Mardi 29 mai 2012 2 29 /05 /Mai /2012 00:30

DE ROUILLE ET D'OS

Jacques Audiard

 

3 étoiles

 

EN BREF:

Audiard s'essaie au mélodrame populaire. C'est surprenant, fort, émouvant, mais loin d'être un chef-d'oeuvre comme on a pu l'entendre.

 

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Avec De Rouille et d'Os, l'un des grands cinéastes français vivants explore un cinéma auquel nous n'aurions jamais pensé pour lui: le mélo. Dans un style plus populaire, forcément un peu déroutant pour le spectateur, il conte, dans un contexte social précaire et violent, l'amitié naissante entre un jeune père rustre, et une femme a priori lumineuse qui se fait amputer des deux jambes suite à un accident. Ce qui prime ici, ce ne sont pas les contours techniques du film (le cadrage, les décors, la photo, magnifiques, ou la BO, relativement décevante), mais bien l'histoire, et les acteurs. Trois points de vue dans un vrai beau mélo plutôt habile, malgré une fin qui déçoit (à partir du fameux lac...).

 

On pourra légitimement regretter quelques effets de scénario peu probants, un dialogue peu naturel entre différentes composantes du film, mais "De rouille et d'os" frappe d'abord par la force de son interprétation.

La Croix

 

Le père

Brut de décoffrage, c'est Mathias Schoenaerts qui est (pour qui n'a pas vu, semble-t-il, Bullhead), la révélation du film. Son jeu est d'une intensité exceptionnelle, d'une grande maturité, et d'une grande subtilité. Il est un père qui manque à son fils, absent par un trop-plein d'embrouilles de part et d'autres, par une galère continuelle, et par une inconscience du rôle d'un père, du fait de ne l'avoir jamais vraiment été (il n'a pas élevé son fils). Audiard construit sur l'acteur belge tout ce qui fait le sel de son cinéma: une violence qui ne tarde pas à éclater, dans tous les sens, et sans mesure, dans un contexte social tendu, une précarité grandissante à mesure que les petits boulots se font de plus en plus illégaux la plus totale. Et pourtant, comme à son habitude, c'est ce personnage qu'Audiard tente, dans un toujours lumineux geste, de sauver de cette noirceur, de sortir d'un néant affectif, de ramener à la vie. L'homme, qui a visiblement oublié l'enfance, retrouve peu à peu le plaisir, au détour d'une conversation, puis d'un toucher, puis d'une baignade, puis d'un baiser, retrouve peu à peu le goût du jeu, le risque du partage, de l'entraide, de la solidarité. Et finit par se faire écouter, comme il parvient à écouter les autres. Tout cela est fait dans une grande discrétion, la rage sourde et les pulsions mécaniques se transforment par infimes touches en compétition acharnée, en combativité et en attention pour l'autre. Ce personnage, aux allures si rustres et si peu attachant, devient extrêmement touchant, il gagne notre estime, et notre respect.

 

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La femme, l'amie.

Marion Cotillard, lumineuse, retrouve enfin un rôle à sa hauteur, bien longtemps après la fulgurance Piaf. Ici, elle est cette femme accidentée au travail (elle est dresseuse d'orques). Elle était séduisante, et aimait qu'on la regarde, aimait être observée, respectée. Amputée de ses deux jambes, elle ne crée plus autour d'elle ce désir, et n'émane plus de sa personne cette énergie indomptable. Elle sombre dans une tristesse, dont elle ne se relèvera que grâce à la « délicatesse » de cet homme, Ali, qui l'extirpe de sa torpeur. De ce qu'elle considère comme l'état de légume, elle se relèvera peu à peu, aidée par l'absence de manières de ce boxeur, qui, comme elle, est combatif. A mesure qu'elle se sent redevenir humaine (avec des prothèses), puis femme (avec le retour d'une grâce, d'une beauté, et d'une sensation physique et émotionnelle qui ressemble à s'y méprendre à de l'amour), elle reprend confiance, et à son tour tentera d'extirper cet homme qui la regarde si normalement, de manière si intense et sans fioritures, de ses violences et de son jusqu'au-boutisme dangereux. Cotillard tient ce rôle avec ferveur, elle est d'une grande justesse, notamment lorsqu'elle part totalement, seule dans sa chambre, sur une musique de Bon Iver, ou encore quand, dans un silence éloquent, elle renoue contact avec un orque, filmée de dos derrière une vitre.

 

Tout est bien dans "De rouille et d'os", sauf cette petite faute de goût qui ternit tout : c'est un chef-d'oeuvre. C'est du moins dans cet esprit qu'il a été conçu et c'est naturellement cet esprit qui l'empêche de l'être.

Libération

 

L'enfant.

