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29 mai 2012 2 29 /05 /mai /2012 00:30

DE ROUILLE ET D'OS

Jacques Audiard

 

3 étoiles

 

EN BREF:

Audiard s'essaie au mélodrame populaire. C'est surprenant, fort, émouvant, mais loin d'être un chef-d'oeuvre comme on a pu l'entendre.

 

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Avec De Rouille et d'Os, l'un des grands cinéastes français vivants explore un cinéma auquel nous n'aurions jamais pensé pour lui: le mélo. Dans un style plus populaire, forcément un peu déroutant pour le spectateur, il conte, dans un contexte social précaire et violent, l'amitié naissante entre un jeune père rustre, et une femme a priori lumineuse qui se fait amputer des deux jambes suite à un accident. Ce qui prime ici, ce ne sont pas les contours techniques du film (le cadrage, les décors, la photo, magnifiques, ou la BO, relativement décevante), mais bien l'histoire, et les acteurs. Trois points de vue dans un vrai beau mélo plutôt habile, malgré une fin qui déçoit (à partir du fameux lac...).

 

On pourra légitimement regretter quelques effets de scénario peu probants, un dialogue peu naturel entre différentes composantes du film, mais "De rouille et d'os" frappe d'abord par la force de son interprétation.

La Croix

 

Le père

Brut de décoffrage, c'est Mathias Schoenaerts qui est (pour qui n'a pas vu, semble-t-il, Bullhead), la révélation du film. Son jeu est d'une intensité exceptionnelle, d'une grande maturité, et d'une grande subtilité. Il est un père qui manque à son fils, absent par un trop-plein d'embrouilles de part et d'autres, par une galère continuelle, et par une inconscience du rôle d'un père, du fait de ne l'avoir jamais vraiment été (il n'a pas élevé son fils). Audiard construit sur l'acteur belge tout ce qui fait le sel de son cinéma: une violence qui ne tarde pas à éclater, dans tous les sens, et sans mesure, dans un contexte social tendu, une précarité grandissante à mesure que les petits boulots se font de plus en plus illégaux la plus totale. Et pourtant, comme à son habitude, c'est ce personnage qu'Audiard tente, dans un toujours lumineux geste, de sauver de cette noirceur, de sortir d'un néant affectif, de ramener à la vie. L'homme, qui a visiblement oublié l'enfance, retrouve peu à peu le plaisir, au détour d'une conversation, puis d'un toucher, puis d'une baignade, puis d'un baiser, retrouve peu à peu le goût du jeu, le risque du partage, de l'entraide, de la solidarité. Et finit par se faire écouter, comme il parvient à écouter les autres. Tout cela est fait dans une grande discrétion, la rage sourde et les pulsions mécaniques se transforment par infimes touches en compétition acharnée, en combativité et en attention pour l'autre. Ce personnage, aux allures si rustres et si peu attachant, devient extrêmement touchant, il gagne notre estime, et notre respect.

 

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La femme, l'amie.

Marion Cotillard, lumineuse, retrouve enfin un rôle à sa hauteur, bien longtemps après la fulgurance Piaf. Ici, elle est cette femme accidentée au travail (elle est dresseuse d'orques). Elle était séduisante, et aimait qu'on la regarde, aimait être observée, respectée. Amputée de ses deux jambes, elle ne crée plus autour d'elle ce désir, et n'émane plus de sa personne cette énergie indomptable. Elle sombre dans une tristesse, dont elle ne se relèvera que grâce à la « délicatesse » de cet homme, Ali, qui l'extirpe de sa torpeur. De ce qu'elle considère comme l'état de légume, elle se relèvera peu à peu, aidée par l'absence de manières de ce boxeur, qui, comme elle, est combatif. A mesure qu'elle se sent redevenir humaine (avec des prothèses), puis femme (avec le retour d'une grâce, d'une beauté, et d'une sensation physique et émotionnelle qui ressemble à s'y méprendre à de l'amour), elle reprend confiance, et à son tour tentera d'extirper cet homme qui la regarde si normalement, de manière si intense et sans fioritures, de ses violences et de son jusqu'au-boutisme dangereux. Cotillard tient ce rôle avec ferveur, elle est d'une grande justesse, notamment lorsqu'elle part totalement, seule dans sa chambre, sur une musique de Bon Iver, ou encore quand, dans un silence éloquent, elle renoue contact avec un orque, filmée de dos derrière une vitre.

 

Tout est bien dans "De rouille et d'os", sauf cette petite faute de goût qui ternit tout : c'est un chef-d'oeuvre. C'est du moins dans cet esprit qu'il a été conçu et c'est naturellement cet esprit qui l'empêche de l'être.

Libération

 

L'enfant.

De tous les personnages, c'est lui qui bouleverse, la bouille inoubliable du film, Armand Verdure. En plus d'avoir trouvé un contrepoint plus léger, plus enfantin, à son histoire assez tendue et âpre, Audiard filme ce gosse comme s'il était la passerelle dans cette relation, ce qui fait basculer la relation d'une histoire d'amitié à un nécessaire et vital besoin de reconstruction mutuelle chez les deux personnages adultes. Ce gosse, à la recherche de repères dans cette nouvelle vie (il vient de déménager chez sa tante, sur la côte méditerranéenne, à laquelle il ne connait rien ni personne, il vit avec son père pour la première fois...), passe son temps à essayer de franchir les limites de son père absent, quand sa tante s'occupe de lui. Niché dans une cage à lapin, il s'amuse et rêve à cette douceur qu'il aimerait recevoir. Quand arrive dans sa vie cette handicapée, il s'accroche et trouve une stabilité. Elle ne fuira pas, et il ne s'y trompe pas. Audiard, dans ce point de vue sur l'enfance, trouve la raison d'être de son film. Sans cet enfant, l'histoire aurait pu ne se résumer qu'à une histoire d'amitié entre deux êtres, et serait devenu très caricatural. L'enfant empêche Audiard de tomber dans l'excès, quand bien même il flirte très souvent avec, dans sa manière de dresser - on ne lui connaissait pas ce défaut- un film un peu caricatural. De cette oeuvre, on retiendra donc surtout une étude passionnante de caractères, et bien évidemment une direction d'acteurs exemplaire (on n'oubliera pas de citer l'excellente Corine Masiero et le parfait Bouli Lanners), mais la dernière image restera malheureusement celle d'une fin inconcevable et sirupeuse, à laquelle on ne croit plus.

 

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70%.

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28 mai 2012 1 28 /05 /mai /2012 23:11

      SUR LA ROUTE

Walter Salles

 

2 étoiles

 

EN BREF:

Malgré des images d'une sidérante beauté, on peine un peu à ressentir ce qu'on aurait voulu: une invitation au voyage, un plaidoyer pour la liberté, un dépaysement total. A force d'ouvrir des pistes, Walter Salles laisse son film en bazar, un peu confus.

 

sur-la-route.jpg

 

De Walter Salles, on connaissait surtout le talent de mettre en scène de grands voyages, et de raconter avec tact des évolutions intimes. Ce qu'il essaye de faire ici en adaptant le pavé de Jack Kerouac, Sur la route. Dans les Etats-Unis des années 40-50, une bande de jeunes parcoure les Etats-Unis sans vraiment de points d'attache, avec pour leitmotiv le plaisir, le sexe, la drogue, la fougue, la vitesse, la littérature, le jazz... Bref, les représentants d'une jeunesse qui aspire à une vie libre. Sal Paradise essaie d'écrire un livre, qu'il rédigera de 1948 à 1957. On est forcément curieux de ce que cela peut donner à l'écran, d'autant que le casting est alléchant, et la vision de Howl, en début d'année, laissait pensif, on croyait naïvement que Salles allait compléter le film prometteur mais inabouti de Rob Epstein et Jeffrey Friedman. On croyait sincèrement que le cinéaste allait rendre justice à la densité de ce que la « Beat Generation » (selon les termes de Jack Kerouac lui-même) a pu apporter, au niveau sexuel, spirituel, artistique.

 

Walter Salles a été victime de lui-même. En voulant demeurer fidèle au texte, il en a édulcoré l'esprit, livrant un film trop propre, trop bien léché où l'on ne sent jamais la sueur, l'odeur de macadam, d'huile, d'essence et de poussière, la déglingue, l'atmosphère de vertige et de folie mâtinée de contemplation, le désespoir sans retour.

