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Critiques des films récents, bilans mensuels... Coup de coeur, coup de blues, l'évolution du cinéma, et la mienne, aussi.

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Terraferma

TERRAFERMA

Emanuele Crialese

 

Quatre étoiles

 

EN BREF:

Un film qui tient à coeur, et au coeur. Le propos est violent, crucial, engagé, mis en valeur par une mise en scène sobre et fine. L'oeuvre est profonde et bouleversante.

 

terraferma-copie-1.jpg

 

Une île, au Sud de l'Italie, trop petite pour être sur la mappemonde, assez grande pour accueillir des touristes en goguette. Une île volcanique, n'ayant qu'une seule plage pour satisfaire les envies de baignade des visiteurs. La population locale, pendant les deux mois estivaux, travaille d'arrache-pied, et fait reposer sur ce tourisme son économie locale. Filippo, un autochtone, pêche avec son grand-père, sur le bâteau de son défunt père. Pour subsister dans la tradition, mais en payant le prix d'une vie précaire et compliquée. Alors cet été-là, l'appartement familial va être loué, et Filippo vivra dans le garage, avec sa mère. Emanuele Crialese crée un contexte social, décrit une microsociété, montre la communauté et des valeurs, vite balayées par un besoin vital de subsistance. Et dans ce contexte, il inscrira son propos engagé. En mer, Filippo et son grand-père, par un concours de circonstances, se verront obligés d'embarquer sur leur bâteau six naufragés, des clandestins. Ils ne le voulaient pas forcément, mais la loi de la mer, celle que tout pêcheur qui se respecte est obligé de suivre à la lettre, les force à repêcher les naufragés.

 

"Une histoire suspendue entre mythe et réalité, racontée dans la langue légère et puissante des fables. Ce n'est pas un film sur l'immigration, mais sur nous-mêmes. Sur quiconque est à la recherche de sa propre Terre ferme".

Emanuele Crialese


Avec ce basculement vers un récit forcément politisé, Crialese attise le contraste saisissant qu'il dresse entre l'intérêt économique d'une classe touristique et la complexité du problème clandestin. Il va même jusqu'à tisser une romance qui se brisera sur ces mêmes contradictions. Au niveau du scénario, le cinéaste a tout bon, c'est une force d'écriture, avec un minimum de dialogues, et une infinité d'émotions, d'une grande finesse. On suit avec passion Filippo (l'acteur Filippo Pucillo possède un charme et un charisme naturels), dans sa conquête féminine, et dans ses interrogations face à cette femme enceinte et son fils, qu'ils ont recueilli dans l'urgence. La densité du film est sans pareil, l'étendue du propos est vaste, et c'est filmé avec une belle tranquilité, une grande patience. La réalisation est fluide, le cadre posé, le style subtil. La dynamique de Terraferma a quelque chose d'absolument unique, se laissant aller à filmer, longuement, un conseil des pêcheurs sur la justification de la loi de la mer face à la saisie, par la police, des bâteaux lorsqu'un pêcheur vient en aide aux clandestins. C'est filmé d'une manière très réaliste, et pourtant surgit, de tous côtés, le cinéma. Parce qu'il y a une dimension rêvée, symbolique, lumineuse, parfaitement rendue dans ce qu'on peut appeler un conte philosophique, l'histoire de cette femme enceinte, qui nomme sa fille du prénom de celle qui l'a accouchée, Giulietta. Giulietta, la mère de Filippo, sur qui tout est arrivé d'un coup, qui ne sait plus trop ou se mettre, et a peur de cette femme qui la bénit parce qu'elle n'a pas appelé la police (elle crève d'envie de le faire), et parce qu'elle la protège, un temps, de l'hostilité du voyage (elle a mis deux ans à venir d'Afrique subsaharienne, avec un passage dans les geôles lybiennes).

 

Dans Terraferma, tous les rôles sont tenus par des acteurs. Tous ? Pas exactement. En réalité, le personnage de Sara est interprété par une des survivantes de Lampedusa, avec qui le réalisateur a voulu travailler. Aujourd'hui, elle est installée aux Pays-Bas, s'est mariée et attend son premier enfant. A travers cette histoire, Emanuele Crialese a voulu rendre hommage à la volonté de cette femme qui a finalement réalisé son rêve.


Terraferma est une force, son détachement un rêve, son propos un cauchemar. Duquel nous avons tous une responsabilité à prendre. Réfléchir. Quelles pourraient être les solutions pour empêcher que ces femmes, hommes et enfants à la dérive (littéralement), ne soient laissés de côté, oubliés, noyés dans l'amnésie générale. Que l'on arrête de ne s'en inquiéter que quelquefois par an, quand on y pense, ou quand le débat fait rage (notamment lorsqu'une députée, dont on ne trouvera pas d'adjectif assez violent pour la décrire, dit qu'il faut tout simplement "les renvoyer dans leurs bâteaux"). De ceux-là, qui se noient, se perdent, et rarement s'en sortent bien, on se prend les revendications réfléchies et sincères dans la gueule, dans une scène époustouflante et bouleversante, lorsque Filippo, dépassé, tape sur des mains qui s'accrochent, en pleine mer et en pleine nuit, à son bâteau, sa barque d'espoir qui s'avèrera meurtrière (dur moment de l'homme échoué sur la plage le lendemain). Mais, bien loin de la résignation, Crialese se permet de faire de son film militant non seulement un très beau film de cinéma, mais aussi un espoir, avec cette superbe fuite en avant finale. Avec une simplicité désarmante, et une manière poignante de filmer l'étendue. Cette mer, qui ne décide de rien et parvient à tout enfouir, si calme et si hostile à la fois, nous laisse plonger dans son abîme, et nous donne à chacun l'obligation de ne pas oublier, et d'avancer...

 

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81%.

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F
Ça y est, je l'ai enfin vu ! Sans parler de déception, car c'est un très beau film tout de même, je l'ai trouvé moins impressionnant que "Respiro". D'abord parce que le film semble parfois<br /> s'encombrer avec son propre discours, quand le premier film de Crialese était d'une simplicité admirable. Ensuite parce que le scénario n'évite pas tous les clichés ou toutes les facilités à mon<br /> sens (notamment cette scène des échoués sur la plage, filmée au ralenti, ou des dialogues un peu trop "lisibles"). Le cinéaste s'en sort mieux quand il décrit, avec truculence et compassion, le<br /> quotidien de cette bourgade hors d'âge (tout le début est délicieux).<br /> <br /> C'est tout de même une œuvre forte, très picturale, qui vaut le détour. Je suis toujours halluciné par la manière dont Crialese filme la mer ou les récifs escarpés de Lampedusa, avec une telle<br /> majesté tranquille.
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F
Ça j'ai très très envie de le voir, et j'attendrai de l'avoir vu pour lire ton article en entier. Tu avais vu "Respiro" ? Une oeuvre splendide, l'un des plus beaux films italiens de ces dix<br /> dernières années.
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G
<br /> <br /> Non, j'avais vu Golden Door, avec Charlotte Gainsbourg, qui m'avait pas mal plu aussi, même si j'ai du mal à m'en souvenir précisément, en revanche je vais rapidement me procurer le DVD de<br /> Respiro tant cette Terraferma m'a surpris et emporté...<br /> <br /> <br /> <br />