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Critiques des films récents, bilans mensuels... Coup de coeur, coup de blues, l'évolution du cinéma, et la mienne, aussi.

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Moissons contrastées

CHRONIQUES DU TEMPS PERDU

 

En vrac, en travers et en bazar, voici 19 films que j'ai adoré, que j'ai détesté, qui m'ont offert des larmes, des rires, des cheveux en moins ou le cuir chevelu en feu. Par catégorie, du meilleur au moins bon, je rattrape, comme je peux, le temps perdu.

 

Quatre étoiles

 

women are heroes

 

Janvier 2011 a été, sans conteste, le mois de la femme au cinéma. Un plasticien et deux cinéastes se sont attelés avec grande réussite à donner une image de la femme dans toute sa splendeur. Et pour ma part, j'ai adoré. Pour Jr, d'abord, plasticien de son état, les WOMEN ARE HEROES. Il nous a offert un documentaire qui n'était autre qu'une sublime mise en image de la maturation, étape par étape, de son projet à travers le monde: prendre des femmes en photo et afficher leurs visages, leurs yeux en king size sur des bouts de béton, de tôle, de briques. Jr recueille ainsi des témoignages passionnants, parfois drôles, toujours bouleversants, et s'attarde avec un talent fou pour la mise en image dans les favelas de Rio, dans des bidonvilles de Calcutta..., et trouve un style pour définir chaque lieu. Le respect que l'artiste a pour ces femmes, l'originalité et l'ampleur de son projet, tout force le respect dans son film, qui nous remet au pied du mur. La force de ces femmes, leur réflexion, leur combat, on aimerait atteindre ne serait-ce que leurs chevilles en termes de courage. Ensuite, Hiromasa Yonebayashi, qui nous propose le conte très attachant et très touchant d'une chapardeuse,ARIETTY, dans le petit monde des chapardeurs. Les images sont magnifiques, la bande originale signée de la harpiste Cécile Corbel est parfaitement en équilibre avec l'univers Ghibli, l'univers est merveilleux, ce n'est que du bonheur. Quand, en plus, le film nous quitte en nous prenant par les sentiments et en filmant la plus jolie scène d'adieux depuis longtemps, on ne peut qu'être émerveillé. Enfin, dans un style beaucoup plus grave, le canadien Denis Villeneuve nous propose ses INCENDIES, qui ne pourraient mieux porter leur nom. Effectivement, le film est un feu constant, plein de couleurs, de violence et d'âpreté. La chaleur de ce feu nous fait parfois suffoquer, en tout cas je suis resté scotché au film du début à la fin, j'y ai totalement cru, et je l'ai trouvé d'une rigueur assez incroyable. Le film ouvre une dizaine de sujets brûlants, brasse des thèmes très larges, et, méticuleusement, les referme un à un non sans les avoir traité. Un film passionnant, où l'image de la femme est la pièce maitresse, pleine de poésie, de douceur et de gravité. Incendies est mon candidat préféré à l'Oscar du Meilleur film étranger cette année.

 

3 étoiles

 

meme-la-pluie.jpg

 

