Critiques des films récents, bilans mensuels... Coup de coeur, coup de blues, l'évolution du cinéma, et la mienne, aussi.
LES ADOPTES
Mélanie Laurent
EN BREF:
Il est de ces surprises que l'on attend pas. Mélanie Laurent réalisatrice, c'est du charme, un flot d'émotions, des tentatives, parfois un peu vaines, parfois miraculeuses... Et au final, c'est un joli coup de coeur.
Les adoptés. Ni le titre, ni la bande-annonce, ni le nom de la réalisatrice ne donnaient envie. On était curieux, mais sans plus. Mélanie Laurent, en 2011, c'est beaucoup trop de présence, beaucoup de fausses notes (deux films totalement râtés, Requiem pour une tueuse et Et soudain, tout le monde me manque; un album assez peu crédible), deux surprises (la cérémonie d'Ouverture du Festival de Cannes, décomplexée, enjouée; l'apparition dans Beginners, ou elle renouait avec un charme qu'on avait plus vu depuis 2009), et une étape: la réalisation, dont on nous dit qu'elle est mûrie de longue date, inspirée par sa grand-mère, qui mettait en scène le moindre évènement. On peut effectivement comprendre que cette envie ait été longue à se concrétiser, parce qu'au final, on se retrouve avec un objet très travaillé, qu'on sent retouché, presque trop. Mélanie Laurent, donc, revient à cette émotion qu'elle nous avait provoqué la première fois qu'on l'avait vu, pour la plupart, dans Je vais bien ne t'en fais pas. Au final, l'actrice n'aura vraiment marqué que dans très peu de rôles, et était devenue assez insupportable dans les médias. Et là, à l'avant-première, une jeune femme pas trop fière, très simple, complètement stressée, à l'image de son film, très touchante. Loin de son image, et tout simplement là pour nous montrer son petit, avec une peur du jugement très enfantine.
"Les Adoptés" est parcouru de secousses intimes d'une magnitude telle que l'on en ressent les ondes bien après la projection.
Premiere
Du coup, on appréhende le film quasiment avec bienveillance. Mais on a pas pitié une seule seconde: Mélanie Laurent n'est pas entrée par effraction en réalisation, elle anime son film d'un véritable charme, et d'une patte, pas encore très affinée, mais on est sur que cela viendra. Et au gré du film, on ira de surprise en surprise. On reconnaitra un sacré talent pour le casting, Marie Denarnaud est fabuleuse (meilleur espoir féminin?), Denis Ménochet surprenant (lui habituellement si bourru, quasiment rustre), Audrey Lamy drôle (comme toujours), mais surtout très émouvante (dans une seule scène, qui retourne un peu), Théodore Machet-Fouquet, le gosse, incroyable de naturel, une vraie bouille, une espiéglerie. Même Clémentine Célarié, d'habitude si énervante, est ici bonne actrice, sobre et crédible. C'est dire... On saluera des tentatives techniques, pas toujours parfaites, parfois trop surlignées (on ne pourra pas parler d'une "mise en scène dénuée d'effets"), mais souvent originales, inattendues, mettant en valeur des détails, des jeux de mouvements, des sons. Et surtout, on s'étonnera d'une écriture parfois quasiment lyrique, vraiment très chantante, et souvent poétique (l'écriture de la dernière scène est une petite merveille; la voix off est d'une grande douceur).
À l'arrivée, ["Les Adoptés"], brassé par de multiples émotions, nous émeut et nous emballe. On est carrément sous le charme.
Le Journal du Dimanche
Mélanie Laurent se serait inspirée de tous les réalisateurs qu'elle a cotoyé. Sur le plateau, elle faisait danser ses comédiens avant les prises (on sent bien une dynamique de groupe, une sympathie sincère entre les acteurs), à la manière d'un Tarantino. A l'écran, on voit ce côté Mike Mills (Beginners), dans ces essais de techniques, ce côté poétique et un peu branchouille. On reconnait les envolées d'émotion, comme un Mihaileanu inspiré sait le faire, on sent la présence d'un Klapisch dans l'humour ravageur de certaines séquences, et on voit l'influence d'un Philippe Lioret, dans ces nombreux moments ou Mélanie Laurent apparait à l'écran, et nous réoffre cette émotion, qu'on a gravée, cette spontanéité qu'on lui avait découvert dans Je vais bien ne t'en fais pas. D'un autre côté, on a aussi une infime partie, qu'il faudra bien concéder aux réfractaires, du pathos à la Rose Bosch... De cette histoire tragique, ayant certes une part de déjà-vu, Mélanie Laurent fait un conte entre l'enfance et l'âge adulte, une très jolie chronique sur l'engagement, la responsabilité, le souvenir, les attentes. Il est de ces coup de coeur que l'on ne peut expliquer en entier, parce qu'on en reconnait les défauts, Les adoptés en fait partie. C'est un beau moment de cinéma, qui à la grâce et la perfectibilité des premières oeuvres. C'est un intense moment d'émotion, qui a le tact de laisser l'espoir et la vie l'emporter sur une difficulté. Et ça retourne.
71% de réussite.