Critiques des films récents, bilans mensuels... Coup de coeur, coup de blues, l'évolution du cinéma, et la mienne, aussi.
CARNAGE
Roman Polanski
EN BREF:
Une comédie grinçante qui commence à merveille, pour se terminer en queue de poisson. Les acteurs, s'ils offrent au départ des numéros impeccables et cyniquement drôles, déçoivent à la fin. Et le film reste du théâtre filmé, sympathique mais jamais vraiment inspiré.
On ne peut s'empêcher de penser qu'au théâtre, ç'aurait été génial. Les dialogues sont ciselés, les personnages outranciers, le sous-propos plutôt fin, et les apparences géniales à décoder. Au théâtre. Parce qu'au cinéma, c'est une autre paire de manches. Polanski a des contraintes: rester 1h20 dans un même lieu, c'est le risque de tourner en rond; filmer uniquement quatre personnages, c'est le risque de s'en lasser; filmer une pièce de théâtre, c'est le risque de laisser l'outrance s'installer, et donc de perdre toute crédibilité. Deux couples de bourgeois essayent de démêler une situation a priori pas très grave: leurs deux fils se sont donnés des coups, et l'un des deux est légèrement blessé au visage. Qui paiera les pots cassés? Les quatre adultes, qui partiront d'abord dans une discussion aimable et relativement calme, ne masquant pas les tensions qui se font peu à peu jour. A force de tourner autour du problème, les parents perdent leur raison, et partent au bout d'un moment dans une discussion à couteaux tirés, ou la politesse de façade s'érode lentement, pour laisser place à un franc parler souvent acide. Le film tient sur ses quatre acteurs, mention spéciale tout de même à la méchanceté inimitable de Christophe Waltz. Point. Autrement, il n'y a pas grand chose à retenir. La mise en scène est statique, la contrainte théâtrale du coup très visible. Polanski réalise par le même coup un film assez impersonnel, ou l'on ne comprend plus ou est le point de vue du cinéaste.
Les dialogues vachards et les acteurs haut de gamme évitent de peu que ce "Carnage" ne rime avec ratage et naufrage...
Paris Match
Au départ, on suit avec plaisir ces quatre gamins d'adultes, qui en viennent aux mots durs assez rapidement, et s'échappent ainsi de la mollesse qui s'était emparée du film pendant quelques minutes. Et ça part. Une demi-heure du film est totalement jubilatoire. Les personnages sont confus, ambigüs, passionnants, énervés, et on se demande comment ça va se terminer. On prend un plaisir fou à regarder se déchiqueter ces bourgeois hors de toute réalité, enfermés dans un désir de régler des problèmes d'enfants, et qui pourtant ne le régleront pas. Christophe Waltz et son portable, ça deviendra mythique, John C. Reilly et son flegme vite envolé, Kate Winslet et sa diplomatie peu efficace, Jodie Foster et sa bonne morale en désaccord avec ses actes (la seule un rien décevante la Foster). Et puis arrive l'alcool. Ca m'a beaucoup déçu, parce que la saveur du film s'est peu à peu envolée, et le jeu totalement outré des actrices en particulier fausse un peu le jeu. Les ambiguïtés ne sont plus aussi intéressantes, et les caractères semblent se dissoudre dans les degrés du whisky. Polanski avait réussi à rendre son film captivant, et démonte chaque phrase qu'il avait si bien fait dire à ses acteurs. On passe d'un rire cruellement cynique, à une moue de déception. Et puis, cette fin, si elle est amusante lorsqu'on voit les gamins, parait tout de même totalement bâclée. On ressort donc le cul entre deux chaises, partagés entre une virtuosité des acteurs et des dialogues dans la première moitié du film, et une certaine paresse vers la fin du film, et sur certains autres aspects (musique, mise en scène, rythme...). Un petit film, qu'on oubliera très vite, et qui aurait pu être génial, de bout en bout.
55% de réussite.
Le Point FA2
Le meilleur film de la sélection, jusqu'à présent, c'est Carnage. Et c'est moyen. Et si on tient les prix d'interprétation, on attend beaucoup du Cronenberg, et on espère une jolie petite surprise du côté de 17 filles, un premier film français. Encore deux films en compétition, déjà 4 de passés, dont trois assez médiocres, et un moyen.
Le festival d'hiver, en revanche, s'annonce exaltant, avec une dizaine de sélections, une dizaine de promesses. Les plus attendus: La coline aux coquelicots, Take Shelter, La Taupe et Martha Marcy May Marlene...