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8 avril 2013 1 08 /04 /avril /2013 23:03

 

 

JAPPELOUP

Christian Duguay


3 étoiles

 

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Un homme, un cheval, un seul et même destin. Voilà, en gros, ce que propose de retracer Jappeloup, du nom du (beau) cheval, héros du film. L'homme, c'est Pierre Durand, avocat qui finit par se consacrer à l'art du saut d'obstacle, et devient chevalier. On connait d'avance la fin (l'homme et son cheval terminent gagnants aux JO de Séoul en 1988), on s'attend à un film classique et pépère, un Petits Mouchoirs 2, sans les irritantes larmes de Marion Cotillard, et sans la lourdeur du ''film de potes''. Christian Duguay, sans grande référence, réalise ici un film de, écrit par et pour Guillaume Canet, et on le sent bien (l'acteur se révèle très bon dans son rôle, investi et méticuleux), mais pour autant, le reste du film semble très soigné, les seconds rôles existent bel et bien. On redécouvre ainsi le très bon acteur que peut être Daniel Auteuil, qui nous fait totalement croire à son personnage de patriarche bourru et ambitieux pour son fils, on apprécie la prestation émouvante de Marina Hands, qui se bonifie avec le temps, on découvre la candeur de Lou de Lâage (après son rôle dans J'aime Regarder les Filles), on s'étonne devant la ''révélation'' Jacques Higelin, parfaitement sobre, et on s'émeut de retrouver la belle Marie Bunel, trop rare et souvent trop discrète. Le film, volontairement, revisite de nombreux thèmes très classiques, dilués dans une mise en scène ample et impersonnelle, sous la sécurité de l'appellation ''biopic'': les relations père-fils et homme-cheval, la conviction, et bien sur l'éternelle faiblesse de l'homme devant l'échec. Jappeloup, après des débuts prévisibles et un scénario bateau, nous offre ce que l'on apprécie de temps à autre: un film classique, avec de vrais morceaux d'acteurs dedans, et donc un vrai plaisir, qui ne se dément pas à mesure que la réalisation se fait plus alerte. Jappeloup ne fera surement pas date, en tout cas il offre une inattendue surprise, joliment construite, devant laquelle on est véritablement ému et, contre toute attente, embarqué.

 

13,5/20


 


 

CAMILLE CLAUDEL 1915

Bruno Dumont

 

2 étoiles

 

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Deux sentiments précèdent le film. D'abord, l'envie de voir Juliette Binoche pendant 1h35, quasiment seule, l'envie de regarder ce visage féminin que l'on aime tant, où l'on pourrait, selon Gérard Lefort de Libération, ''lire le bulletin météo des tempêtes sous son crâne et des rares embellies qui le traversent''. Et puis, au contraire, l'envie de fuir avant même d'avoir vu le film, en prévoyant le lourdingue ''naturalisme'' à la Dumont, qui nous a fait vivre des moments de pur ennui devant des ''oeuvres'' qui laissent de marbre (Hadewijch particulièrement). Deux sentiments succèdent au film. D'une part, le vrai bonheur de voir Binoche dans un rôle à sa taille, qui l'interprète avec une force inouïe. Camille Claudel est devant nous, elle mange, prie, s'ennuie, s'énerve, se prépare à manger, écrit, s'affaiblit, écroule en larmes plusieurs fois (cette séquence magnifique où des pensionnaires répètent une scène de Don Juan, et durant laquelle Binoche passe de l'absence totale au rire, puis aux larmes). D'autre part, une incertitude. S'est-on ennuyé? Qu'a-t-on vraiment observé? Etions-nous attentifs au seul bulletin météo prodigué par Binoche, ou regardions-nous ces vrais pensionnaires qui gravitent autour de Binoche? Sommes-nous voyeurs, où Dumont a-t-il trouvé la manière la plus juste de filmer ces personnes? L'incertitude demeure longtemps, force est au moins de reconnaître à Dumont la capacité de stimuler son spectateur, qui ressort légèrement déboussolé. Parce que d'un côté, il y a la ''pureté'' du geste, le naturel des comédiennes, la beauté d'une échappée sur les chemins d'un calvaire rocailleux, la force de larmes et de soutiens involontaires de la part des pensionnaires. De l'autre côté, il y a aussi ce flot continu de paroles, qui viennent souvent gâcher le ''plaisir'', et couper une dynamique mise en place par la quiétude du découpage, il y a cet insupportable Paul Claudel (Jean-Luc Vincent), qui prend toute la place pendant un très long moment, trop théâtral et trop bavard pour exister à l'écran. Et il y a cette forte propension de Dumont à la contemplation incertaine et chaotique, qui rend l'oeuvre peu palpable, loin de toute cinégénie.