La Croix

 

Au début du film, il y a un véritable plaisir, à retrouver une photographie très séduisante, chaleureuse, signée du même directeur photo que Carnets de voyage, Eric Gautier (il a officié aussi sur Into The Wild). Il y a aussi la promesse d'une bande son magnifique, signée Gustavo Santaolalla (Carnets de voyage, Brokeback Mountain, Babel, rien que du très solide), et qui est effectivement ce qu'on retiendra surement du film (joli cheminement entre ballades légères et poétiques, jazz endiablé, et rythmes organiques). Très vite, on repère aussi l'intense talent des acteurs principaux, à commencer par Sam Riley (Sal Paradise/Jack Kerouac). On retrouve avec plaisir le jeune puceau de Good Morning England, parfait Tom Sturridge, en homosexuel dépressif (Carlo Marx/Allen Ginsberg), et on savoure le jeu sauvage et très physique de Garrett Hedlund (Dean Moriarty/Neal Cassady). On note avec surprise que la transition est réussie pour Kristen Stewart, qui nous fait totalement oublier les années Twilight. Les seconds rôles n'enlèvent rien au film, même si on se demande parfois ce qu'ils font là (Kirsten Dunst, Viggo Mortensen, Elisabeth Moss...).

 

Les inconditionnels du manifeste (enfin adapté !) de la Beat generation risquent fort d'être déçus. Où est passé ce fameux style " be-bop " de Kerouac, ce chant exalté et syncopé ? Walter Salles (...) a choisi une autre option, plus facile d'accès. Son film n'est pas une trahison, plutôt une version light, avec de très bonnes surprises.

Télérama

 

Seulement, toute cette beauté, si elle permet de faire passer les longues 2h20 avec les sens un minimum en alerte, ne parvient pas à éclipser le gros défaut du film: le scénario. On attendait un vrai point de vue de cinéaste, on a un défilé d'images sans vraiment de cohérence, on attendait une véritable réflexion, une écriture fougueuse, dynamique, virevoltante, on a un scénario brouillon, qui ne se donne pas, a-t-on l'impression, de direction, qui ne cherche pas à faire réfléchir mais simplement, et avec facilité, montre quelque chose. On attendait une invitation au voyage, on a un road-movie qui reste classique et plus pudique qu'on aurait pu le penser, qui ne donne pas singulièrement envie de prendre la fuite et de s'adonner aux joies d'une virée libre et désordonnée. La voix off, si elle est parfois utile lors de très belles phrases, lorsqu'on sent la plume de Kerouac qui s'agite et file sur le papier sans regarder en arrière, se révèle assez lourde durant la majeure partie du film, lorsqu'elle se fait purement narrative, sans développer aucune réflexion ou pensée un peu intimes. Walter Salles, que je tenais, avec Carnets de voyage, pour le maître du road-movie quasiment initiatique, signe ici une oeuvre longue et un peu vaine, qui pense pour nous au lieu de nous donner à penser, qui voyage pour nous au lieu de nous donner à voyager. A force d'être méticuleux sur ce qui enrobe le film (l'image, la bande-son, les acteurs), il en a oublié l'essentiel: donner au spectateur à ressentir, à s'émouvoir, à vibrer.

 

sur la route 2

 

59%.

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17 mai 2012 4 17 /05 /mai /2012 15:06

26 FILMS

Panier garni

 

3 étoiles

 

l'amour et rien d'autre

 

On commence par un très beau film, humble, simple et discret. Jan Shomburg se propose de filmer l'amour, uniquement l'amour. Un couple allemand est en partance pour Marseille, pour y travailler. L'homme part avant la femme, et se suicide sur un parking marseillais. Le reste du film conte l'amour qui subsiste, le désir qui renaît, l'incompréhension qui stagne. L'actrice Sandra Hüller est fabuleuse, L'AMOUR ET RIEN D'AUTRE est un film sensible, une fêlure qui se révèle en douceur.

 

 2 étoiles

 

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Dans la catégorie petite déception, le dernier Benoît Jacquot, que beaucoup ont trouvé (surement à raison) sublime, sensuel, lumineux, incroyable... Pour ma part, même si je reconnais le talent plastique certain des ADIEUX A LA REINE, la beauté de jeu de certaines interprètes (Diane Krüger, Léa Seydoux), et des qualités indéniables (Noémie Lvovsky est l'une d'elles), je ne me suis pas du tout identifié, et n'ai pas accroché au point de vue (la prise de la Bastille à travers les yeux de ceux qui ne sont pas à Paris, mais au château). Je ne me suis pas laissé emmener et n'ai donc ressenti aucune émotion. Ces adieux ne m'auront pas marqué... Petite déception aussi pour I WISH, que j'attendais quasiment comme le film d'enfance de l'année, et qui n'en est rien. C'est très long, et l'histoire (deux enfants séparés après le divorce de leurs parents), bat très vite de l'aile, n'ayant pas tant de choses à raconter. La première heure est particulièrement vide. Puis, dès que les deux frères se retrouvent pour assister à un miracle (deux TGV qui se croisent pour la première fois), le film se voit un peu plus comme une fugue, une fuite en avant. Se met en place une petite poésie, assez douce et subtile, le film devient véritablement enfantin, laisse place, enfin, à la rêverie, telle qu'on l'attendait. Le film n'est ainsi pas totalement vain, mais pas non plus à conseiller. Rayon déception, on est servis pas Lorraine Lévy, qui avait choisi un sujet qui aurait pu être fort (échange de deux enfants à la maternité, l'un israélien, l'autre palestinien), mais qui tombe assez vite dans la lourdeur de dialogues très scolaires. LE FILS DE L'AUTRE est loin d'être désagréable à regarder (ses jeunes interprètes, Jules Sitruk et Medhi Dehbi, y sont pour beaucoup), mais reste au ras de son sujet, sans éclat, sans fulgurance, sans nouveauté. Dans le même style, avec beaucoup plus de tact et de sensibilité, Une bouteille à la mer réussissait bien mieux son pari.

 

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Dans la catégorie bonnes petites surprises, on a d'abord HOWL, de Rob Epstein et Jeffrey Friedman, composition poétique réussie autour de la vie et du poème Howl, considéré comme obscène, d'Allen Ginsberg. Amour, philosophie et justice se côtoient dans cette oeuvre dans un enchevêtrement d'images pas toujours très cohérentes, mais desquelles se dégage une justesse, une beauté. Howl est un joli film sur le mouvement, sur l'homosexualité, mais aurait besoin d'un regard plus aiguisé, d'un peu plus de rigueur. Bonne petite surprise aussi que ce BYE BYE BLONDIE, qu'on attendait bien plus sulfureux, barré (et accessoirement mauvais) que cette bluette au contours punk. En deux parties, Virginie Despentes déroule d'abord son audace (dans cette partie jeunesse plutôt ambitieuse et réussie, ou Soko et Clara Ponsot irradient l'écran), puis se calme un peu (une partie adulte beaucoup plus posée, un peu morne par moments, ou Emmanuelle Béart et Béatrice Dalle ont du mal à se trouver). Un film très inégal, mais au moins, l'issue est belle, le texte que Pascal Greggory récite est beau, l'amour et Paris finissent par l'être aussi. De son côté, le bulgare Konstantin Bojanov nous entraîne dans une histoire étonnante, dans un film à l'ambiance surprenante. AVE parle de mensonge, de deuil, de rencontre. Et si le début est long et la mise en place un peu lourde, la partie ou les deux personnages apprennent à se connaître et à se respecter devient peu à peu très touchante, jusqu'à cette fin en suspens, qui laisse pensif et fait du film un moment qu'on aurait regretté de manquer. Enfin, dans un film assez dur, quasiment tendu, Estelle Larrivaz met en scène un quotidien qui fait mal au coeur dans LE PARADIS DES BÊTES, là ou les enfants sont obligés de s'inventer un imaginaire pour contrer la violence que s'infligent leurs parents. Le père emmène, sans prévenir la mère, ses deux filles à l'étranger. Un premier film très personnel, dense et à fleur de peau, qui manque certainement de cohérence, de poésie, de rigueur, mais est un beau gage d'espoir.

