Critiques des films récents, bilans mensuels... Coup de coeur, coup de blues, l'évolution du cinéma, et la mienne, aussi.
LA SOURCE DES FEMMES
Radu Mihaileanu
EN BREF:
Simplement, un film humaniste qui fait du bien, par sa générosité. On se laisse facilement gagner par l'oeuvre, très chargée en émotions, et pleine de douceur(s).
Radu Mihaileanu est un cinéaste assez simpliste, il est vrai. Il sait qu'en prenant une histoire forte, simple et pleine de bons sentiments, il parviendra à mettre le public à ses côtés (et d'ailleurs peut-être moins cette fois-ci que les précédentes). Et, oui, il va à l'essentiel, tout en prenant des largesses du côté de la beauté des paysages, ou tout simplement de la beauté de l'Homme. Mais toujours, sa quête est tournée, et c'est ce en quoi j'aime ses oeuvres, vers l'humain, en retirer le meilleur pour exorciser la difficulté des sociétés à vivre en paix. Il y a une gravité dans ses films, toujours apte à remplir de larmes les yeux des spectateurs, et c'est ici Leïla Bekhti qui s'en charge, en montant une grève de l'amour contre vents et marées. Mais il y a toujours une drôlerie derrière, il ne s'en prive pas ici avec la présence de l'électrisante Biyouna.
Le scénario manque de souffle mais les comédiennes délivrent le message d'émancipation du cinéaste avec une énergie contagieuse.
Metro
L'histoire racontée ici est néanmoins importante, et une parole supplémentaire (il n'y en a jamais assez), pour la liberté des femmes. Tourné au Maroc, le film offre des décors splendides à cette grève de l'amour que font les femmes pour obliger leurs maris à acheminer l'eau au village. Elles n'en n'ont pas la force, et voient leurs grossesses empêchées par un crapahutage permanent sur de rocailleux chemins de montagnes et une trop forte charge sous un soleil de plomb. Les hommes n'en ont cure, et n'en démordront qu'après une humiliation publique, voyant dans cet affront le symbole de femmes manquant à leur rôle, qui n'est évidemment que d'enfanter et de s'occuper du foyer. Alors, il y a un lot de scènes fortes, et des incompréhensions de toutes parts. Il y a aussi une ironie, que Mihaileanu maitrise à merveille (dans les échanges entre hommes notamment, ou encore dans les sermons de la doyenne du village (Biyouna, bien sur). Et puis, il y a la force du regard de Hiam Abbass, alliée au charme de la femme battante, celle qui organise tout (Leïla Bekhti), seule a priori à être vraiment aimée par son mari (Saleh Bakri, pas mal du tout). Pour enrichir le tableau et offrir à chaque femme un archétype (ceci dit, l'addition de tous les archétypes ne crée pas d'overdose), on a la petite folle furieuse, interprétée avec un plaisir communicatif par Sabrina Ouazani, qu'on retrouve très en forme, et une touche de poésie, qui offre un très joli départ à la fin, avec une Hafsia Herzi qui se lâche de film en film, et qui est accessoirement de plus en plus belle...
Gentil et pertinent, Radu Mihaileanu. Mais comme dans "Le concert", il a la manière lourde, pour faire sa démonstration entre clichés et conventions.
Ouest France
Comme d'habitude, le cinéaste s'entoure d'apparats tous plus agréables les uns que les autres, pour former un film très efficace: un casting, on le disait, parfait (casting masculin compris), une bande originale signée Armand Amar, majestueuse, un directeur photo talentueux (on avait déjà pu apprécier son talent dans A l'Origine), et ce malgré un montage qui favorise le sirupeux (pourtant le même Ludo Troch, qui avait monté avec talent Le Concert). En fait, de tous ses films, celui-ci est le moins puissant, parce qu'on sent un peu trop la dynamique qu'il y a derrière. D'un côté, on sent la chaleur et l'intensité d'une véritable expérience humaine, la sensibilité d'un réalisateur qui aime vraiment ce qu'il filme. De l'autre, la mécanique un peu éculée, le Va, vis et deviens restant le grand classique de Mihaileanu, celui-ci ne l'atteignant pas du tout. Alors, certes, l'histoire est toujours touchante, voire par moments très émouvante, et on sent la maitrise de l'efficacité du film, qui nous fait oublier certains détails pompeux ou moins bien maitrisés, mais on sent qu'il manque à cette (tout de même très belle) Source des femmes un petit supplément d'âme, celui-là même qu'il y avait effectivement dans ses précédentes réalisations. Mais on ne lui en veut pas, parce que le moment est fort appréciable, et toujours dans une chaleur humaine bienveillante.
67% de réussite.