 

Le 30 mars, pourtant, une lecture, dans Libération, un reportage au long cours dans Le Mag du week-end. Et se lève enfin l'incertitude. Oui, il faut aller voir Camille Claudel 1915, malgré les atours peu attractifs du film. L'article '' « Camille Claudel 1915 », une folle parenthèse'', qui revient sur le lieu du tournage, à Saint-Paul de Mausole dans les Bouches-du-Rhône, raconte les réminiscences de l'aventure dans la tête et dans la vie des pensionnaires. Un article vraiment superbe, qui pose les questions de l'identification (du spectateur aux handicapées, des handicapées à leur rôle – certaines sont devenues aides-soignantes pendant le tournage, ce qui leur reconnaît un statut de personnage, autrement différent que celui d'handicapée), du rapport au langage (apprentissage du texte, l'acte de ''jouer'', notamment cette femme qui chante et exulte son Hallelujah!...), et d'une folle expérience humaine qui, selon les dires du personnel de la maison d'accueil, a changé toutes les pensionnaires, les a marqué durablement. Camille Claudel 1915, film complexe qui laisse de nombreuses questions en suspens, restera finalement comme une belle expérimentation, une oeuvre qui ouvre la porte à des réflexions passionnantes.

 

12,5/20

 

 


 

TU SERAS SUMO

Jill Coulon

 

2 étoiles

 

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Tu Seras Sumo est un documentaire étonnant sur l'initiation d'un jeune homme (mince) à l'art du Sumo. Jill Coulon, qui a été autorisé à tourner dans une écurie de sumo, a trouvé le sujet parfait pour un documentaire qui paraît quasiment scénarisé: un jeune homme, donc, dont le père veut qu'il fasse du sumo, mais qui n'en n'a aucune envie. Il va entreprendre l'apprentissage de l'art, en prenant du poid, en apprenant les codes et en suivant les rites d'initiation (dont certains sont plutôt amusants). L'entraînement, très physique, dure jusqu'à 5 heures pas jour, et le craquage n'est pas permis (scène magnifique des larmes d'épuisement). Le titre japonais, Shinbô, signifie Courage, Persévérance. Il est particulièrement adapté ici, alors que le jeune finira pas abandonner son apprentissage, sous la pression trop forte de ce que l'on attend de lui. Le documentaire porte plus sur la construction d'un adolescent qui passe à l'âge adulte, en se faisant véritable porte-voix de ce garçon qui raconte, en voix off, à travers des entretiens, ses ressentis, et son intégration dans l'écurie. Seulement, si l'observation est intéressante, le film s'essouffle très rapidement, et devient anecdotique. Un documentaire original, dépaysant et qui dévoile au novice une partie de la culture japonaise, comme il est très juste lorsqu'il parle de la difficulté de se plier aux traditions, mais qui est affaibli par une musique envahissante, et un cadre formel engoncé dans son académisme. Ceci étant dit, on attend la suite de Jill Coulon, dont c'est le premier film.

 

11,5/20

 

Published by Gagor - dans 2013
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21 mars 2013 4 21 /03 /mars /2013 22:26

THE SESSIONS

Ben Lewin

 

Quatre étoiles


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Un homme atteint de la polio, ne pouvant quasiment rien faire seul, immobilisé dans un poumon d'acier. Un intérêt grandissant pour la chose sexuelle, qu'il n'a jamais connue, qui l'empêche de se sentir homme accompli, ou plus simplement homme ayant la maitrise de son propre corps. Plusieurs femmes. Une première, avec qui il aimerait atteindre une sensualité développée, elle freinée par ce corps inerte, malgré la vivacité de cet esprit. Une seconde, avec qui il travaille cette sensualité, découvrant ainsi son corps, sa capacité au plaisir, à l'attachement, à l'estime de soi. Le film raconte cette rencontre fabuleuse, entre deux corps, puis entre deux êtres, une rencontre couchée, sans fard. Au cours de six séances (les sessions), l'homme et la thérapeute (assistante sexuelle) vont explorer le corps de l'un, puis de l'autre, le but étant clairement énoncé: arriver à faire pénétrer l'un dans l'autre, dans l'ultime objectif de parvenir à un orgasme mutuel.