 

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Et puis les autres, ces films qu'on ne retiendra pas longtemps mais qui auront été un bon moment parmi d'autres. Le nouveau Stephen Daldry, EXTREMEMENT FORT ET INCROYABLEMENT PRES, qui arrache quelques larmichettes, dans une histoire qui aurait pu être resserrée et plus centrée sur les rencontres que fait l'enfant. C'est larmoyant, un peu vain, mais quasiment beau. Max Von Sydow y est parfait, comme l'enfant. Le fameux CLOCLO, qui n'a cependant pas eu le public qu'il souhaitait, est un film très long, et très chiant pour qui n'aime pas Claude François (ses chansons me hérissent le poil), mais on ne peut que reconnaître un film relativement honnête sur une légende parfaitement interprétée par Jérémie Rénier. Le tandem Matthieu Delaporte-Xavier de la Patellière, après avoir écrit moult merdes, réalise LE PRENOM, qui a l'avantage d'être un agréable moment (merci Valérie Benguigui) et d'être oublié directement après la projection. Ainsi, il ne nous est point possible d'en dire vraiment du mal... Allez, une petite crasse: Patrick Bruel n'est pas un bon acteur, et il le confirme. Quant à Daniel Auteuil, il essaye de se retrouver une contenance, et y parvient plutôt bien, il est convaincant dans le bancal LA MER A BOIRE, un bon moment qui s'oublie néanmoins très vite. Jacques Maillot met du coeur à l'ouvrage pour servir au mieux un combat, mais ne fouille pas ses personnages, et reste trop scolaire et technique dans son intrigue, qui se clôt en queue de poisson. Dommage. Lucien Jean-Baptiste, après l'attachant La première étoile, livre un conte chaleureux et familial avec 30° COULEUR. On est bien loin de la relative justesse de La première étoile, mais on fait face à une comédie pas plus mauvaise que la moyenne, juste vite oubliée, maladroite et mal écrite. Reste une dernière partie bizarrement réussie. Glenn Close, elle, était nommée aux Oscars pour son rôle dans ALBERT NOBBS, ou elle joue effectivement très bien une femme qui se fait constamment passer pour un homme. Elle est parfaite, tout comme celle qui l'accompagne, d'un naturel époustouflant, Janet McTeer. Sauf que toutes les bonnes intentions, et l'impeccable jeu de ces deux actrices sont totalement plombés par un académisme étouffant, et des longueurs interminables. Quant à l'histoire d'amour entre les deux jeunes (Mia Wasikowska et Aaron Johnson), elle est simplement imbuvable. On termine avec AVENGERS, le truc avec les super héros dedans, navet qui s'assume. C'est très long, particulièrement inutile, même si, moi qui ne connaissait aucun des super héros sinon de nom, j'ai été très surpris d'Iron Man (grinçant Robert Downey Jr.), et de Hulk (excellent Mark Ruffalo). Sur le reste, ennui total.

 

1 étoile bis

 

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Au rayon grosses déceptions, le nouveau Spielberg, terriblement long et ennuyeux, très manichéen. La musique apporte au film cette impression navrante que chaque plan est le dernier, chaque cadrage le plus sublime, le plus intense. On attendait beaucoup, on se retrouve avec un pseudo-conte philosophique estampillé grand public familial. CHEVAL DE GUERRE est une longue et grande déception, une fresque poussive et insupportable. De même, Meryl Streep, si elle excelle à faire passer Margaret Thatcher pour Tatie Danielle, elle ne parvient pas à sortir LA DAME DE FER d'une retraite apaisée à l'odeur de naphtaline. Le film est consensuel, vite vu, n'apporte aucune réflexion, aucune nouveauté, et se contente de filmer, très longuement, les vieux jours que coulent une grande dame historique, qui aura apporté énormément de mal autour d'elle. En la faisant passer pour un ange qui s'excuserait presque des « petites erreurs » qu'elle a commises, Phillida Lloyd réussit à rendre Thatcher plus détestable qu'elle ne l'était déjà!

 

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Au rayon purges d'auteurs, deux films russes, terriblement longs, terriblement bavards. Deux clichés du cinéma d'auteur entre quatre murs, qui n'intéresse guère plus que les critiques de cinéma et les cinéphiles pointus et qui aiment se faire suer pour une scène de 20 secondes du film. ELENA et PORTRAIT AU CREPUSCULE, malgré des intentions comme toujours bien tournées (dépeindre la société russe dans tout ce qu'elle a de sombre, de restrictif et de violent), et malgré des comédiens au jeu puissant, n'arrivent pas à convaincre et n'engagent pas à continuer de voir des films de ce genre...

 

martha-marcy.jpg

 

Au rayon mauvais films, tout simplement, ça se bouscule au portillon: une comédie fast-food aussitôt vue, aussitôt digérée, RADIOSTARS, ou l'outrance le dispute à la bêtise; un truc pompeux et prétentieux, qui raconte peu et tourne à vide, mais partait d'une bonne intention, MARTHA MARCY MAY MARLENE; un film d'animation, LES PIRATES: BONS A RIEN, MAUVAIS EN TOUT, bien loin des précédents du genre (Wallace et Gromit, Chicken Run), qui ne nous fait même pas passer un bon moment, et s'attache à une vaine, longue et futile histoire de pirates, j't'en foutrais des pirates de l'année moi; un pseudo thriller français, POSSESSIONS, au quatuor d'acteurs particulièrement mauvais (Julie Depardieu-Jérémie Rénier-Lucien Jean-Baptiste-Alexandra Lamy), très long et qui nous laisse sur le quai, alors qu'on attendait pas mal du réalisateur du Fils de l'épicier. Quant aux trois films qui suivent, ils font partie de cette catégorie de films « pliés d'avance », tu sais qu'ils seront pourris, au mieux tu vas les voir parce que tu en attends vaguement une surprisounette, au pire, et en général c'est pour ça, tu y vas pour cracher dessus: COMME UN CHEF, MINCE ALORS, PROJET X.

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8 mai 2012 2 08 /05 /mai /2012 19:01

9 FILMS

Coups de coeur

 

EN BREF:

Deux mois de vide intense sur ce blog, deux mois de disette cinématographique, dûe à de nombreux facteurs extérieurs (déménagement, vacances, boulot). Les mois qui suivent risquent d'être également perturbés (toujours pour les mêmes motifs), aussi je vais mettre en place mon petit rythme hebdomadaire, avec par semaine mon avis sur les films sortis. Et puis, en deux temps trois mouvements, je vais rattrapper mon retard, avec d'abord ces neuf coups de coeur, puis avec l'évocation des 25 autres films dont je n'ai rien dit.

 

OSLO, 31 AOÛT

Joachim Trier

 

oslo 2

 

Un film sombre à l'écho obsédant, et à la poésie mortifère lumineuse. Joachim Trier nous entraîne peu à peu dans une ambiance, et dessine d'un trait teinté d'une sourde rage le parcours, sur une journée, d'un jeune homme, Anders, tout juste sorti d'une cure de désintoxication. Le film commence par une tentative de suicide, qui échoue. Puis se poursuit, sur toute sa longueur, sur une tentative de reconstruction, une sorte de renaissance, à laquelle on veut croire. Superbement filmé, le film laisse voir des mirages d'espoir, une mélancolie constante, contrebalancée par quelques scènes poétiques foudroyantes (on pensera évidemment à cette fameuse scène ou des volutes de fumée s'échappent d'un extincteur alors que quelques jeunes sont sur des vélos, en pleine nuit, avant l'aube). Une fois passée la longueur des premières scènes, Oslo 31 août se révèle peu à peu être un grand film d'ambiance. Anders Danielsen Lie, l'acteur principal, est une très belle révélation, donnant à son personnage l'ambiguïté nécessaire pour nous perdre entre deux hypothèses finales possibles. Deux mois après la vision du film, on en retient une chronologie très précise, une ambiance qui s'est insinuée durablement en nous, la subtilité de certaines scènes (celle de l'entretien notamment, ou encore celle de deux anciens amis qui se retrouvent sur un banc). Et surtout, on se rappelle qu'à la fin, le vide ressenti dans ces plans d'Oslo désert est immense. Mais on n'avait pas tant tort que ça: la renaissance du personnage, à laquelle on croyait vraiment, se clôt vraiment sur un envol, à l'intensité bouleversante.

76%.