De tous les personnages, c'est lui qui bouleverse, la bouille inoubliable du film, Armand Verdure. En plus d'avoir trouvé un contrepoint plus léger, plus enfantin, à son histoire assez tendue et âpre, Audiard filme ce gosse comme s'il était la passerelle dans cette relation, ce qui fait basculer la relation d'une histoire d'amitié à un nécessaire et vital besoin de reconstruction mutuelle chez les deux personnages adultes. Ce gosse, à la recherche de repères dans cette nouvelle vie (il vient de déménager chez sa tante, sur la côte méditerranéenne, à laquelle il ne connait rien ni personne, il vit avec son père pour la première fois...), passe son temps à essayer de franchir les limites de son père absent, quand sa tante s'occupe de lui. Niché dans une cage à lapin, il s'amuse et rêve à cette douceur qu'il aimerait recevoir. Quand arrive dans sa vie cette handicapée, il s'accroche et trouve une stabilité. Elle ne fuira pas, et il ne s'y trompe pas. Audiard, dans ce point de vue sur l'enfance, trouve la raison d'être de son film. Sans cet enfant, l'histoire aurait pu ne se résumer qu'à une histoire d'amitié entre deux êtres, et serait devenu très caricatural. L'enfant empêche Audiard de tomber dans l'excès, quand bien même il flirte très souvent avec, dans sa manière de dresser - on ne lui connaissait pas ce défaut- un film un peu caricatural. De cette oeuvre, on retiendra donc surtout une étude passionnante de caractères, et bien évidemment une direction d'acteurs exemplaire (on n'oubliera pas de citer l'excellente Corine Masiero et le parfait Bouli Lanners), mais la dernière image restera malheureusement celle d'une fin inconcevable et sirupeuse, à laquelle on ne croit plus.

 

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70%.

Par Gagor - Publié dans : Critiques de 2012 - Communauté : 1 article = 1 film
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Lundi 28 mai 2012 1 28 /05 /Mai /2012 23:11

      SUR LA ROUTE

Walter Salles

 

2 étoiles

 

EN BREF:

Malgré des images d'une sidérante beauté, on peine un peu à ressentir ce qu'on aurait voulu: une invitation au voyage, un plaidoyer pour la liberté, un dépaysement total. A force d'ouvrir des pistes, Walter Salles laisse son film en bazar, un peu confus.

 

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De Walter Salles, on connaissait surtout le talent de mettre en scène de grands voyages, et de raconter avec tact des évolutions intimes. Ce qu'il essaye de faire ici en adaptant le pavé de Jack Kerouac, Sur la route. Dans les Etats-Unis des années 40-50, une bande de jeunes parcoure les Etats-Unis sans vraiment de points d'attache, avec pour leitmotiv le plaisir, le sexe, la drogue, la fougue, la vitesse, la littérature, le jazz... Bref, les représentants d'une jeunesse qui aspire à une vie libre. Sal Paradise essaie d'écrire un livre, qu'il rédigera de 1948 à 1957. On est forcément curieux de ce que cela peut donner à l'écran, d'autant que le casting est alléchant, et la vision de Howl, en début d'année, laissait pensif, on croyait naïvement que Salles allait compléter le film prometteur mais inabouti de Rob Epstein et Jeffrey Friedman. On croyait sincèrement que le cinéaste allait rendre justice à la densité de ce que la « Beat Generation » (selon les termes de Jack Kerouac lui-même) a pu apporter, au niveau sexuel, spirituel, artistique.

 

Walter Salles a été victime de lui-même. En voulant demeurer fidèle au texte, il en a édulcoré l'esprit, livrant un film trop propre, trop bien léché où l'on ne sent jamais la sueur, l'odeur de macadam, d'huile, d'essence et de poussière, la déglingue, l'atmosphère de vertige et de folie mâtinée de contemplation, le désespoir sans retour.

La Croix

 

Au début du film, il y a un véritable plaisir, à retrouver une photographie très séduisante, chaleureuse, signée du même directeur photo que Carnets de voyage, Eric Gautier (il a officié aussi sur Into The Wild). Il y a aussi la promesse d'une bande son magnifique, signée Gustavo Santaolalla (Carnets de voyage, Brokeback Mountain, Babel, rien que du très solide), et qui est effectivement ce qu'on retiendra surement du film (joli cheminement entre ballades légères et poétiques, jazz endiablé, et rythmes organiques). Très vite, on repère aussi l'intense talent des acteurs principaux, à commencer par Sam Riley (Sal Paradise/Jack Kerouac). On retrouve avec plaisir le jeune puceau de Good Morning England, parfait Tom Sturridge, en homosexuel dépressif (Carlo Marx/Allen Ginsberg), et on savoure le jeu sauvage et très physique de Garrett Hedlund (Dean Moriarty/Neal Cassady). On note avec surprise que la transition est réussie pour Kristen Stewart, qui nous fait totalement oublier les années Twilight. Les seconds rôles n'enlèvent rien au film, même si on se demande parfois ce qu'ils font là (Kirsten Dunst, Viggo Mortensen, Elisabeth Moss...).

 

Les inconditionnels du manifeste (enfin adapté !) de la Beat generation risquent fort d'être déçus. Où est passé ce fameux style " be-bop " de Kerouac, ce chant exalté et syncopé ? Walter Salles (...) a choisi une autre option, plus facile d'accès. Son film n'est pas une trahison, plutôt une version light, avec de très bonnes surprises.