 

Le cinéaste raconte son histoire sans aucune pincette, aborde son sujet frontalement. Mais pour autant, il n'est jamais question de voyeurisme, ou même d'explication rationnelle, ni de leçon de vie. Haut et fort, le film clame: chacun a droit au sexe (un prêtre le confirme, Dieu fera bien une exception pour cette sexualité hors mariage). Le sujet, au départ, ce sont les pulsions, les envies de ceux qui ne peuvent se satisfaire eux-mêmes, ou n'osent pas le demander. Au final, en contrepoint, vient sonner cette envie d'être aimé, regardé, désiré. Le propos a beau être cru, l'image a beau être rude, il n'y a pas une seconde graveleuse en ce film. Parce que le cinéaste parvient à rendre poétique son observation rigoureuse, et parce qu'il respecte profondément les deux personnages principaux, qu'il dépeint avec une tendresse infinie, qu'on devine dans la douceur et la subtilité des dialogues, des réactions. On peut souligner que les deux acteurs, Helen Hunt comme John Hawkes, sont d'une exemplaire sobriété. Il sublime son sujet en offrant à son cadre de nombreuses échappées: résurgence de souvenirs d'enfance, poèmes, détails absurdes qui amènent le rire. The Sessions est un cocon, dans lequel on se sent bien, devant lequel on n'est jamais gêné. Le cinéaste, s'il ne brille pas par son style, impose à son excellent scénario un rythme et un découpage efficace et posé. On aborde la question de fond en comble, et le fil ne casse pas, rien ne s'essouffle, on sort de la salle profondément ému, par la force et la simplicité d'un film beau, profond et remuant.

16/20

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20 ANS D'ECART

David Moreau

 

3 étoiles


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Une femme, MILF (Mother I'd Like to Fuck) de son état, veut être nommée à un poste important dans le magazine féminin pour lequel elle travaille. Un jeune homme, étudiant, plutôt intelligent, mais encore assez naïf, tombe amoureux de cette femme, de vingt ans son aînée. Elle, parce que son patron trouve ''moderne'' qu'elle s'amuse avec un petit jeune, monte un plan, censé ne pas toucher à ses affects. David Moreau nous propose une comédie romantique, qu'on croit au départ bien franchouillarde comme il faut. La présence de Pierre Niney au générique intrigue tout de même, lui qui avait brillé dans Comme des frères, J'aime regarder les filles, ou Les neiges du Kilimandjaro (ce serveur, mais ce serveur...). Donc on y va. Générique de début, on se croirait dans une pub, magazine qui se feuillette et se jette directement après. Persuadés que le film va être une sacrée daube, on se renfrogne dans son fauteuil, n'attendant que Pierre Niney pour nous sauver, un tantinet soit peu, de là.


Or, tout ce qui suit dans la comédie n'est que jubilation. Sur une histoire vue et revue des centaines de fois, David Moreau instaure une petite alchimie entre ses deux acteurs, une folie mordante et pleine de plaisir. 20 ans d'écart ne souffre d'aucune originalité (cadrages plats, image trop nette, comme du papier glacé, scénario inconsistant, rebondissements téléphonés), mais s'illumine par le seul éclat du casting. Virginie Efira, malicieuse, blonde pimpante et revigorante, un vrai bol d'air. Charles Berling, inattendu, à l'air de s'amuser, et ça déteint bien sur nous. Gilles Cohen étonne en vieille folle directeur de magazine. Et Pierre Niney, d'une candeur pleine de fraicheur, de naïveté et d'oisiveté, parfait comme à son habitude, plein de promesses. Bref, une comédie qui s'apprécie uniquement pour les acteurs, mais des dialogues qui font mouche sans arrêt, et des éclats de rire (généralisés dans la salle pleine) incessants. Un vrai plaisir, sans prétentions, malgré les défauts d'une comédie française qui peine à regarder dans d'autres directions.