 

HASTA LA VISTA

Geoffrey Enthoven

 

hasta la vista

 

Au départ, rien n'engage à aller voir le film, dont l'affiche et la bande-annonce font peur. Et puis on y va, guidé sans doute par des échos positifs, et une histoire plutôt loufoque (trois handicapés veulent aller en Espagne dans un bordel pour ne pas mourir puceaux). Histoire qui n'a d'ailleurs plus rien de loufoque au final. On rentre tranquillement dans le film, toute la partie des préparatifs du voyage est plutôt amusante, et nous fait attendre, avec une petite impatience qui monte, ce départ vers l'Espagne. Arrive l'heure du départ, et surgit sur l'écran ce chauffeur, Claude, qui les conduira à bord de son minibus vers Punta del Mar, là ou se trouve ce bordel, "pour les gens comme eux". A partir de là, le film devient un petit bijou d'humanisme et de simplicité. Geoffrey Enthoven tient ses quatre protagonistes en respect, le tout est filmé dans l'ambiance chaleureuse et sympathique d'un bon feel-good movie. On s'attache très vite aux personnages, et tout est amené avec beaucoup de finesse (lorsque Claude nettoie Philip, ou lorsque Joseph parle avec Claude). On s'amuse vraiment, le rythme est soutenu, les acteurs excellents. Certaines séquences sont vraiment touchantes, d'autres rêvées (celle du camping sauvage, "hôtel mille étoiles", est juste parfaite). Et arrive la partie en Espagne. L'état de Lars se dégrade, et le film se transforme en flot continu d'émotion sur les quinze dernières minutes. Comme dans tout bon feel-good movie, Enthoven fait triompher l'amour, l'amitié, le voyage... Mais il fait aussi triompher le sexe, hors de toute différence, dans cette scène ou les trois, lestés de leur handicap, semblent avoir trouvé une satisfaction pleine et entière dans l'heure qui a précédé. On sort de la salle avec une légèreté incroyable, et un état d'esprit positif pour quelques jours au moins. Hasta la vista est une fraîcheur, une oeuvre qui suinte l'amour, la vie, et l'inénarrable capacité qu'ont les hommes, quand ils le veulent, à se respecter.

74%.

 

TYRANNOSAUR

Paddy Considine

 

tyrannosaur

 

Dans la veine du cinéma social de Ken Loach, Paddy Considine réalise un Tyrannosaur sorti des tréfonds d'une province anglaise défaite et déprimée, avachie et dont on sent d'ici l'odeur de renfermé. Son film est d'une violence inconsidérable, d'une noirceur profonde, de laquelle on pense qu'on ne sortira jamais. Très bien rythmé, le film est pourtant long. Parce qu'il met du temps à installer une intrigue particulièrement éparpillée, qui met en jeu la vie entière de deux êtres (violence conjugale, mort d'une épouse, alcool, chômage...). Parce que c'est une rencontre au long cours qui est montrée ici, de manière simple et rugueuse, tragique aussi. Considine réussit un film social plus noir que ce qu'à jamais fait Loach, et installe sa signature dans de nombreux silences, déchirés par des coups, des pas, des éclats de voix. Les deux acteurs principaux sont époustouflants: Peter Mullan, exceptionnel, dont le personnage semble résigné, prêt à renoncer; Olivia Colman, bouleversante tant elle parait simple et dont la vie devient pourtant un supplice. Leur rencontre déjoue les pièges, et rentre dans une complexité quasiment suffocatoire. Et pourtant, empêtré dans une histoire ou les noeuds sont nombreux, Considine parvient à extirper un début d'espoir, un combat qui reprend, et une vie qui se remet à flot. Contre toute attente, le film devient très beau.

73%.

 

L'ENFANT D'EN HAUT

Ursula Meier

 

l'enfant d'en haut

 

L'enfant d'en haut est un film très particulier. Parce que d'emblée, il n'est pas ouvert. L'enfant dont il est question, et cette fille avec qui il habite, sa soeur surement, sont enfermés dans leur univers. Lui dans sa débrouille, ses manigances pour voler du matériel de ski et le revendre, pour pouvoir subsister et subvenir aux besoins de sa soeur. Elle dans sa vie qui part en vrilles, et dont on ne saura pas grand chose des allées et venues. La caméra semble observer cela, de dehors. La dramaturgie est telle que le spectateur ne semble pas invité, laissé en dehors de cette solitude immense que dégagent ces deux êtres délaissés. Et pourtant, L'enfant d'en haut s'insinue, tranquillement, doucement, sans brutalité, malgré la violence de l'histoire et la colère d'un enfant, empêtré dans un rapport marchand, même lorsqu'il s'agit d'un simple câlin, avec sa présumée soeur. Et l'émotion vient, par à-coups. Le film est buté, complexe, et laissera une trace. Kacey Mottet Klein, après avoir été un Gainsbourg enfant inoubliable, révèle ici une imperméabilité de façade inouïe aux attaques qui lui sont faites. Il bouleverse lorsque se fissure cette façade sûre et intangible: il cherche une trace d'amour, de réconfort. Léa Seydoux est parfaite en écorchée courant d'air mystérieuse, qui cherche à reprendre sa place dans le cocon familial, mais a du mal à y parvenir. L'enfant d'en haut nous tombe dessus de la même manière que les évènements de la vie leur sont tombés dessus. Et c'est un choc.

70%.

 

INDIGNADOS

Tony Gatlif

 

indignados.jpg

 

Quel cinéaste, mieux que Tony Gatlif, pouvait rendre hommage, et rendre justice au combat des Indignés? Aucun, et ça se voit, même dans les maladresses. "Face à l'urgence, j'ai poussé un coup de gueule. Face à l'urgence, j'ai pris ma caméra. J'ai fait un film, tout de suite, tout seul, avec mes propres moyens." Quel autre cinéaste aurait eu le courage de dire cela, et de le faire? Aucun. Son film tout entier est habité par l'urgence, avance grâce à cette urgence. Un documentaire qu'il a tissé autour d'un fil rouge, une clandestine africaine qui arrive en Europe par la Grèce, et qui se rend compte de l'état délétère des sociétés européennes, qui a quitté l'Afrique pour trouver un meilleur, et se retrouve, presque malgré elle, dans la contestation. Gatlif, dans son désir d'englober et de relier tout (clandestins, Roms, Indignés), brasse parfois de l'air, mais sa sincérité, son audace et sa spontanéité l'emportent à chaque fois. On trouve comme d'habitude une poésie propre à Gatlif, cet art de montrer les détails avec fougue et vivacité (des oranges qui dévalent une ruelle, une pomme donnée de main en main au ceur d'une manifestation, une canette qui roule sur le bitume brûlant). On entend aussi une musique, un rythme lancinant et entêtant, signé Delphine Mantoulet, femme de Gatlif et créatrice de merveilles rythmiques. On sent aussi l'agitation parfois vaine d'un homme qui ne sait pas canaliser ses colères (dans ces citations maladroites d'extraits du livre de Stéphane Hessel, pas forcément bien senties, et illustrées au pied de la lettre, comme dans ce poulailler, ou la poule se fait bouffer par le renard...). Le film n'aura et ne sera vu que par des gens acquis à la cause indignée, malheureusement, mais il est toujours important que de tels films soient faits, surtout lorsqu'ils procurent un sentiment de cinéma, d'urgence et de militantisme aussi important.

69%.

 

38 TEMOINS

Lucas Belvaux

 

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Comme à son habitude, Lucas Belvaux semble nous proposer un polar sombre et à la réflexion non dénuée de fondements. Le casting de choix - Attal, Quinton et Garcia - annonce un bon film. Et pourtant, le film n'attirait pas l'oeil. C'est d'ailleurs une de ses remarquables qualités: avec une grande pudeur, le film est loin d'être tape-à-l'oeil. On ressort de la salle tout bizarre, impressionné par une rigueur qui force le film à pêcher un peu par son rythme, mais oblige aussi une écriture solide, et une réalisation méticuleuse, qui laisse une impression très forte. En racontant un crime par l'unique point de vue des témoins, Belvaux réalise une oeuvre originale, à la force inattendue. Le film est passionnant d'un point de vue éthique et moral (tout le monde a entendu cette femme crier, et pourtant personne n'a rien fait, ni même décroché le combiné pour appeler la police - qu'aurions-nous fait?), comme il est passionnant sur le simple point de vue du cinéma (dans cette ville du Havre, qui intéresse tant les cinéastes actuellement, la manière dont est filmée cette rue, artère passante mais amorphe, réunie pour quelque jours autour d'un deuil, ou cette ville port, si morne, si pesante, comme éloignée des réalités). Un homme osera avouer à la police que tout le monde a entendu, se mettant ainsi tout le quartier à dos. Yvan Attal est bouleversant, dans cette scène notamment de confessions nocturnes à sa femme (Sophie Quinton, parfaite), qui croit au matin avoir rêvé. Le scénario est très maitrisé, même s'il laisse peu de libertés aux interprètes, qui débitent parfois un texte un peu trop précis. Mais sur cette scène finale de reconstitution, intense, on oublie les défauts du film, qui laisse son spectateur pantois, questionné, et impressionné.