Télérama

 

Seulement, toute cette beauté, si elle permet de faire passer les longues 2h20 avec les sens un minimum en alerte, ne parvient pas à éclipser le gros défaut du film: le scénario. On attendait un vrai point de vue de cinéaste, on a un défilé d'images sans vraiment de cohérence, on attendait une véritable réflexion, une écriture fougueuse, dynamique, virevoltante, on a un scénario brouillon, qui ne se donne pas, a-t-on l'impression, de direction, qui ne cherche pas à faire réfléchir mais simplement, et avec facilité, montre quelque chose. On attendait une invitation au voyage, on a un road-movie qui reste classique et plus pudique qu'on aurait pu le penser, qui ne donne pas singulièrement envie de prendre la fuite et de s'adonner aux joies d'une virée libre et désordonnée. La voix off, si elle est parfois utile lors de très belles phrases, lorsqu'on sent la plume de Kerouac qui s'agite et file sur le papier sans regarder en arrière, se révèle assez lourde durant la majeure partie du film, lorsqu'elle se fait purement narrative, sans développer aucune réflexion ou pensée un peu intimes. Walter Salles, que je tenais, avec Carnets de voyage, pour le maître du road-movie quasiment initiatique, signe ici une oeuvre longue et un peu vaine, qui pense pour nous au lieu de nous donner à penser, qui voyage pour nous au lieu de nous donner à voyager. A force d'être méticuleux sur ce qui enrobe le film (l'image, la bande-son, les acteurs), il en a oublié l'essentiel: donner au spectateur à ressentir, à s'émouvoir, à vibrer.

 

sur la route 2

 

59%.

Par Gagor - Publié dans : Critiques de 2012 - Communauté : 1 article = 1 film
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Jeudi 17 mai 2012 4 17 /05 /Mai /2012 17:10

MARS 2012 / AVRIL 2012

17 films vus / 14 films vus

 

terraferma

 

 Quatre étoiles

 

Terraferma - Querelles - Le Roi Lion

 

3 étoiles 

 

Hasta la vista - Tyrannosaur - L'enfant d'en haut - Indignados - L'amour et rien d'autre - Pour lui - 38 témoins

 

2 étoiles 

 

A moi seule - Les adieux à la reine - I wish - Le fils de l'autre - Avé - Bye bye blondie - Cloclo - Le prénom - Le paradis des bêtes - Week-end - 30° Couleur - Avengers

 

 1 étoile bis

 

Radiostars - Les pirates - Possessions - Elena - Comme un chef - Mince Alors!

 

 0 étoiles bis

 

Sur la piste du Marsupilami - Projet X - L'oncle Charles

 

3 moments...

- glaçant: dans la nuit, sur un bâteau dénué d'espoir, des mains s'accrochent, vainement, avant d'être retirées de là par des coups, puis emportées par la mer. C'est Terraferma, et c'est intense.

- grisant: une nuit de camping à la belle étoile, avec quatre éclopés de la vie, trois handicapés et leur chauffeur, Claude. C'est l'hôtel Claude, hôtel mille étoiles, c'est une surprise, et une scène rêvée! Hasta la vista.

- bouleversant: un enfant trouve son refuge, se défait du regard de ces deux sourds-muets qui l'accompagnent à Téhéran voir le corps de ses deux parents. Dans un tunnel, un dernier regard de l'enfant, qui nous marquera à jamais. C'est le puissant et audacieux Querelles.

 

MARS

 

hasta la vista

 

LA REVELATION: Filippo Pucillo - Terraferma

L'ACTRICE: Isabelle de Hertogh - Hasta la vista

L'ACTEUR: Yvan Attal - 38 témoins

LE REALISATEUR: Emanuele Crialese - Terraferma

LE SECOND RÔLE: Noémie Lvovsky - Les adieux à la reine

LE COUP DE COEUR: Terraferma, de Emanuele Crialese.

LA SURPRISE: Hasta la vista, de Geoffrey Enthoven.

LA MUSIQUE: Delphine Mantoulet - Indignados.

L'AFFICHE: 38 témoins, de Lucas Belvaux.

LA DECEPTION: Les adieux à la reine, de Benoît Jacquot.

LE NAVET: L'oncle Charles, de Etienne Chatiliez.

 

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AVRIL

 

 querelles

 

LA REVELATION: Kacey Mottet Klein - L'enfant d'en haut

L'ACTRICE: Olivia Colman - Tyrannosaur

L'ACTEUR: Peter Mullan - Tyrannosaur

LE REALISATEUR: Morteza Farshbaf - Querelles

LE SECOND RÔLE: Réda Kateb - A moi seule

LE COUP DE COEUR: Tyrannosaur, de Paddy Considine.

LA SURPRISE: Querelles, de Morteza farshbaf.

LA MUSIQUE: Le Roi Lion!

L'AFFICHE: Tyrannosaur, de Paddy Considine.

LA DECEPTION: Le fils de l'autre, de Lorraine Lévy.