Le cinéma engagé offre parfois des grands films. Paul Laverty, le scénariste de Ken Loach, en sait quelque chose. Il a offert à la cinéaste mexicaine Iciar Bollain un scénario en or (combat d'indigènes mexicains pour avoir accès à l'eau, alors qu'une équipe de tournage essaie de faire son film). On ne peut s'empêcher de penser à ce qu'en aurait fait le maître du drame social réaliste. Ici, la cinéaste fait de MÊME LA PLUIEun film un peu moins réaliste, un peu plus enlevé, voir même plus poétique que la plupart de ceux de Ken Loach (toute cette fin autour de l'eau). Un pari fort et osé, qu'elle tient haut la main, bien aidée par des acteurs très en forme (Garcia Bernal, Luis Tosar, Carlos Aduviri – belle découverte). On aurait préféré peut-être un rien plus de punch, mais le tout est maitrisé, très crédible, assez cinématographique, et très consciencieux quant à son sujet. Bref, un vrai bon film, qui reste toutefois un rien trop scolaire. Engagé, Diego Luna l'est à sa manière. Dans son tout premier film derrière la caméra, ABEL, il filme le combat d'une mère contre son mari, et pour son fils, qui se prend pour son père depuis que celui-ci a quitté le nid familial. Le problème va prendre d'énormes proportions. Diego Luno réalise un film très touchant, à la fois très grave et très léger. On est forcément ému devant une virtuosité de mise en scène très discrète. Comme dans tout film sur l'enfance, il y a une fugue, mais celle-ci passe très joliment, aussi légère et insouciante qu'une fugue de Bach. Abel laisse le souvenir d'un film étonnamment interprété, finement écrit et joliment réalisé. Attachant, en somme. Comme POUPOUPIDOU, de Gérald Hustache-Mathieu, qui décrit avec froideur un univers qui finit par être attachant. Ce film est surement la surprise made in France de janvier, tant elle revêt un caractère complètement inattendu. Jean-Paul Rouve y déballe un jeu plutôt inventif, pour livrer ce qui reste comme la prestation masculine du mois de janvier. Face à lui, cette Sophie Quinton si marylinesque, si belle et maligne, si mystérieuse. A la lecture du pitch, pourtant, on n'aurait pas parié grand chose, et finalement, c'est une très belle surprise. Au même niveau que celle ressentie devant QUI A ENVIE D'ÊTRE AIME?, d'Anne Giafferi. Eric Caravaca, qui va progressivement être touché par la foi, se met en conflit avec l'évolution actuelle des moeurs religieuses, et le film est d'une simplicité désarmante. Les seconds rôles sont très bien tenus (Arly Jover, Jean-Luc Bideau, Benjamin Biolay, Valérie Bonneton), mais on retiendra surtout un très étonnant Eric Caravaca, qui trouve ici son plus beau rôle, touché par une sorte de grâce inattendue (je ne portais pas particulièrement le comédien dans mon coeur). Il y a un univers profondément attachant, si bien qu'on a envie que le film dure plus longtemps encore...

 

2 étoiles

 

femmes-du-sixieme-etage.jpg

 

Au rayon films moyens, bons films périssables de ces dernières semaines, on retiendra avant tout: un Fabrice Luchini tout en retenue face à des bonnes espagnoles dans LES FEMMES DU SIXIEME ETAGE, dont le casting est complété par de croustillants seconds rôles: Carmen Maura, Sandrine Kiberlain, Natalia Verbeke, Lola Duenas... On retiendra une comédie bien calibrée, très sympathique, très chaleureuse, mais purement inutile! On pourra également retenir une agréable confrontation entre deux acteurs comiques: Virginie Efira et François-Xavier Demaison dans LA CHANCE DE MA VIE, comédie plutôt convenue mais somme toute assez plaisante et qui parvient finalement à nous cueillir par surprise dans un ultime retournement de situation assez bien vu. Le jugement de la comédie en question se retourne à mesure que le film avance. Une petite surprise, avec un très bon second rôle pour Raphaël Personnaz. On retiendra enfin un excellent second rôle: Vedat Erincin, un imam très intéressant dans le très inégal SHAHADA, long-métrage bancal allemand, qui pourtant était prometteur. Le tout, s'il n'est pas à jeter au vu de son intérêt (très relatif, par rapport à d'autres oeuvres sur l'islam), a tout de même du mal à décoller, faute d'un scénario solide et d'une mécanique bien huilée qui aurait pu nous faire trembler. Au rayon moyens toujours, on a la déception du dernier Clint Eastwood, AU-DELA, qui filme d'une manière très classique la mort, ses questionnements et tout ce qui peut s'y rapporter, en construisant une histoire de trois personnages parallèles, histoire qui tient plutôt bien la route (sauf la partie française) jusqu'à leur rencontre. Pourtant, je n'ai pas détesté, trouvant même ici et là des fulgurances de simplicité qui caractérisent la beauté du cinéma d'Eastwood, ici tout de même à son plus bas... Très moyen également, le dernier Peter Weir, pour LES CHEMINS DE LA LIBERTE. Si la caution « belles images » était bien présente par le biais de la chaîne National Geographic qui a produit le film (les images du voyage sont souvent sublimes), la caution « scénario » était absente, et Weir aurait bien fait de prendre une bonne paire de ciseaux et de couper un bon tiers du film (qui dure 2h15; au moins trois quarts-d'heure de trop). On sort soulagés, peu convaincus d'un voyage qui ne paraît pas très crédible, et qui pourtant s'est passé. Et puis affubler le très bon Colin Farrell d'un accent russe, faudrait pas le refaire! Et puis, un film pour enfants, extrêmement naïf, AFRICA UNITED. C'est la situation politique et sociale expliquée aux enfants, ou plutôt les Bisounours font de la politique en Afrique. C'est donc plutôt rigolo, voir même par rares instants assez attachant, mais le tout s'oublie presque instantanément, malheureusement. Il y avait pourtant de belles idées, comme cette histoire racontée par un des gosses (celui atteint du SIDA, pas l'enfant soldat, ni l'illettrée, ni l'enfant prostituée – vous avez dit caricatural?), sur fond d'amitié et de dessin animé. Même mièvrerie dans LE FILS A JO, qui pourtant reste un assez bon film familial quand on a des enfants de 10-12 ans, je pense. La vision du film n'est pas désagréable du tout, les acteurs s'en donnent à coeur joie, on finit même par trouver l'ensemble attachant.