67%.

 

UNE BOUTEILLE A LA MER

Thierry Binisti

 

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Sur une histoire somme toute assez classique (petit état des lieux en Israël et en Palestine, à la suite d'une bouteille jetée à la mer, avec un message empreint de curiosité à l'intérieur), Thierry Binisti tisse un récit épistolaire très convaincant, filmé avec beaucoup de simplicité. Il fonde sa force sur une sobriété éclatante, aussi bien dans la mise en scène, juste et efficace, que dans l'écriture, qui gagne très vite en puissance. Le film joue beaucoup sur notre propre rapport au temps, et vient questionner celui-ci avec intelligence. Dans les lettres, les deux personnages (une française en Israël, un palestinien) s'écrivent au départ au conditionnel, pour évoquer leur rencontre, puis au futur, que l'on sent proche, puis au présent. Et c'est de là que naît l'émotion, quand deux personnages se rapprochent tant qu'ils s'influencent directement. Binisti mise sur des seconds rôles très solides, tous très bien construits (Abraham Belaga, Jean-Philippe Ecoffey, Hiam Abbass), et sur un jeune casting parfait (Agathe Bonitzer et Mahmoud Shalaby), qui tient le film avec vigueur. Le film est simple, beau, et fort.

66%.

 

EN BREF

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ZARAFA

Rémi Bezançon, Jean-Christophe Lie

Un très joli dessin animé, très classique, très gentil. C'est vraiment beau, le trait est clair, presque enfantin, la bande originale est un régal pour les oreilles. Quant à l'histoire, bien écrite, elle laisse rêveur. Une petite magie familiale distillée avec délicatesse, humanité, générosité.

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LE ROI LION

Roger Allers, Rob Minkoff

Quelle émotion, de voir pour la première fois sur grand écran, un miracle de film d'animation, aux chansons enchanteresses, que l'on ne se lasse, durant la projection, de fredonner. Que de souvenirs, de traumatismes aussi (Scar et les hyènes), de tristesse (ça fait encore et toujours le même effet, ce vrombissement dans le canyon). On ressort de là en enfance, avec sur le bout des lèvres des chansons, qui suffisent à résumer tout. Et surtout, on se rend compte à quel point Le Roi Lion est entré dans les mémoires, et dans le quotidien, dans des phrases ou des expressions. Réjouissant!

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11 mars 2012 7 11 /03 /mars /2012 14:36

festival d'hiver

 

LES INFIDELES

Bercot, Cavayé, Courtès, Dujardin, Hazanavicius, Lartigau, Lellouche

 

2 étoiles

 

EN BREF:

Un film à sketches très inégal. Relativement amusant en général, mais souffrant d'un gros manque de rythme. A voir cependant pour quelques petites fulgurances: Sandrine Kiberlain, Guillaume Canet, et une question, réalisée par Emmanuelle Bercot.

 

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Après la petite polémique sur l'affiche (qui aura au moins permis au film de se payer une bonne opération de com), ces Infidèles intriguaient. D'avance, on savait qu'il pouvait y avoir de très bonnes choses, en voyant tous ces noms associés au projet (Bercot, la coscénariste de Polisse, Lartigau, réalisateur de Prête-moi ta main, Cavayé, qui a commis deux excellents polars, Pour elle et A bout portant, Hazanavicius, qu'il serait indécent de présenter, et bien sur le tandem, réjouissant à première vue, Dujardin-Lellouche). Un seul nom qu'on ne connait pas: Alexandre Courtès, qui pourtant est l'auteur du seul sketch véritablement drôle (Les Infidèles Anonymes), et des (hilarantes) pastilles ponctuant certains sketches. L'histoire est foutraque, balancée entre l'humour, une petite réflexion sur l'amour et l'infidélité, et les petits drames de la vie amoureuse masculine. En gros, deux personnages masculins pour chaque sketch, et des situations qui s'enchaînent pour relater de vagues adultères, des flagrants délits, des dragues qui tombent à l'eau, des amours passagères... Le tout exploité dans un montage pas forcément très cohérent, dans un film qui a du mal à se tenir, et qui semble vouloir partir dans beaucoup de directions, sans en retenir spécifiquement une.

 

[Les] démêlés sexuels ou amoureux ne dégagent pas tous la même saveur ou la même originalité. C'est la règle du film de sketches, elle veut que les uns et les autres soient inégaux en réussite. (...) Et dans ce panel de sensations tout en contrastes, le meilleur vient du duo Jean Dujardin-Alexandra Lamy.

Ouest France


La déception est à la hauteur de l'attente, pas extrême, parce qu'on ne s'attendait à rien de bien profond. Seulement on s'attendait à plus de rythme, plus d'efficacité, plus de franche rigolade. Les premières minutes du film sont assez plaisantes, les préliminaires sont assez cocasses (prologue réalisé par Fred Cavayé), Dujardin et Lellouche se moquent allégrement d'eux-mêmes, ce qui est en soi bon signe. En revanche, dès qu'on passe au premier sketch, La Bonne Conscience, réalisé par Hazanavicius, on commence à s'ennuyer. Parce que le personnage ne va nulle part, qu'il hésite et s'interroge sans que se dessine pour le spectateur le moindre enjeu. Isabelle Nanty est décevante, n'arrachant même pas un petit rictus. Les jeux de mots sont bancals, les chambres d'hôtel peu intéressantes, et la solitude du personnage désolante, loin d'être touchante, beauf qui ne s'assume pas. Le deuxième sketch, Lolita, réalisé par Eric Lartigau, est sans doute le plus navrant du film: écriture plate, Jean Dujardin ridicule, tonalité opposée au reste du film. Gilles Lellouche, qui s'entiche d'une jeune étudiante, n'est pas crédible une seconde, et les personnages sont antipathiques au possible, dans un sketch qui s'étire et s'étiole complètement. A chaque sketch, Dujardin et Lellouche changent de personnage, et campent chacun cinq rôles différents. Seulement on ne discerne jamais le personnage de l'acteur, aussi ne voit-on que deux personnages durant tout le film: Jean Dujardin et Gilles Lellouche.

 

Le film laisse une impression étrange. Hormis les quelques gags potaches, l'ensemble tire du côté de l'autoportrait satirique du duo bankable en hommes mariés quadras totalement immatures, obsédés sexuels et dragueurs lourds ne parvenant pas à se défaire d'une sentimentalité détraquée.

Libération


A ce moment du film, on commence à désespérer légèrement. Les yeux picotent, l'attention faiblit, les zygomatiques sont à plat. Et jaillit à l'écran, de manière inattendue, une tête affublée d'un masque de cochon dans un plan SM avec femme suspendue et fouettée, au fond d'un garage. La porte s'ouvre, le fils de l'homme-cochon s'exclame: "dis, papa, quand la dame aura fini, je pourrais faire de la balançoire?". Yes! En une pastille humoristique, l'attention est revenue au maximum. Et on apprend, au générique, que celui qui a commis cet horrible mais jouissif interlude est le seul inconnu au bataillon, Alexandre Courtès, dont on aimerait entendre parler à l'avenir. Il est le seul qui parvienne à faire rire, et franchement: avec ses deux autres pastilles, dont une ou Canet se fait surprendre dans son appartement par le départ de son amante d'une nuit et l'arrivée simultanée de sa femme, et l'autre avec Lellouche coincée dans une prostituée. Trois pastilles qui fonctionnent, et ponctuent le film d'un peu de vraie beauferie, parce qu'on y allait quand même pour cela! A noter qu'il est celui qui a réalisé le seul sketch vraiment hilarant, ou il réunit les personnages de ses pastilles humoristiques dans une réunion d'Infidèles Anonymes. Sandrine Kiberlain et Guillaume Canet y sont particulièrement délicieux, suffisants à conseiller le film.

 

Si l'ensemble manque de cohérence, la faute à une écriture lourdaude qui ne permet pas d'éviter les lieux communs et les retournements les plus prévisibles, quelques échappées (qu'elles soient potaches ou plus dramatiques) permettent au film de faire amende honorable.