LE NAVET: Sur la piste du Marsupilami, d'Alain Chabat.

 

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Par Gagor - Publié dans : Bilans
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Jeudi 17 mai 2012 4 17 /05 /Mai /2012 15:06

26 FILMS

Panier garni

 

3 étoiles

 

l'amour et rien d'autre

 

On commence par un très beau film, humble, simple et discret. Jan Shomburg se propose de filmer l'amour, uniquement l'amour. Un couple allemand est en partance pour Marseille, pour y travailler. L'homme part avant la femme, et se suicide sur un parking marseillais. Le reste du film conte l'amour qui subsiste, le désir qui renaît, l'incompréhension qui stagne. L'actrice Sandra Hüller est fabuleuse, L'AMOUR ET RIEN D'AUTRE est un film sensible, une fêlure qui se révèle en douceur.

 

 2 étoiles

 

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Dans la catégorie petite déception, le dernier Benoît Jacquot, que beaucoup ont trouvé (surement à raison) sublime, sensuel, lumineux, incroyable... Pour ma part, même si je reconnais le talent plastique certain des ADIEUX A LA REINE, la beauté de jeu de certaines interprètes (Diane Krüger, Léa Seydoux), et des qualités indéniables (Noémie Lvovsky est l'une d'elles), je ne me suis pas du tout identifié, et n'ai pas accroché au point de vue (la prise de la Bastille à travers les yeux de ceux qui ne sont pas à Paris, mais au château). Je ne me suis pas laissé emmener et n'ai donc ressenti aucune émotion. Ces adieux ne m'auront pas marqué... Petite déception aussi pour I WISH, que j'attendais quasiment comme le film d'enfance de l'année, et qui n'en est rien. C'est très long, et l'histoire (deux enfants séparés après le divorce de leurs parents), bat très vite de l'aile, n'ayant pas tant de choses à raconter. La première heure est particulièrement vide. Puis, dès que les deux frères se retrouvent pour assister à un miracle (deux TGV qui se croisent pour la première fois), le film se voit un peu plus comme une fugue, une fuite en avant. Se met en place une petite poésie, assez douce et subtile, le film devient véritablement enfantin, laisse place, enfin, à la rêverie, telle qu'on l'attendait. Le film n'est ainsi pas totalement vain, mais pas non plus à conseiller. Rayon déception, on est servis pas Lorraine Lévy, qui avait choisi un sujet qui aurait pu être fort (échange de deux enfants à la maternité, l'un israélien, l'autre palestinien), mais qui tombe assez vite dans la lourdeur de dialogues très scolaires. LE FILS DE L'AUTRE est loin d'être désagréable à regarder (ses jeunes interprètes, Jules Sitruk et Medhi Dehbi, y sont pour beaucoup), mais reste au ras de son sujet, sans éclat, sans fulgurance, sans nouveauté. Dans le même style, avec beaucoup plus de tact et de sensibilité, Une bouteille à la mer réussissait bien mieux son pari.

 

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Dans la catégorie bonnes petites surprises, on a d'abord HOWL, de Rob Epstein et Jeffrey Friedman, composition poétique réussie autour de la vie et du poème Howl, considéré comme obscène, d'Allen Ginsberg. Amour, philosophie et justice se côtoient dans cette oeuvre dans un enchevêtrement d'images pas toujours très cohérentes, mais desquelles se dégage une justesse, une beauté. Howl est un joli film sur le mouvement, sur l'homosexualité, mais aurait besoin d'un regard plus aiguisé, d'un peu plus de rigueur. Bonne petite surprise aussi que ce BYE BYE BLONDIE, qu'on attendait bien plus sulfureux, barré (et accessoirement mauvais) que cette bluette au contours punk. En deux parties, Virginie Despentes déroule d'abord son audace (dans cette partie jeunesse plutôt ambitieuse et réussie, ou Soko et Clara Ponsot irradient l'écran), puis se calme un peu (une partie adulte beaucoup plus posée, un peu morne par moments, ou Emmanuelle Béart et Béatrice Dalle ont du mal à se trouver). Un film très inégal, mais au moins, l'issue est belle, le texte que Pascal Greggory récite est beau, l'amour et Paris finissent par l'être aussi. De son côté, le bulgare Konstantin Bojanov nous entraîne dans une histoire étonnante, dans un film à l'ambiance surprenante. AVE parle de mensonge, de deuil, de rencontre. Et si le début est long et la mise en place un peu lourde, la partie ou les deux personnages apprennent à se connaître et à se respecter devient peu à peu très touchante, jusqu'à cette fin en suspens, qui laisse pensif et fait du film un moment qu'on aurait regretté de manquer. Enfin, dans un film assez dur, quasiment tendu, Estelle Larrivaz met en scène un quotidien qui fait mal au coeur dans LE PARADIS DES BÊTES, là ou les enfants sont obligés de s'inventer un imaginaire pour contrer la violence que s'infligent leurs parents. Le père emmène, sans prévenir la mère, ses deux filles à l'étranger. Un premier film très personnel, dense et à fleur de peau, qui manque certainement de cohérence, de poésie, de rigueur, mais est un beau gage d'espoir.