 

1 étoile bis

 

green-hornet.jpg

 

Michel Gondry, que l'on savait bricoleur, joueur, poète, avec un chef d'oeuvre (Eternal sunshine of the spotless mind), un très joli film (La science des rêves) et un film totalement foutraque mais assez jouissif (Be kind rewind), nous revient avec un film de super héros sans réel pouvoir, le frelon vert, accompagné de son acolyte, professionnel ès baston... Et dans THE GREEN HORNET, Michel Gondry semble s'éclater à faire voler en éclats tous les décors, à diriger des acteurs totalement en roue libre. Seulement problème: je n'ai pas du tout été pris, je n'ai pas vu grand intérêt là-dessous, et même s'il y a des éléments très drôles ou très bien vus (l'acolyte, campé par Jay Chou, hilarant), je me suis follement ennuyé, peu intéressé par un esprit de destruction massive (Gondry avait un gros budget, il en aura au moins profité). Moins intelligent que Kick-Ass dans son genre, ce frelon vert ne marquera pas mon esprit, comme il ne marquera pas l'industrie du cinéma. Pendant ce temps-là, entre quatre murs, Kristin Scott Thomas se fait séquestrer de manière étrange par Pio Marmai dans une salle, sous l'oeil de Lola Doillon, dont c'est le deuxième film. CONTRE TOI est une grosse déception, parce que le casting et l'histoire étaient plutôt prometteurs. Le premier film de la réalisatrice (Et toi, t'es sur qui?), ne m'avait déjà pas du tout plu, et celui-ci enfonce le clou: aucun rythme, un scénario indigent et superficiel. Les deux acteurs principaux se débattent contre le vide, et nous contre le sommeil. Et c'est vraiment dommage. De l'indigence, il y en a aussi dans RIEN A DECLARER. Enfin, pour ce genre de comédies, on préfère appeler ça de la naïveté. Dany Boon, qui nous avait offert un charmant premier film (La maison du bonheur), un deuxième film que j'avais apprécié et qui a eu le succès que l'on sait, et tombe ici dans une impeccable niaiserie. J'ai mis une étoile, pour ne pas être montré du doigt comme « celui qui crie avec les loups », mais sincèrement, le film n'a pas beaucoup de valeur, l'ensemble du casting est largement sous-utilisé, pourtant on attendait beaucoup de Bouli Lanners, Karin Viard, François Damiens ou Benoît Poelvoorde pour ne citer qu'eux. On ne rigole pas tellement, hormis sur quelques blagues, le tout est très prévisible, et la matière du film est réduite à peau de chagrin, si bien qu'une critique serait totalement inutile. Pareil pour SEX FRIENDS, ou l'arnaque du mois de février. Un film balourd, stupide et infiniment long, qui n'offre même pas ce qu'il promettait: la partie « friends » du titre est bien respectée, la partie « sex » beaucoup moins. Si bien qu'on a devant un pur produit de consommation, aussitôt vu aussitôt oublié, une comédie romantique dans les clous à ne même pas recommander pour aller s'embrasser...

 

0 étoiles bis

 

somewhere.jpg

 

L'ennui est de mise devant le nouveau film de Sofia Coppola. SOMEWHEREest son pire film, et on aimerait qu'elle revienne à des films autrement plus joyeux et/ou beaux, tels que Marie-Antoinette ou Virgin Suicides. C'est rare qu'on nous prenne autant pour des imbéciles, jusqu'à filmer, sans âme et sans chercher à être original, des halls d'hôtel, des chambres, des gens qui s'emmerdent... Au moins, les personnages doivent se sentir moins seuls, on s'emmerde avec eux. Et à la limite, on pense à tout durant le film, pratique pour planifier des listes de course, le repas du soir, les rendez-vous du lendemain... Bref, Somewhere m'a énervé, tellement il est prétentieux, et long, long, long. Un film qui n'évite rien, jusqu'à un dernier plan hyper stéréotypé. N'attendez rien de ce film. Et peut-être l'aimerez-vous.

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