13,25/20

 


 

NO

Pablo Larrain

 

2 étoiles

 

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No, ou comment la campagne du plébiscite demandé par Pinochet pour crédibiliser son régime aux yeux du monde en 1988 devient la victoire du NON grâce à un combat publicitaire entre partisans et opposants au régime. No, ou le plaisir de voir un vrai beau film politique, qui porte de l'affection pour son sujet. No, ou le récit endiablé, parfaitement maitrisé, joliment découpé, rythmé en diable, d'une campagne de la joie. No, ou la confirmation que Gael Garcia Bernal est un acteur engagé dans ses projets, tous passionnants (son dernier en date sorti en France, Même la Pluie, écrit par le scénariste de Ken Loach, était un très beau film), et un producteur investi (on retrouve son fidèle acolyte, Diego Luna, dans la liste des coproducteurs du film, desquels Garcia Bernal fait partie).

 

Le film est un ensemble qui plait et déplait. Sur le fond, on serait évidemment tenté d'adhérer sans aucune réserve au film, parfaitement raconté, au scénario en béton. L'image saisit parfaitement l'ambiance d'une équipe en plein travail (ces scènes de ballade, de pique-nique, ou tout se mélange – le familial, le professionnel), et la qualité principale du film réside dans la crédibilité de ce qu'il filme: les brainstormings sont plus vrais que nature, l'échaffaudage en dernière minute de systèmes D, l'Histoire qui se fait au jour le jour, au gré de discussions plus ou moins clandestines, la construction spontanée et collective d'une campagne, des premiers croquis à la chanson... Le film offre un véritable plaisir de narration, les acteurs sont pour la plupart très bons, même si l'ensemble pêche légèrement parfois d'un bavardage incessant, qui met en cause la crédibilité de certains comédiens, trop attachés à savoir leur texte. En revanche, gros point noir du film, que beaucoup auront souligné: la technique. Si le procédé est original, si l'envie est compréhensible de vouloir filmer les images d'aujourd'hui avec la qualité de l'époque, pour pouvoir les mixer sans problèmes aux archives, le rendu est pour le moins mitigé. Plaisant les cinq premières minutes, le procédé finit par fatiguer la rétine et le cerveau, saturé au maximum. La lumière encercle constamment les plans, qui empêche forcément de voir les détails de chaque scène. Ca peut avoir son charme dans un court-métrage, c'est très lourd sur une si longue durée. Et même si au final, le fond prime sur la forme, le plaisir est quelque peu gâché par cet handicap très lourd. Reste l'immense plaisir d'une campagne victorieuse, pleine d'envies, de joie, d'originalité, de passions intimes et collectives, et l'intérêt profond quant à la portée politique de l'oeuvre, qui conte une histoire dont devraient s'inspirer les communicants d'aujourd'hui, engoncés dans leurs certitudes.

13/20

 


 

AU BOUT DU CONTE

Agnès Jaoui

 

2 étoiles

 

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Quel réel plaisir que de retrouver le tandem Jaoui-Bacri à l'écran, cette poésie douce-amère qui s'impose d'emblée, et cette manière unique de parler des tourments, de la vie qui va et vient. Le scénario, toujours très bien tissé, n'oubliant pas d'être légèrement décousu, est bien signé du duo, ça ne fait aucun doute. Bacri campe cet éternel bougon, Jaoui l'éternelle frustrée, et ils restent parfaits, quoi qu'il arrive. Au bout du conte est censé raconter un conte, justement, avec tous les archétypes qui font des contes ce qu'il sont: une bonne fée (Jaoui, donc, drôle à souhait, bonne fée pour les autres, moins pour elle), une princesse (Agathe Bonitzer), un grand méchant loup (parfait Benjamin Biolay), un prince charmant (sympathique Arthur Dupont). Quant à Bacri, on ne sait pas trop (on pencherait pour l'oncle bougon, mais Jaoui semble faire jurisprudence, n'ayant pas d'exemples en tête pour coller un archétype à Bacri). Le synopsis est plutôt amusant, faisant état d'une histoire de croyances, croyances qui s'enchevêtrent, une petite fille croit en Dieu, une jeune fille croit en l'amour, un jeune homme qui ne croit pas beaucoup en lui, un homme qui croit en la date de sa mort, prédite par une voyante.