 

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Et puis les autres, ces films qu'on ne retiendra pas longtemps mais qui auront été un bon moment parmi d'autres. Le nouveau Stephen Daldry, EXTREMEMENT FORT ET INCROYABLEMENT PRES, qui arrache quelques larmichettes, dans une histoire qui aurait pu être resserrée et plus centrée sur les rencontres que fait l'enfant. C'est larmoyant, un peu vain, mais quasiment beau. Max Von Sydow y est parfait, comme l'enfant. Le fameux CLOCLO, qui n'a cependant pas eu le public qu'il souhaitait, est un film très long, et très chiant pour qui n'aime pas Claude François (ses chansons me hérissent le poil), mais on ne peut que reconnaître un film relativement honnête sur une légende parfaitement interprétée par Jérémie Rénier. Le tandem Matthieu Delaporte-Xavier de la Patellière, après avoir écrit moult merdes, réalise LE PRENOM, qui a l'avantage d'être un agréable moment (merci Valérie Benguigui) et d'être oublié directement après la projection. Ainsi, il ne nous est point possible d'en dire vraiment du mal... Allez, une petite crasse: Patrick Bruel n'est pas un bon acteur, et il le confirme. Quant à Daniel Auteuil, il essaye de se retrouver une contenance, et y parvient plutôt bien, il est convaincant dans le bancal LA MER A BOIRE, un bon moment qui s'oublie néanmoins très vite. Jacques Maillot met du coeur à l'ouvrage pour servir au mieux un combat, mais ne fouille pas ses personnages, et reste trop scolaire et technique dans son intrigue, qui se clôt en queue de poisson. Dommage. Lucien Jean-Baptiste, après l'attachant La première étoile, livre un conte chaleureux et familial avec 30° COULEUR. On est bien loin de la relative justesse de La première étoile, mais on fait face à une comédie pas plus mauvaise que la moyenne, juste vite oubliée, maladroite et mal écrite. Reste une dernière partie bizarrement réussie. Glenn Close, elle, était nommée aux Oscars pour son rôle dans ALBERT NOBBS, ou elle joue effectivement très bien une femme qui se fait constamment passer pour un homme. Elle est parfaite, tout comme celle qui l'accompagne, d'un naturel époustouflant, Janet McTeer. Sauf que toutes les bonnes intentions, et l'impeccable jeu de ces deux actrices sont totalement plombés par un académisme étouffant, et des longueurs interminables. Quant à l'histoire d'amour entre les deux jeunes (Mia Wasikowska et Aaron Johnson), elle est simplement imbuvable. On termine avec AVENGERS, le truc avec les super héros dedans, navet qui s'assume. C'est très long, particulièrement inutile, même si, moi qui ne connaissait aucun des super héros sinon de nom, j'ai été très surpris d'Iron Man (grinçant Robert Downey Jr.), et de Hulk (excellent Mark Ruffalo). Sur le reste, ennui total.

 

1 étoile bis

 

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Au rayon grosses déceptions, le nouveau Spielberg, terriblement long et ennuyeux, très manichéen. La musique apporte au film cette impression navrante que chaque plan est le dernier, chaque cadrage le plus sublime, le plus intense. On attendait beaucoup, on se retrouve avec un pseudo-conte philosophique estampillé grand public familial. CHEVAL DE GUERRE est une longue et grande déception, une fresque poussive et insupportable. De même, Meryl Streep, si elle excelle à faire passer Margaret Thatcher pour Tatie Danielle, elle ne parvient pas à sortir LA DAME DE FER d'une retraite apaisée à l'odeur de naphtaline. Le film est consensuel, vite vu, n'apporte aucune réflexion, aucune nouveauté, et se contente de filmer, très longuement, les vieux jours que coulent une grande dame historique, qui aura apporté énormément de mal autour d'elle. En la faisant passer pour un ange qui s'excuserait presque des « petites erreurs » qu'elle a commises, Phillida Lloyd réussit à rendre Thatcher plus détestable qu'elle ne l'était déjà!

 

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Au rayon purges d'auteurs, deux films russes, terriblement longs, terriblement bavards. Deux clichés du cinéma d'auteur entre quatre murs, qui n'intéresse guère plus que les critiques de cinéma et les cinéphiles pointus et qui aiment se faire suer pour une scène de 20 secondes du film. ELENA et PORTRAIT AU CREPUSCULE, malgré des intentions comme toujours bien tournées (dépeindre la société russe dans tout ce qu'elle a de sombre, de restrictif et de violent), et malgré des comédiens au jeu puissant, n'arrivent pas à convaincre et n'engagent pas à continuer de voir des films de ce genre...