Critikat.com


Etonnemment, ce que l'on retiendra du film, c'est un regard. Celui, profondément amoureux, échangé entre Jean Dujardin et Alexandra Lamy, dans un superbe court-métrage, le seul vraiment profond et, contre toute attente, quasiment poignant. Celui réalisé par Emmanuelle Bercot, seule femme à réaliser dans ce film collectif, La Question. Pour la première fois de sa carrière, Alexandra Lamy touche profondément. Bercot sait filmer un amour dense, une scène de ménage complète et complexe, qui se ponctue, justement, dans ce sublime regard, sur lequel on aurait aimé rester plus longtemps. Malheureusement, Dujardin-Lellouche tirent un trait sur cette fulgurance, en réalisant une des fins les plus moches possibles, gâchant de ce fait une bonne partie du relatif plaisir trouvé à regarder le film. Partant à Las Vegas, le tandem, qui réalise l'épilogue, s'embourbe dans un grand n'importe quoi, et désole quelque peu. La fin, même si l'idée est au final assez amusante, restera très longtemps comme une des plus loupées, Dujardin et Lellouche n'ayant pas su canaliser leur délire, démesuré et absurde. Générique, ouf, le dernier plan est sur Sandrine Kiberlain avec sa chorale. Allez, petit sourire, et on passe son chemin, déçu et content à la fois.

 

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53%.

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8 mars 2012 4 08 /03 /mars /2012 22:58

festival d'hiver

 

LA DESINTEGRATION

Philippe Faucon

 

2 étoiles

 

EN BREF:

Un film discret, simple et un peu maladroit sur un sujet fort et souvent stigmatisé. Philippe Faucon filme la radicalisation d'un jeune homme avec une certaine finesse, mais sans atteindre le coup de poing qu'on attendait.

 

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Lille, aujourd'hui, au coeur d'une cité, plutôt paisible au premier abord. Philippe Faucon installe son histoire dans une famille comme il y en a tant, qui parait totalement intégrée dans le système français. L'ainé va épouser une française qui mange du porc, le deuxième, Ali, semble être doué à l'école, la troisième est une jeune fille comme les autres. La mère, pilier familial, accepte, non sans discussions, les choix de sa progéniture, et les laisse libre d'accorder ou non leur importance à la culture et aux rituels musulmans. L'intégration parfaite au sens de la définition qu'on donne au mot, mettant donc de côté la précarité dans laquelle elle s'inscrit le plus souvent. Intégration vite mise à mal aux yeux d'Ali, qui ne parvient pas à trouver un stage dans une entreprise. Pourtant sa lettre de motivation est comme celle des autres, bien écrite, son CV est peu conséquent mais suffisant pour trouver un stage. Reste son nom, qui reste discriminé malgré les "efforts d'intégration". Au moment ou Ali devient vulnérable face aux choix qui se présentent à lui, un homme, à peine plus vieux, mais au charisme indéniable, l'entraîne peu à peu vers une frange radicale de l'islam. Faucon filme l'endoctrinement, la vulnérabilité, la désintégration progressive d'une société qui se fiche d'une jeunesse laissée pour compte, et débouche sur l'irréversible.

 

C'est à la fois impressionnant et désarmant. (...) la sécheresse du cinéma de Faucon nous laisse un peu perplexe.

L'Humanité


On attendait le film surtout pour son discours, brûlant et important, dans le cadre des présidentielles mais pas seulement. Et effectivement, on aimerait que son propos serve un débat pour l'instant cantonné à des polémiques incessantes sur la viande halal ou l'immigration. Le cinéaste filme un mouvement, qui semble discret mais vif, une évolution des mentalités et du cadre de vie de ces jeunes qui font partie des générations d'après l'immigration, nées en France et devant toujours se justifier de leurs origines. Il décrit ce dont on entend discrètement parler, et parait, au moins dans son propos, totalement crédible. Donc inquiétant. Les choix du cinéaste sont plutôt judicieux, le scénario est subtil, amenant le concept de désintégration avec finesse, le filmage est pudique, en contrepoint intéressant avec la rudesse du propos, et le tout se tient, bien rythmé, efficace sans être trop expéditif. On découvre l'énergie d'un jeune acteur, Rashid Debbouze, frère de, au visage intensément rageur, et aux traits très expressifs.

 

On comprend difficilement que Faucon ait voulu insister à ce point sur la séduction du mal, en allant chercher un personnage d'endoctrineur au charisme trop spectaculaire (...) Ce personnage désigne en creux le didactisme un peu raide et trop timide du film tout entier, dont la concision revendiquée le fait malgré lui prendre la forme d'une collection de problèmes et d'apories.

Cahiers du Cinéma


En revanche, malgré l'indispensable simplicité d'un film au propos si complexe (simplicité qui flirte parfois avec le simplisme), l'oeuvre souffre d'un manque de justesse. Sur le papier, on croirait dur comme fer à cette histoire, en revanche à l'écran, les seconds rôles restent inconsistants, assez mal joués. Le rôle type du "méchant", celui qui vient endoctriner ces jeunes, n'arrête pas de chuchoter ou de se donner un genre en parlant avec une voix grave et censément posée. Seulement ça ne fonctionne pas du tout, et l'acteur Yassine Azzouz donne à son rôle un aspect amateur qui va parfois jusqu'à dénaturer le propos, en rendant certaines situations purement impossibles. On attendait un coup de poing, mais le film, sans pour autant être un coup d'épée dans l'eau, n'est finalement pas si puissant que ça (malgré une fin saisissante), proposant une étude de cas certes intéressante, mais qui manque cruellement de tension.

 

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55%.

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8 mars 2012 4 08 /03 /mars /2012 21:24

BOVINES

Emmanuel Gras

 

3 étoiles

 

EN BREF:

Primaire, fascinant, burlesque, inattendu, surréaliste. Un très beau moment, qui travaille de manière étonnante l'imaginaire de la vache qui sommeille en chacun de nous.

 

bovines

 

Normandie, pas si loin que ça, dans un champ, des vaches d'élevage. Voilà l'objet du documentaire très court (une heure) que nous propose Emmanuel Gras. On est pourtant bien loin d'un documentaire animalier mainstream, puisqu'on n'apprend rien de très technique sur ces vaches que l'on regarde brouter pendant une heure, en revanche on devient coutumier de leur mode de vie, lorsqu'elles sont livrées à elles-mêmes, lorsque les hommes sont hors-champ. On rentre dans le film par strates. On découvre d'abord les étendues calvadosiennes, des vallées humides et un ciel qui varie à une rapidité incroyable. Puis on s'attarde sur la mécanique buccale d'une vache, on observe, comme on a jamais pu le faire au cinéma, des traits très marqués, des yeux profonds et de très beaux cils. Et la vie passe, arrive et s'en va. Derrière l'écran, les vaches meuglent, devant l'écran le public se mue peu à peu en troupeau, l'influence simple et cyclique de ces vaches se fait sentir. On se prend, pendant une très contemplative heure, pour les interprètes à visage humain de ces vaches. On traduit leurs émotions, on soutient leur regard. Et surtout, on se fascine pour des détails qui peuvent paraitre anodins, mais deviennent très rapidement réjouissants.

 

C'est un pari. Surprenant. Audacieux. Qui aurait pu penser qu'un jeune cinéaste inconnu parviendrait à passionner durant soixante-cinq minutes avec des vaches comme personnages ? Emmanuel Gras y parvient, pourtant, et sans effets pleurards.

Télérama


Bovines est une vraie surprise. A première vue, il n'est qu'un documentaire animalier de plus, observant le mode de vie d'une espèce sur un point de vue humain, donc faussé. Emmanuel Gras prend le contrepied de cette manière de filmer les animaux, en leur laissant le champ libre, en ne leur imposant aucune autre limite que celles de l'éleveur. Et nous fait voir ce qu'on croyait connaitre. Le mode de vie filmé ici est affolant: ces vaches-là, d'élevage de plein air, sont nées pour être dévorées par des hommes. Elles se reproduisent, grossissent et partent, sous l'oeil inquiet du reste du troupeau, dans le camion qui les emmène à l'abattoir. Le cas de la viande de veau donne au film un beau moment d'émotion, lorsque des mères voient leurs enfants partir, et suivent un moment le camion sur un chemin dénué d'espoir. Emmanuel Gras filme tout sur le même point de vue, sans nous donner aucune piste, et en nous fournissant pourtant une matière exceptionnelle, propre à faire naître les réflexions les plus censées comme les plus folles, et à repositionner notre rapport à l'environnement, aux animaux, et à ce cycle de vie qui n'a jamais paru aussi absurde que dans ce film. Bovines peut se voir sous tous les angles, et chacun en retiendra ce qu'il voudra.