 

Le film, choral, est sympathique à regarder, bien rythmé, bien dirigé, mais la semi-déception est bien présente. Effectivement, le moment n'est « que » sympathique, mais très vite oublié (vu fin janvier, je n'en retiens que très peu de plans). Si les thèmes sont passionnants, et donnent lieu à certaines scènes valant leur pesant d'or (la confession d'un père à son fils, l'apprentissage de la conduite...), et à certaines idées merveilleuses (cette impression de vieillesse dans le visage jeune d'une femme, le « suspense » de la date de mort...), aucun n'est véritablement fouillé, et on a du mal à rentrer vraiment dans l'histoire. Et même si la construction du film est très intéressante (il s'agit de déconstruire les croyances induites par les contes), on attendait quelque chose d'un peu plus mémorable.

12,75/20

 


 

A LA MERVEILLE

Terrence Malick

 

1 étoile bis

 

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La Merveille de l'Amour, quel qu'il soit. Si tu aimes, que ce soit dans les champs, dans une église, dans un supermarché, ou, le must, sur les marches du Mont Saint Michel, alors l'Amour te le rendra. Voilà, on a dit cela, on a tout dit. Le dernier film de l'immense Malick (dont on retient aussi bien les cadrages amples de sa fameuse Ballade Sauvage, qui semble à des années-lumière, que la cohérence naturelle entre l'infini et le minuscule dans sa superbe Palme d'Or The Tree of Life), se limite à un triangle amoureux (triangle formé par Dieu, l'Homme et la Nature, comme toujours), qui aurait pu être magnifique. D'un point de vue purement formaliste, A la Merveille est très intéressant, et ressemblerait à ce cinéma épuré de toute histoire, de tout point de vue qui viendrait « gâcher » l'art de faire du cinéma: des plans qui ne cessent de se couper un plein milieu, qui donnent une tentative d'effet de fuite vers quelque chose (qu'on ne saisira jamais); des dialogues qui ne se suivent pas et ne sont pas purement illustratifs; des images sublimes et découpées en tout sens. Or, du point de vue du spectateur tel qui attend le cinéma de Malick, c'est pire qu'une déception, c'est une petite horreur. Dans The Tree of Life, qui serait le film de Malick se rapprochant le plus de celui-ci, le cinéaste parvenait à offrir un flot de sensations, et il avait beau partir en toutes directions, des liens pouvaient se tisser, et chaque image pouvait trouver sens à nos yeux.

 

A la Merveille, bien que s'en rapprochant par son style, et portant la patte de son auteur, ne parvient pas à nous faire décoller. Jamais. On se retrouve alors, pendant très longtemps (1h50 qui n'en finit plus), devant une foule d'images, qui ne sont pas forcément si belles d'ailleurs, qui se suivent et paraissent ne rechercher que la meilleure exposition à la lumière, la plus belle courbure de Olga Kurylenko, le plus beau nuage. Non seulement on s'ennuie fortement, mais le cinéaste (dont c'est le premier naufrage) ne récupère jamais son film, même si certains plans relèvent du sublime. Le film a des arguments de vente dont il ne se sert que trop peu (Rachel McAdams, reléguée à « celle qui court dans le champ pendant deux minutes, et puis – pouf! - plus rien »), et des handicaps dont il fait l'apologie (cette voix off omniprésente, ou cette recherche d'amour divin, les deux d'une lourdeur incommensurable). Dans l'aridité et l'impersonnalité du paysage américain, comme dans la tiédeur de la manière de filmer Paris, le film se perd, et ne reprend jamais pied. L'amour érigée en merveille devient une méprise, et le sentiment même – qu'il soit divin, terrien ou humain -, une prétention.

8,5/20

 


SPRING BREAKERS

Harmony Korine

 

1 étoile bis

 