 

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Au rayon mauvais films, tout simplement, ça se bouscule au portillon: une comédie fast-food aussitôt vue, aussitôt digérée, RADIOSTARS, ou l'outrance le dispute à la bêtise; un truc pompeux et prétentieux, qui raconte peu et tourne à vide, mais partait d'une bonne intention, MARTHA MARCY MAY MARLENE; un film d'animation, LES PIRATES: BONS A RIEN, MAUVAIS EN TOUT, bien loin des précédents du genre (Wallace et Gromit, Chicken Run), qui ne nous fait même pas passer un bon moment, et s'attache à une vaine, longue et futile histoire de pirates, j't'en foutrais des pirates de l'année moi; un pseudo thriller français, POSSESSIONS, au quatuor d'acteurs particulièrement mauvais (Julie Depardieu-Jérémie Rénier-Lucien Jean-Baptiste-Alexandra Lamy), très long et qui nous laisse sur le quai, alors qu'on attendait pas mal du réalisateur du Fils de l'épicier. Quant aux trois films qui suivent, ils font partie de cette catégorie de films « pliés d'avance », tu sais qu'ils seront pourris, au mieux tu vas les voir parce que tu en attends vaguement une surprisounette, au pire, et en général c'est pour ça, tu y vas pour cracher dessus: COMME UN CHEF, MINCE ALORS, PROJET X.

Par Gagor - Publié dans : Critiques de 2012
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Mardi 8 mai 2012 2 08 /05 /Mai /2012 19:01

9 FILMS

Coups de coeur

 

EN BREF:

Deux mois de vide intense sur ce blog, deux mois de disette cinématographique, dûe à de nombreux facteurs extérieurs (déménagement, vacances, boulot). Les mois qui suivent risquent d'être également perturbés (toujours pour les mêmes motifs), aussi je vais mettre en place mon petit rythme hebdomadaire, avec par semaine mon avis sur les films sortis. Et puis, en deux temps trois mouvements, je vais rattrapper mon retard, avec d'abord ces neuf coups de coeur, puis avec l'évocation des 25 autres films dont je n'ai rien dit.

 

OSLO, 31 AOÛT

Joachim Trier

 

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Un film sombre à l'écho obsédant, et à la poésie mortifère lumineuse. Joachim Trier nous entraîne peu à peu dans une ambiance, et dessine d'un trait teinté d'une sourde rage le parcours, sur une journée, d'un jeune homme, Anders, tout juste sorti d'une cure de désintoxication. Le film commence par une tentative de suicide, qui échoue. Puis se poursuit, sur toute sa longueur, sur une tentative de reconstruction, une sorte de renaissance, à laquelle on veut croire. Superbement filmé, le film laisse voir des mirages d'espoir, une mélancolie constante, contrebalancée par quelques scènes poétiques foudroyantes (on pensera évidemment à cette fameuse scène ou des volutes de fumée s'échappent d'un extincteur alors que quelques jeunes sont sur des vélos, en pleine nuit, avant l'aube). Une fois passée la longueur des premières scènes, Oslo 31 août se révèle peu à peu être un grand film d'ambiance. Anders Danielsen Lie, l'acteur principal, est une très belle révélation, donnant à son personnage l'ambiguïté nécessaire pour nous perdre entre deux hypothèses finales possibles. Deux mois après la vision du film, on en retient une chronologie très précise, une ambiance qui s'est insinuée durablement en nous, la subtilité de certaines scènes (celle de l'entretien notamment, ou encore celle de deux anciens amis qui se retrouvent sur un banc). Et surtout, on se rappelle qu'à la fin, le vide ressenti dans ces plans d'Oslo désert est immense. Mais on n'avait pas tant tort que ça: la renaissance du personnage, à laquelle on croyait vraiment, se clôt vraiment sur un envol, à l'intensité bouleversante.

76%.

 

HASTA LA VISTA

Geoffrey Enthoven

 

hasta la vista

 

Au départ, rien n'engage à aller voir le film, dont l'affiche et la bande-annonce font peur. Et puis on y va, guidé sans doute par des échos positifs, et une histoire plutôt loufoque (trois handicapés veulent aller en Espagne dans un bordel pour ne pas mourir puceaux). Histoire qui n'a d'ailleurs plus rien de loufoque au final. On rentre tranquillement dans le film, toute la partie des préparatifs du voyage est plutôt amusante, et nous fait attendre, avec une petite impatience qui monte, ce départ vers l'Espagne. Arrive l'heure du départ, et surgit sur l'écran ce chauffeur, Claude, qui les conduira à bord de son minibus vers Punta del Mar, là ou se trouve ce bordel, "pour les gens comme eux". A partir de là, le film devient un petit bijou d'humanisme et de simplicité. Geoffrey Enthoven tient ses quatre protagonistes en respect, le tout est filmé dans l'ambiance chaleureuse et sympathique d'un bon feel-good movie. On s'attache très vite aux personnages, et tout est amené avec beaucoup de finesse (lorsque Claude nettoie Philip, ou lorsque Joseph parle avec Claude). On s'amuse vraiment, le rythme est soutenu, les acteurs excellents. Certaines séquences sont vraiment touchantes, d'autres rêvées (celle du camping sauvage, "hôtel mille étoiles", est juste parfaite). Et arrive la partie en Espagne. L'état de Lars se dégrade, et le film se transforme en flot continu d'émotion sur les quinze dernières minutes. Comme dans tout bon feel-good movie, Enthoven fait triompher l'amour, l'amitié, le voyage... Mais il fait aussi triompher le sexe, hors de toute différence, dans cette scène ou les trois, lestés de leur handicap, semblent avoir trouvé une satisfaction pleine et entière dans l'heure qui a précédé. On sort de la salle avec une légèreté incroyable, et un état d'esprit positif pour quelques jours au moins. Hasta la vista est une fraîcheur, une oeuvre qui suinte l'amour, la vie, et l'inénarrable capacité qu'ont les hommes, quand ils le veulent, à se respecter.

