention gênante, qui dépasse totalement le spectateur, tant le propos est vide et indigent.

 

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37% de réussite.

 

Le point FA2

Et un piètre film de plus, après Contagion, de Soderbergh. Depuis le 9 novembre, des changements pour le Festival, une polémique sur Christoblog à propos de 50/50, on a même pu parler de mai 68, d'annulation du festival, bref c'était assez burlesque, vu le peu de prétention du festival. Du coup, la petite et plutôt sympathique comédie américaine a tout bonnement été supprimée de la programmation.

Pour les films suivants (les prochains en date: Carnage et Shame), on craint le pire, et on attend le meilleur. La cuvée automne 2011 s'annonce tout de même bien moins reluisante que l'année dernière, et les choix des acteurs, actrices, scénarios et réalisateurs risquent d'être unanimes, la liste des prétendants s'amenuisant au fil des films...

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23 novembre 2011 3 23 /11 /novembre /2011 12:00

LES ADOPTES

Mélanie Laurent

 

3 étoiles

 

EN BREF:

Il est de ces surprises que l'on attend pas. Mélanie Laurent réalisatrice, c'est du charme, un flot d'émotions, des tentatives, parfois un peu vaines, parfois miraculeuses... Et au final, c'est un joli coup de coeur.

 

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Les adoptés. Ni le titre, ni la bande-annonce, ni le nom de la réalisatrice ne donnaient envie. On était curieux, mais sans plus. Mélanie Laurent, en 2011, c'est beaucoup trop de présence, beaucoup de fausses notes (deux films totalement râtés, Requiem pour une tueuse et Et soudain, tout le monde me manque; un album assez peu crédible), deux surprises (la cérémonie d'Ouverture du Festival de Cannes, décomplexée, enjouée; l'apparition dans Beginners, ou elle renouait avec un charme qu'on avait plus vu depuis 2009), et une étape: la réalisation, dont on nous dit qu'elle est mûrie de longue date, inspirée par sa grand-mère, qui mettait en scène le moindre évènement. On peut effectivement comprendre que cette envie ait été longue à se concrétiser, parce qu'au final, on se retrouve avec un objet très travaillé, qu'on sent retouché, presque trop. Mélanie Laurent, donc, revient à cette émotion qu'elle nous avait provoqué la première fois qu'on l'avait vu, pour la plupart, dans Je vais bien ne t'en fais pas. Au final, l'actrice n'aura vraiment marqué que dans très peu de rôles, et était devenue assez insupportable dans les médias. Et là, à l'avant-première, une jeune femme pas trop fière, très simple, complètement stressée, à l'image de son film, très touchante. Loin de son image, et tout simplement là pour nous montrer son petit, avec une peur du jugement très enfantine.

 

"Les Adoptés" est parcouru de secousses intimes d'une magnitude telle que l'on en ressent les ondes bien après la projection.

Premiere


Du coup, on appréhende le film quasiment avec bienveillance. Mais on a pas pitié une seule seconde: Mélanie Laurent n'est pas entrée par effraction en réalisation, elle anime son film d'un véritable charme, et d'une patte, pas encore très affinée, mais on est sur que cela viendra. Et au gré du film, on ira de surprise en surprise. On reconnaitra un sacré talent pour le casting, Marie Denarnaud est fabuleuse (meilleur espoir féminin?), Denis Ménochet surprenant (lui habituellement si bourru, quasiment rustre), Audrey Lamy drôle (comme toujours), mais surtout très émouvante (dans une seule scène, qui retourne un peu), Théodore Machet-Fouquet, le gosse, incroyable de naturel, une vraie bouille, une espiéglerie. Même Clémentine Célarié, d'habitude si énervante, est ici bonne actrice, sobre et crédible. C'est dire... On saluera des tentatives techniques, pas toujours parfaites, parfois trop surlignées (on ne pourra pas parler d'une "mise en scène dénuée d'effets"), mais souvent originales, inattendues, mettant en valeur des détails, des jeux de mouvements, des sons. Et surtout, on s'étonnera d'une écriture parfois quasiment lyrique, vraiment très chantante, et souvent poétique (l'écriture de la dernière scène est une petite merveille; la voix off est d'une grande douceur).

 

À l'arrivée, ["Les Adoptés"], brassé par de multiples émotions, nous émeut et nous emballe. On est carrément sous le charme.

Le Journal du Dimanche


Mélanie Laurent se serait inspirée de tous les réalisateurs qu'elle a cotoyé. Sur le plateau, elle faisait danser ses comédiens avant les prises (on sent bien une dynamique de groupe, une sympathie sincère entre les acteurs), à la manière d'un Tarantino. A l'écran, on voit ce côté Mike Mills (Beginners), dans ces essais de techniques, ce côté poétique et un peu branchouille. On reconnait les envolées d'émotion, comme un Mihaileanu inspiré sait le faire, on sent la présence d'un Klapisch dans l'humour ravageur de certaines séquences, et on voit l'influence d'un Philippe Lioret, dans ces nombreux moments ou Mélanie Laurent apparait à l'écran, et nous réoffre cette émotion, qu'on a gravée, cette spontanéité qu'on lui avait découvert dans Je vais bien ne t'en fais pas. D'un autre côté, on a aussi une infime partie, qu'il faudra bien concéder aux réfractaires, du pathos à la Rose Bosch... De cette histoire tragique, ayant certes une part de déjà-vu, Mélanie Laurent fait un conte entre l'enfance et l'âge adulte, une très jolie chronique sur l'engagement, la responsabilité, le souvenir, les attentes. Il est de ces coup de coeur que l'on ne peut expliquer en entier, parce qu'on en reconnait les défauts, Les adoptés en fait partie. C'est un beau moment de cinéma, qui à la grâce et la perfectibilité des premières oeuvres. C'est un intense moment d'émotion, qui a le tact de laisser l'espoir et la vie l'emporter sur une difficulté. Et ça retourne.

 

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71% de réussite.

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