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Les plages bondées, les motels ivres de monde et de réjouissances, les fesses à l'air et la tête décidément ailleurs, des milliers de jeunes fêtent le Spring Break aux Etats-Unis, des vacances de démesure (alcoolique, sexuelle, droguée), se terminant en partouze géante, mais bourrée. Le film hype de Harmony Korine, qu'on a connu scénariste pour Larry Clark (Ken Park et Kids, deux films désespérés), se propose d'observer quatre jeunes filles en fleur, dont une est une fervente croyante, et de styliser tout ça de manière tendance: pop et flashy. Plans de gigantesques fêtes étourdissantes sous un soleil de plomb, folie tendance gerbe dans la moiteur des motels, arrestation de notre bande bronzée en soutien-gorge bien valorisant. Un sauveur à la rescousse, un Alien, comme son nom l'indique, un type un peu spécial (James Franco et ses dents en or) qui les prend sous sa protection, de leur plein gré selon les filles en chaleur, de force selon le spectateur. Spring Breakers est la chronique parfaite pour dépeindre ce que tout le monde voudrait bien croire, et c'est là tout le problème d'un film qui se veut universel, en tout cas largement mondialisé. Harmony Korine va loin dans son ''histoire'', l'assume jusqu'au bout, et offre à voir en pâture la crédulité de quatre jeunes filles qui se font baiser (dans tous les sens du terme), le langage et l'attitude désabusée de celles-ci.

 

J'espère mal interpréter le film, qui part dans tous les sens, et n'a rien à dire (en tout cas d'intéressant), et se donne constamment des airs, en se pliant au marketing, n'en montrant pas trop pour pouvoir être montré, suffisamment pour attirer un public jeune et branché (ça réussit), qui rêve secrètement de se laisser aller à ces ''plaisirs''. Mal à l'aise, on ne l'est pas par l'image, finalement assez convenue et dont on a vite fait le tour, mais on l'est par ce que sous-tend le film: ainsi, dans ce monde, on pourrait – on devrait, même - rêver de ne faire que ''la fête'' pendant des jours entiers, faire semblant de baiser à tout-va, et puis être bourré à 17h pétantes, puis comateux jusqu'au lendemain. Quel programme! Le film s'essouffle très rapidement, dès l'instant ou entrent en jeu ces quatre jeunes filles qui n'ont rien à faire, rien à dire, et encore plus lorsqu'intervient James Franco, méconnaissable, au jeu caricatural à souhait. En définitive, Spring Breakers, sous couvert de montrer une réalité et d'aller jusqu'au bout de sa logique (mais alors, vraiment au bout), ne fait que l'apologie du vide sidéral.

6,5/20

Published by Gagor - dans 2013
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29 mai 2012 2 29 /05 /mai /2012 00:30

DE ROUILLE ET D'OS

Jacques Audiard

 

3 étoiles

 

EN BREF:

Audiard s'essaie au mélodrame populaire. C'est surprenant, fort, émouvant, mais loin d'être un chef-d'oeuvre comme on a pu l'entendre.

 

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Avec De Rouille et d'Os, l'un des grands cinéastes français vivants explore un cinéma auquel nous n'aurions jamais pensé pour lui: le mélo. Dans un style plus populaire, forcément un peu déroutant pour le spectateur, il conte, dans un contexte social précaire et violent, l'amitié naissante entre un jeune père rustre, et une femme a priori lumineuse qui se fait amputer des deux jambes suite à un accident. Ce qui prime ici, ce ne sont pas les contours techniques du film (le cadrage, les décors, la photo, magnifiques, ou la BO, relativement décevante), mais bien l'histoire, et les acteurs. Trois points de vue dans un vrai beau mélo plutôt habile, malgré une fin qui déçoit (à partir du fameux lac...).

 

On pourra légitimement regretter quelques effets de scénario peu probants, un dialogue peu naturel entre différentes composantes du film, mais "De rouille et d'os" frappe d'abord par la force de son interprétation.

La Croix

 

Le père

Brut de décoffrage, c'est Mathias Schoenaerts qui est (pour qui n'a pas vu, semble-t-il, Bullhead), la révélation du film. Son jeu est d'une intensité exceptionnelle, d'une grande maturité, et d'une grande subtilité. Il est un père qui manque à son fils, absent par un trop-plein d'embrouilles de part et d'autres, par une galère continuelle, et par une inconscience du rôle d'un père, du fait de ne l'avoir jamais vraiment été (il n'a pas élevé son fils). Audiard construit sur l'acteur belge tout ce qui fait le sel de son cinéma: une violence qui ne tarde pas à éclater, dans tous les sens, et sans mesure, dans un contexte social tendu, une précarité grandissante à mesure que les petits boulots se font de plus en plus illégaux la plus totale. Et pourtant, comme à son habitude, c'est ce personnage qu'Audiard tente, dans un toujours lumineux geste, de sauver de cette noirceur, de sortir d'un néant affectif, de ramener à la vie. L'homme, qui a visiblement oublié l'enfance, retrouve peu à peu le plaisir, au détour d'une conversation, puis d'un toucher, puis d'une baignade, puis d'un baiser, retrouve peu à peu le goût du jeu, le risque du partage, de l'entraide, de la solidarité. Et finit par se faire écouter, comme il parvient à écouter les autres. Tout cela est fait dans une grande discrétion, la rage sourde et les pulsions mécaniques se transforment par infimes touches en compétition acharnée, en combativité et en attention pour l'autre. Ce personnage, aux allures si rustres et si peu attachant, devient extrêmement touchant, il gagne notre estime, et notre respect.