 

Sans les caméras-microscopes de "Microcosmos" mais avec beaucoup de patience, le moindre détail de la vie au grand air prend un sens poétique et cosmique : l'oeil bovin forme une galaxie, la mise bas d'un veau y est tranquille et un sac en plastique flottant devient un mystérieux émissaire pour nos stoïques colocataires.

Les Inrocks


Là ou le cinéaste réussit son coup, c'est en impliquant le spectateur dans son film. En interprétant les "sentiments" et les "pensées" des vaches, on se plait à imaginer des histoires, à s'inventer des dialogues, qui passent souvent par des coups de langue (géniales scènes de la séduction et du pommier), ou une certaine gestuelle, qu'on finit par apprivoiser. Clairement, on est devant une oeuvre de sensations, totalement inédites d'ailleurs. Jamais l'intrusion d'un être humain sur l'écran n'avait autant gêné (on a envie de les bouter hors de l'écran, de leur meugler qu'on veut être tranquilles). Jamais une naissance n'avait paru si naturelle, comme allant de soi (on ne la voit pas du tout venir, découvrant à un moment qu'effectivement, un petit bout de veau est en train de s'échapper du corps d'une vache). Jamais la satisfaction d'un besoin primaire n'avait été filmée de manière si simple, si normale, presque primaire. Jamais un beuglement n'avait été aussi émouvant et n'avait autant résonné à nos oreilles. Et bien sur, jamais un documentaire animalier n'avait paru si criant de vérité!

 

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77%.

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26 février 2012 7 26 /02 /février /2012 03:09

CHRONICLE

Josh Trank

 

2 étoiles

 

EN BREF:

Un film bien plus triste que son style ne veut bien l'admettre. C'est assez efficace, parfois étonnant, mais on ne prend aucun plaisir à regarder tant le filmage est indigeste, et le propos bâclé.

 

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Seattle, aujourd'hui. Trois jeunes hommes découvrent un trou dans le sol, et décident de s'y engouffrer. A l'intérieur, une chose étrange, sorte de boule dans la paroi, que nos héros vont s'empresser de toucher. Pour devenir ainsi des super-héros, car ils se retrouvent dotés d'étonnants pouvoirs. Voilà le pitch peu ragoûtant du film. Seulement c'est bien plus intéressant que cela, puisque l'oeuvre est loin de ne se résumer qu'à un film de super-héros, mais regarde évoluer le rapport de ces jeunes à leurs pouvoirs, leur éthique. Et s'intéresse plus particulièrement à Andrew, battu par un père chômeur et alcoolique, complètement solitaire, qui regarde la vie à travers le prisme d'une caméra qu'il s'est lui-même achetée, pour immortaliser et commenter sa misérable vie. C'est un peu mélo dit comme cela, mais le scénario est très efficace sur ce versant, ne montrant que le strict minimum, pour comprendre pourquoi Andrew utilise ses pouvoirs de la manière la plus violente qui soit. Chronicle, chronique d'une jeunesse américaine bien loin du rêve américain, filmée par un représentant déprimé de celle-ci (l'acteur a 23 ans, le réalisateur n'est guère plus vieux, avec ses 27 ans).

 

Si la mise en scène était à la hauteur des personnages et de l'écriture, ces héros seraient vraiment supers.

Ecran Large


Les trois acteurs tiennent la note juste, en particulier Dane DeHaan, le personnage principal, face à des seconds rôles totalement inconstruits et laissés de côté. Seulement ils ne sont pas aidés par le choix du réalisateur de filmer tout sur un mode amateur, jusqu'à rendre son oeuvre vraiment amateur (au niveau musical aussi, d'ailleurs) aux yeux des spectateurs. Même si le choix peut se justifier et constitue un choix intéressant du personnage de Andrew, on ne peut s'empêcher de croire que ç'aurait été autrement mieux si l'image avait été plus lisible, un peu plus posée. On ne prend pas de plaisir à regarder le film, tant cette manière saccadée de filmer est fatigante. Heureusement que c'est assez court et efficace... Reste la fragilité passionnante (et c'est surement ce qui surprend le plus) d'un point de vue, avec cette caméra qui joue véritablement le rôle d'Andrew. Même si le cinéaste déroge parfois à la règle, en prenant les images de caméras d'autres personnages du film. Le montage est parfois maladroit, l'effet que produisent ces coupes incessantes en plein milieu d'une phrase est assez frustrant, même si les phrases coupées n'ont jamais rien d'intéressant.

 

Ce n'est pas la première fois qu'Hollywood affiche, en toute conscience de soi, un savoir sur la signification psychologique de ses conventions. (...) Mais ici, le ton est plus pessimiste, le regard plus sombre, la vision dénuée du moindre lyrisme.

Le Monde 


Et c'est ici qu'on touche du doigt le paradoxe du film: les dialogues sont souvent niais, très mal écrits, le filmage est horrible et l'image le plus souvent moche (excepté lors d'une assez géniale scène aérienne), mais le propos qu'implique l'histoire est, lui, intéressant, vraiment surprenant pour un film de la sorte, on était loin de prévoir que le film allait être, dans sa manière d'être fait et de dire les choses, une oeuvre triste et partiellement réaliste. Du coup, Josh Trank réalise un objet pas vraiment abouti, et qui laisse un peu perplexe. Ce que le réalisateur veut (un film qui soit autrement que ce que l'on en attend - et il l'est), ce que le réalisateur montre (une jeunesse un peu désespérée, qui n'aspire plus à aucun idéal), il le démonte par une dernière partie inutilement étirée et casse-gueule (cette scène de bataille à Seattle, poursuite improbable entre policiers et hommes volants), et le conclut avec maladresse, avec cette fin, qui parait totalement bâclée, et est évacuée avec une vitesse déconcertante.

 

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55%.

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26 février 2012 7 26 /02 /février /2012 02:16

 festival d'hiver

 

LA TAUPE

Tomas Alfredson

 

2 étoiles

 

EN BREF:

Un film d'espionnage dense et complexe, duquel on ne retient, après une semaine, qu'une ambiance retransmise avec virtuosité, une bande originale envoûtante, des acteurs lumineux, mais aussi de nombreuses longueurs.

 

 la taupe 2

 

On est bien d'accord, on ne va pas au cinéma pour ne plus penser, ou alors à quelques exceptions près. On n'y va pas non plus, en général (quoique parfois, on aime bien), pour se prendre la tête. La Taupe fait partie de la seconde catégorie: on sait qu'il va falloir suivre et que les neurones ne seront pas laissés de côté. On ne s'attendait tout de même pas à cette complexité là, difficile parfois de démêler le qui du quoi, le qu'est-ce du comment, le où du quand. Heureusement on comprend le jeu global, cet échiquier sur lequel chacun des hommes à la tête des services secrets britanniques joue un rôle (sous-entendu dans le titre original, impliquant vraiment cette notion de "jeu": Tinker, Tailor, Soldier, Spy). Le moins que l'on puisse dire, c'est que l'on ressort mitigé de cette seconde oeuvre du cinéaste de Morse, tant la chose, à chaud, reste partiellement insondable. On est sur d'une seule chose: c'est long. Mais très maîtrisé.

 

Un épatant travail de reconstitution. C'est justement là la beauté du film. Ce décorum envahissant, cette criarde modestie du tweed, sont au diapason des personnages, papys tranquilles menant une guerre d'autant plus redoutable qu'elle est feutrée.

Les Inrocks


L'histoire, en grandes largeurs, c'est celle d'un lieutenant des services secrets britanniques, Smiley, mis à la porte après une mission manquée en Hongrie, au début des années 70, en pleine guerre froide (fin de période de la détente). Celui-ci sera secrètement réengagé par des services gouvernementaux, pour débusquer une présumée taupe soviétique au coeur des services secrets. Le nombre des suspects se porte à cinq, tous au "conseil des sages" des services secrets au moment de la mission râtée en Hongrie: Percy Allenine (Toby Jones, parfait), Easterhaze (David Dencik, un peu inconsistant), Roy Bland (Ciran Hinds, comme toujours très convaincant), Bill Haydon (Colin Firth, très bien) et Smiley lui-même (Gary Oldman, qui tient le film à bout de bras, de manière crédible et dans une sorte d'effacement assez impressionnante). Qui? C'est évidemment la question qui hante le film et crée l'attente, même si on se doute relativement rapidement, puis avec persistance, du nom de la taupe. Sur ce point, Alfredson n'a pas joué très fin, et la taupe est bien sur l'homme qu'on attend le moins, le plus discret, celui auquel on ne reproche rien.

