Critiques des films récents, bilans mensuels... Coup de coeur, coup de blues, l'évolution du cinéma, et la mienne, aussi.
10 JOURS EN OR
Nicolas Brossette
EN BREF:
Il n'y a rien de bien vilain dans ce petit drame qui se donne gentiment bonne conscience. Franck Dubosc, pour la première fois, est quasiment touchant, et l'histoire sans conséquence se suit sans déplaisir.
On s'étonne de voir Franck Dubosc associé à ce projet-là, et pourtant au final l'émotion qu'il apporte n'est pas négative, ni négligeable. Pire encore, c'est la première fois qu'il parvient à nous émouvoir. Si bien qu'arrivé un point, on s'oblige à ne pas pleurer, en se disant "non, coco, tu ne pleures pas, c'est Franck Dubosc". Pour l'honneur... On va donc voir le film sans rien en attendre, et même avec l'envie de pouvoir cracher aisément sur des bons sentiments assez nauséabonds. La bande-annonce est ridicule, ne donne pas du tout envie (d'ailleurs les chiffres du box-office sont au diapason avec la bande-annonce). Le scénario s'installe très rapidement, il n'y a pas beaucoup de personnages. Il y a un commercial, Marc, qui vante ses produits, mais qui en dehors de ça ne fait pas grand chose de sa vie. Par hasard, suite à une rencontre inattendue, il donne son contact à une femme, "si elle a besoin de quoi que ce soit". Elle prendra l'offre au pied de la lettre, lui laissant sur les bras un enfant, qu'il devra emmener dans le sud de la France. Elle sera expulsée dans son pays d'origine. La vie de Marc bascule ce jour-là. 10 jours en or, un titre inutilement mélodramatique, raconte donc cela, un road-movie, une adoption mutuelle entre deux êtres qui désormais seront inséparables.
Maladroits et crispés (...) ces "10 jours en or" sont encore loin de toute révélation, mais donnent sans conteste envie de rendre à [Franck Dubosc] une confiance que l'on n'avait jamais été tenté de lui faire.
Le Monde
Evidemment, on retrouve toutes les ficelles d'un roadmovie "initiatique", avec son petit lot de personnages hauts en couleur (ici, Marie Krémer, plutôt pas mal, et Claude Rich, en roue libre, et assez ridicule, tellement qu'il devient presque touchant), ses poncifs (disputes puis réconciliations, incidents puis réparations miraculeuses, apprivoisement continu, jusqu'à l'usure du spectateur), ses gros sabots, ses multiples invraisemblances... On ne sait même plus pourquoi ça finit par fonctionner. Le film est quasiment attachant, Franck Dubosc distille un charme qu'on ne lui connaissait pas, sa relation avec le petit Mathias Touré est assez touchante (même si le gosse ne parait pas assez spontané). La réalisation est plate, la musique absolument pas mémorable, le scénario linéaire, mais le tout se suit sans déplaisir. Le film se donne bonne conscience avec un sous-propos sur l'immigration et la jungle de Calais, avec une mort qu'on attendait pas là, et qui surprend. Ca pourrait repousser, on trouve finalement que ça sauve en partie un film au contenu assez maigre. Bref, il n'y a rien de très bon dans ce film, mais il n'y a rien non plus qui énerve, qui ennuie. Il y a même quelques scènes qu'on retiendra, telle celle du dîner avec une famille, très chaleureuse, ou encore quand Franck Dubosc annonce à Mathias qu'il ne reverra plus sa mère, assez touchant, même si la fin revient à un classicisme pur et dur. Sans aspérités, un bon moment de détente, qui n'est ni vilain ni stupide.
55%.