74%.

 

TYRANNOSAUR

Paddy Considine

 

tyrannosaur

 

Dans la veine du cinéma social de Ken Loach, Paddy Considine réalise un Tyrannosaur sorti des tréfonds d'une province anglaise défaite et déprimée, avachie et dont on sent d'ici l'odeur de renfermé. Son film est d'une violence inconsidérable, d'une noirceur profonde, de laquelle on pense qu'on ne sortira jamais. Très bien rythmé, le film est pourtant long. Parce qu'il met du temps à installer une intrigue particulièrement éparpillée, qui met en jeu la vie entière de deux êtres (violence conjugale, mort d'une épouse, alcool, chômage...). Parce que c'est une rencontre au long cours qui est montrée ici, de manière simple et rugueuse, tragique aussi. Considine réussit un film social plus noir que ce qu'à jamais fait Loach, et installe sa signature dans de nombreux silences, déchirés par des coups, des pas, des éclats de voix. Les deux acteurs principaux sont époustouflants: Peter Mullan, exceptionnel, dont le personnage semble résigné, prêt à renoncer; Olivia Colman, bouleversante tant elle parait simple et dont la vie devient pourtant un supplice. Leur rencontre déjoue les pièges, et rentre dans une complexité quasiment suffocatoire. Et pourtant, empêtré dans une histoire ou les noeuds sont nombreux, Considine parvient à extirper un début d'espoir, un combat qui reprend, et une vie qui se remet à flot. Contre toute attente, le film devient très beau.

73%.

 

L'ENFANT D'EN HAUT

Ursula Meier

 

l'enfant d'en haut

 

L'enfant d'en haut est un film très particulier. Parce que d'emblée, il n'est pas ouvert. L'enfant dont il est question, et cette fille avec qui il habite, sa soeur surement, sont enfermés dans leur univers. Lui dans sa débrouille, ses manigances pour voler du matériel de ski et le revendre, pour pouvoir subsister et subvenir aux besoins de sa soeur. Elle dans sa vie qui part en vrilles, et dont on ne saura pas grand chose des allées et venues. La caméra semble observer cela, de dehors. La dramaturgie est telle que le spectateur ne semble pas invité, laissé en dehors de cette solitude immense que dégagent ces deux êtres délaissés. Et pourtant, L'enfant d'en haut s'insinue, tranquillement, doucement, sans brutalité, malgré la violence de l'histoire et la colère d'un enfant, empêtré dans un rapport marchand, même lorsqu'il s'agit d'un simple câlin, avec sa présumée soeur. Et l'émotion vient, par à-coups. Le film est buté, complexe, et laissera une trace. Kacey Mottet Klein, après avoir été un Gainsbourg enfant inoubliable, révèle ici une imperméabilité de façade inouïe aux attaques qui lui sont faites. Il bouleverse lorsque se fissure cette façade sûre et intangible: il cherche une trace d'amour, de réconfort. Léa Seydoux est parfaite en écorchée courant d'air mystérieuse, qui cherche à reprendre sa place dans le cocon familial, mais a du mal à y parvenir. L'enfant d'en haut nous tombe dessus de la même manière que les évènements de la vie leur sont tombés dessus. Et c'est un choc.

70%.

 

INDIGNADOS

Tony Gatlif

 

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Quel cinéaste, mieux que Tony Gatlif, pouvait rendre hommage, et rendre justice au combat des Indignés? Aucun, et ça se voit, même dans les maladresses. "Face à l'urgence, j'ai poussé un coup de gueule. Face à l'urgence, j'ai pris ma caméra. J'ai fait un film, tout de suite, tout seul, avec mes propres moyens." Quel autre cinéaste aurait eu le courage de dire cela, et de le faire? Aucun. Son film tout entier est habité par l'urgence, avance grâce à cette urgence. Un documentaire qu'il a tissé autour d'un fil rouge, une clandestine africaine qui arrive en Europe par la Grèce, et qui se rend compte de l'état délétère des sociétés européennes, qui a quitté l'Afrique pour trouver un meilleur, et se retrouve, presque malgré elle, dans la contestation. Gatlif, dans son désir d'englober et de relier tout (clandestins, Roms, Indignés), brasse parfois de l'air, mais sa sincérité, son audace et sa spontanéité l'emportent à chaque fois. On trouve comme d'habitude une poésie propre à Gatlif, cet art de montrer les détails avec fougue et vivacité (des oranges qui dévalent une ruelle, une pomme donnée de main en main au ceur d'une manifestation, une canette qui roule sur le bitume brûlant). On entend aussi une musique, un rythme lancinant et entêtant, signé Delphine Mantoulet, femme de Gatlif et créatrice de merveilles rythmiques. On sent aussi l'agitation parfois vaine d'un homme qui ne sait pas canaliser ses colères (dans ces citations maladroites d'extraits du livre de Stéphane Hessel, pas forcément bien senties, et illustrées au pied de la lettre, comme dans ce poulailler, ou la poule se fait bouffer par le renard...). Le film n'aura et ne sera vu que par des gens acquis à la cause indignée, malheureusement, mais il est toujours important que de tels films soient faits, surtout lorsqu'ils procurent un sentiment de cinéma, d'urgence et de militantisme aussi important.