 

Outre l'interprétation remarquable d'excellents acteurs (...) "La Taupe" vaut pour ses décors, ses costumes, sa musique, son rythme, ses faibles lumières. (...) dans la dernière partie, le spectateur, depuis longtemps égaré (...) pourra crier grâce face à la multiplication des pistes.

La Croix


Le film, lorsqu'il reste au sein des services secrets, ou dans l'enquête que mène Smiley pour débusquer la taupe, reste assez clair, et intéressant à suivre. Les dessous des services secrets britanniques de l'époque sont passionnants, et il est tout à fait pertinent d'adapter cette histoire aujourd'hui. Mais dès lors qu'arrive dans l'histoire ce mystérieux Karla, on a un peu plus de mal. Quels rapports exactement Smiley a-t-il entretenu avec cet espion russe? Que vient faire Ricky Tarr, cet envoyé spécial en Turquie, qui rencontre une femme, Irina, qui elle-même prétend détenir des informations..., dans cette histoire? Si le scénario, évidemment, gagne en densité avec cette intrigue pas si secondaire que cela, il perd aussi en clarté, et nous perd parfois dans des méandres pas forcément intéressantes (on se serait bien passé de cette partie turque, ou de ce retour improbable en Grande-Bretagne). On aurait préféré que le film se resserre sur le personnage de Smiley, et étudie un peu plus les caractères de chacun des suspects. Les longueurs auraient ainsi été évitées, l'attention aurait été totale. D'autant que l'ambiance de toutes les scènes en Grande-Bretagne est particulièrement bien retransmise, et constitue une raison suffisante de voir le film, tant les détails sont foisonnants et passionnants. Dans les locaux des services secrets, toutes ces habitudes de fonctionnements, ce protocole continuel étouffant, cette salle de réunion fermée et feutrée... De même dans les rues, les appartements, toujours le même souci du détail, où l'on voit que le film a été travaillé, véritablement conçu et reconstitué pièce par pièce. Le travail est visible, le grain à l'image totalement cohérent, et l'ambiance renforcée par les envoûtantes envolées de clarinettes, entre-autres instruments, de Alberto Iglesias. Techniquement, un film très abouti, mais surement un peu trop ambitieux au niveau des nombreux virages de l'histoire. Légèrement resserré, concentré sur un noyau dur, l'oeuvre aurait pu devenir un grand film d'espionnage.

 

la taupe 

 

64%.

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18 février 2012 6 18 /02 /février /2012 01:15

TERRAFERMA

Emanuele Crialese

 

Quatre étoiles

 

EN BREF:

Un film qui tient à coeur, et au coeur. Le propos est violent, crucial, engagé, mis en valeur par une mise en scène sobre et fine. L'oeuvre est profonde et bouleversante.

 

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Une île, au Sud de l'Italie, trop petite pour être sur la mappemonde, assez grande pour accueillir des touristes en goguette. Une île volcanique, n'ayant qu'une seule plage pour satisfaire les envies de baignade des visiteurs. La population locale, pendant les deux mois estivaux, travaille d'arrache-pied, et fait reposer sur ce tourisme son économie locale. Filippo, un autochtone, pêche avec son grand-père, sur le bâteau de son défunt père. Pour subsister dans la tradition, mais en payant le prix d'une vie précaire et compliquée. Alors cet été-là, l'appartement familial va être loué, et Filippo vivra dans le garage, avec sa mère. Emanuele Crialese crée un contexte social, décrit une microsociété, montre la communauté et des valeurs, vite balayées par un besoin vital de subsistance. Et dans ce contexte, il inscrira son propos engagé. En mer, Filippo et son grand-père, par un concours de circonstances, se verront obligés d'embarquer sur leur bâteau six naufragés, des clandestins. Ils ne le voulaient pas forcément, mais la loi de la mer, celle que tout pêcheur qui se respecte est obligé de suivre à la lettre, les force à repêcher les naufragés.

 

"Une histoire suspendue entre mythe et réalité, racontée dans la langue légère et puissante des fables. Ce n'est pas un film sur l'immigration, mais sur nous-mêmes. Sur quiconque est à la recherche de sa propre Terre ferme".

Emanuele Crialese


Avec ce basculement vers un récit forcément politisé, Crialese attise le contraste saisissant qu'il dresse entre l'intérêt économique d'une classe touristique et la complexité du problème clandestin. Il va même jusqu'à tisser une romance qui se brisera sur ces mêmes contradictions. Au niveau du scénario, le cinéaste a tout bon, c'est une force d'écriture, avec un minimum de dialogues, et une infinité d'émotions, d'une grande finesse. On suit avec passion Filippo (l'acteur Filippo Pucillo possède un charme et un charisme naturels), dans sa conquête féminine, et dans ses interrogations face à cette femme enceinte et son fils, qu'ils ont recueilli dans l'urgence. La densité du film est sans pareil, l'étendue du propos est vaste, et c'est filmé avec une belle tranquilité, une grande patience. La réalisation est fluide, le cadre posé, le style subtil. La dynamique de Terraferma a quelque chose d'absolument unique, se laissant aller à filmer, longuement, un conseil des pêcheurs sur la justification de la loi de la mer face à la saisie, par la police, des bâteaux lorsqu'un pêcheur vient en aide aux clandestins. C'est filmé d'une manière très réaliste, et pourtant surgit, de tous côtés, le cinéma. Parce qu'il y a une dimension rêvée, symbolique, lumineuse, parfaitement rendue dans ce qu'on peut appeler un conte philosophique, l'histoire de cette femme enceinte, qui nomme sa fille du prénom de celle qui l'a accouchée, Giulietta. Giulietta, la mère de Filippo, sur qui tout est arrivé d'un coup, qui ne sait plus trop ou se mettre, et a peur de cette femme qui la bénit parce qu'elle n'a pas appelé la police (elle crève d'envie de le faire), et parce qu'elle la protège, un temps, de l'hostilité du voyage (elle a mis deux ans à venir d'Afrique subsaharienne, avec un passage dans les geôles lybiennes).

 

Dans Terraferma, tous les rôles sont tenus par des acteurs. Tous ? Pas exactement. En réalité, le personnage de Sara est interprété par une des survivantes de Lampedusa, avec qui le réalisateur a voulu travailler. Aujourd'hui, elle est installée aux Pays-Bas, s'est mariée et attend son premier enfant. A travers cette histoire, Emanuele Crialese a voulu rendre hommage à la volonté de cette femme qui a finalement réalisé son rêve.


Terraferma est une force, son détachement un rêve, son propos un cauchemar. Duquel nous avons tous une responsabilité à prendre. Réfléchir. Quelles pourraient être les solutions pour empêcher que ces femmes, hommes et enfants à la dérive (littéralement), ne soient laissés de côté, oubliés, noyés dans l'amnésie générale. Que l'on arrête de ne s'en inquiéter que quelquefois par an, quand on y pense, ou quand le débat fait rage (notamment lorsqu'une députée, dont on ne trouvera pas d'adjectif assez violent pour la décrire, dit qu'il faut tout simplement "les renvoyer dans leurs bâteaux"). De ceux-là, qui se noient, se perdent, et rarement s'en sortent bien, on se prend les revendications réfléchies et sincères dans la gueule, dans une scène époustouflante et bouleversante, lorsque Filippo, dépassé, tape sur des mains qui s'accrochent, en pleine mer et en pleine nuit, à son bâteau, sa barque d'espoir qui s'avèrera meurtrière (dur moment de l'homme échoué sur la plage le lendemain). Mais, bien loin de la résignation, Crialese se permet de faire de son film militant non seulement un très beau film de cinéma, mais aussi un espoir, avec cette superbe fuite en avant finale. Avec une simplicité désarmante, et une manière poignante de filmer l'étendue. Cette mer, qui ne décide de rien et parvient à tout enfouir, si calme et si hostile à la fois, nous laisse plonger dans son abîme, et nous donne à chacun l'obligation de ne pas oublier, et d'avancer...

 

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81%.

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