Critiques des films récents, bilans mensuels... Coup de coeur, coup de blues, l'évolution du cinéma, et la mienne, aussi.
INTOUCHABLES
Olivier Nakache & Eric Toledano
EN BREF:
Un conte moderne, drôle et très attachant, pas bête et consistant. Le tandem Nakache-Toledano confirme son efficacité, son insolence, sa fraîcheur, pour LA comédie coup de coeur de l'automne.
La hauteur du succès d'Intouchables est tout simplement vertigineuse: a priori, le film réunira plus de 2 millions de spectateurs pour sa première semaine, avec une moyenne par copies de plus de 3000 spectateurs. Tout à fait exceptionnel, hors normes, comme l'histoire d'amitié qui nous est contée ici. Avant le film, un apriori pas forcément hyper positif, des poncifs (le black de banlieue confronté au tétraplégique des beaux quartiers), et une bande-annonce qui annonce quelque chose de très sirupeux (même si le teaser sur le "pas de bras, pas de chocolat" est juste hilarant). On a peur que ça verse dans le facile, même si dans le casting, il y a du niveau (Omar Sy, François Cluzet, Anne Le Ny, s'il vous plait). Et effectivement, l'opposition des deux milieux n'est pas de toute finesse au départ. D'un côté, de nombreux plans sur une banlieue paupérisée, une bande de potes cosmopolite, une famille de blacks avec au moins 6 ou 7 enfants, et une mama africaine qui bosse dur pour assurer l'envol de ses petits. Ca fait très appuyé, mais c'est inattaquable (et surement très vrai dans beaucoup de cas éloignés du débat public). Seulement durant les premières minutes, l'apitoiement (pas forcément une bonne solution) est de mise. De même de l'autre côté, avec un tétraplégique riche qui vit dans un luxueux appartement, entouré de quinze personnes pour l'écouter, s'occuper de lui, vivre quasiment pour lui, et équipé d'un jet privé, d'une voiture de sport...
Grâce à [François Cluzet et Omar Sy] il passe à la fois dans "Intouchables" un plaisir fort, jamais forcé, et une sensibilité juste, pudique au fond.
Télérama
Et puis arrive cette rencontre, inattendue et démente. Omar arrive, et on sent que l'atmosphère va se décoincer. L'efficacité du tandem de scénaristes Nakache-Toledano se met en place, et donne lieu à de savoureuses scènes. En fait, c'est une certaine excitation qui s'instaure, et qui durera jusqu'à la fin du générique, puisqu'on fait avec eux cette rencontre profonde et drolissime. Alors forcément, lorsque se téléscopent (comme le dit le synopsis) les deux cultures, ça fait un mélange assez détonant, très attachant. Et surtout, ça fait un film étonnant, parce qu'on ne s'attendait pas à autant de finesse, de la part de deux réalisateurs qui vont fouiller au fond de leur thèmatique et amènent une sincérité, une simplicité, une fluidité dans la réalisation. A aucun moment on ne s'ennuie, parce qu'on est pris dans une mécanique parfaite mais pas automatique. Le casting n'est pas pour rien dans la réussite du film: Omar Sy est éclatant, mais on ne l'attendait pas autrement, Anne Le Ny est étonnante, malicieuse comme on l'a rarement vue, Audrey Fleurot (la "secrétaire") parfaite. Mais on retiendra tout de même le visage de François Cluzet, seule partie de son corps à s'allumer (ou à s'éteindre, c'est selon), et une maîtrise assez fascinante d'un visage qui en dit long. A mon souvenir, jamais Cluzet n'avait montré autant d'espiéglerie, et ça a l'air de lui faire un bien fou!
"Intouchables" est une comédie qui concilie l'inconciliable, le riche et le pauvre, l'invalide et le bien portant, le placide et le vanneur, l'esthète et le profane. C'est un récital de bons mots (...), un déluge d'impertinences (...), un festival de tubes (...).
Premiere
Et, comme une surprise n'arrive jamais seule, le propos du film touche. Par sa profondeur, sa sincérité. On sonde ici deux êtres, qu'à priori tout oppose, mais qui se rapprocheront par humour interposé, par manières de voir différentes. C'est rare de voir filmée ainsi une histoire d'amitié. Pour une fois, pas un des deux personnages ne prend le pas sur l'autre, les deux sont dans le partage et la générosité, sans même s'en rendre forcément compte, ce qui les rend d'autant plus humains. L'avis extérieur sur leur relation importe peu, l'ambiguïté est inexistante, Omar Sy sait parfaitement faire passer cela, et la réalisation fait vraiment de leur relation un champ à part, comme quelque chose à construire, et à resserer tout le long du film. Bref, les deux réalisateurs, de 38 et 40 ans, continuent à percuter l'air du temps. Après avoir démarré fort avec un film devenu culte auprès des animateurs, Nos Jours Heureux, et après avoir sondé les petites querelles de famille (dans Tellement proches, leur film le plus faible jusqu'ici), ils passent au peigne fin une relation ayant une certaine incidence sur les luttes de classes actuelles, en créant, avec le mélange de deux classes, une caste à part, une amitié si forte qu'elle en devient insondable, intouchable, donc.
70% de réussite.