69%.

 

38 TEMOINS

Lucas Belvaux

 

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Comme à son habitude, Lucas Belvaux semble nous proposer un polar sombre et à la réflexion non dénuée de fondements. Le casting de choix - Attal, Quinton et Garcia - annonce un bon film. Et pourtant, le film n'attirait pas l'oeil. C'est d'ailleurs une de ses remarquables qualités: avec une grande pudeur, le film est loin d'être tape-à-l'oeil. On ressort de la salle tout bizarre, impressionné par une rigueur qui force le film à pêcher un peu par son rythme, mais oblige aussi une écriture solide, et une réalisation méticuleuse, qui laisse une impression très forte. En racontant un crime par l'unique point de vue des témoins, Belvaux réalise une oeuvre originale, à la force inattendue. Le film est passionnant d'un point de vue éthique et moral (tout le monde a entendu cette femme crier, et pourtant personne n'a rien fait, ni même décroché le combiné pour appeler la police - qu'aurions-nous fait?), comme il est passionnant sur le simple point de vue du cinéma (dans cette ville du Havre, qui intéresse tant les cinéastes actuellement, la manière dont est filmée cette rue, artère passante mais amorphe, réunie pour quelque jours autour d'un deuil, ou cette ville port, si morne, si pesante, comme éloignée des réalités). Un homme osera avouer à la police que tout le monde a entendu, se mettant ainsi tout le quartier à dos. Yvan Attal est bouleversant, dans cette scène notamment de confessions nocturnes à sa femme (Sophie Quinton, parfaite), qui croit au matin avoir rêvé. Le scénario est très maitrisé, même s'il laisse peu de libertés aux interprètes, qui débitent parfois un texte un peu trop précis. Mais sur cette scène finale de reconstitution, intense, on oublie les défauts du film, qui laisse son spectateur pantois, questionné, et impressionné.

67%.

 

UNE BOUTEILLE A LA MER

Thierry Binisti

 

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Sur une histoire somme toute assez classique (petit état des lieux en Israël et en Palestine, à la suite d'une bouteille jetée à la mer, avec un message empreint de curiosité à l'intérieur), Thierry Binisti tisse un récit épistolaire très convaincant, filmé avec beaucoup de simplicité. Il fonde sa force sur une sobriété éclatante, aussi bien dans la mise en scène, juste et efficace, que dans l'écriture, qui gagne très vite en puissance. Le film joue beaucoup sur notre propre rapport au temps, et vient questionner celui-ci avec intelligence. Dans les lettres, les deux personnages (une française en Israël, un palestinien) s'écrivent au départ au conditionnel, pour évoquer leur rencontre, puis au futur, que l'on sent proche, puis au présent. Et c'est de là que naît l'émotion, quand deux personnages se rapprochent tant qu'ils s'influencent directement. Binisti mise sur des seconds rôles très solides, tous très bien construits (Abraham Belaga, Jean-Philippe Ecoffey, Hiam Abbass), et sur un jeune casting parfait (Agathe Bonitzer et Mahmoud Shalaby), qui tient le film avec vigueur. Le film est simple, beau, et fort.

66%.

 

EN BREF

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ZARAFA

Rémi Bezançon, Jean-Christophe Lie

Un très joli dessin animé, très classique, très gentil. C'est vraiment beau, le trait est clair, presque enfantin, la bande originale est un régal pour les oreilles. Quant à l'histoire, bien écrite, elle laisse rêveur. Une petite magie familiale distillée avec délicatesse, humanité, générosité.

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LE ROI LION

Roger Allers, Rob Minkoff

Quelle émotion, de voir pour la première fois sur grand écran, un miracle de film d'animation, aux chansons enchanteresses, que l'on ne se lasse, durant la projection, de fredonner. Que de souvenirs, de traumatismes aussi (Scar et les hyènes), de tristesse (ça fait encore et toujours le même effet, ce vrombissement dans le canyon). On ressort de là en enfance, avec sur le bout des lèvres des chansons, qui suffisent à résumer tout. Et surtout, on se rend compte à quel point Le Roi Lion est entré dans les mémoires, et dans le quotidien, dans des phrases ou des expressions. Réjouissant!

Par Gagor - Publié dans : Critiques de 2012
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