 

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La femme, l'amie.

Marion Cotillard, lumineuse, retrouve enfin un rôle à sa hauteur, bien longtemps après la fulgurance Piaf. Ici, elle est cette femme accidentée au travail (elle est dresseuse d'orques). Elle était séduisante, et aimait qu'on la regarde, aimait être observée, respectée. Amputée de ses deux jambes, elle ne crée plus autour d'elle ce désir, et n'émane plus de sa personne cette énergie indomptable. Elle sombre dans une tristesse, dont elle ne se relèvera que grâce à la « délicatesse » de cet homme, Ali, qui l'extirpe de sa torpeur. De ce qu'elle considère comme l'état de légume, elle se relèvera peu à peu, aidée par l'absence de manières de ce boxeur, qui, comme elle, est combatif. A mesure qu'elle se sent redevenir humaine (avec des prothèses), puis femme (avec le retour d'une grâce, d'une beauté, et d'une sensation physique et émotionnelle qui ressemble à s'y méprendre à de l'amour), elle reprend confiance, et à son tour tentera d'extirper cet homme qui la regarde si normalement, de manière si intense et sans fioritures, de ses violences et de son jusqu'au-boutisme dangereux. Cotillard tient ce rôle avec ferveur, elle est d'une grande justesse, notamment lorsqu'elle part totalement, seule dans sa chambre, sur une musique de Bon Iver, ou encore quand, dans un silence éloquent, elle renoue contact avec un orque, filmée de dos derrière une vitre.

 

Tout est bien dans "De rouille et d'os", sauf cette petite faute de goût qui ternit tout : c'est un chef-d'oeuvre. C'est du moins dans cet esprit qu'il a été conçu et c'est naturellement cet esprit qui l'empêche de l'être.

Libération

 

L'enfant.

De tous les personnages, c'est lui qui bouleverse, la bouille inoubliable du film, Armand Verdure. En plus d'avoir trouvé un contrepoint plus léger, plus enfantin, à son histoire assez tendue et âpre, Audiard filme ce gosse comme s'il était la passerelle dans cette relation, ce qui fait basculer la relation d'une histoire d'amitié à un nécessaire et vital besoin de reconstruction mutuelle chez les deux personnages adultes. Ce gosse, à la recherche de repères dans cette nouvelle vie (il vient de déménager chez sa tante, sur la côte méditerranéenne, à laquelle il ne connait rien ni personne, il vit avec son père pour la première fois...), passe son temps à essayer de franchir les limites de son père absent, quand sa tante s'occupe de lui. Niché dans une cage à lapin, il s'amuse et rêve à cette douceur qu'il aimerait recevoir. Quand arrive dans sa vie cette handicapée, il s'accroche et trouve une stabilité. Elle ne fuira pas, et il ne s'y trompe pas. Audiard, dans ce point de vue sur l'enfance, trouve la raison d'être de son film. Sans cet enfant, l'histoire aurait pu ne se résumer qu'à une histoire d'amitié entre deux êtres, et serait devenu très caricatural. L'enfant empêche Audiard de tomber dans l'excès, quand bien même il flirte très souvent avec, dans sa manière de dresser - on ne lui connaissait pas ce défaut- un film un peu caricatural. De cette oeuvre, on retiendra donc surtout une étude passionnante de caractères, et bien évidemment une direction d'acteurs exemplaire (on n'oubliera pas de citer l'excellente Corine Masiero et le parfait Bouli Lanners), mais la dernière image restera malheureusement celle d'une fin inconcevable et sirupeuse, à laquelle on ne croit plus.

 

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70%.

28 mai 2012 1 28 /05 /mai /2012 23:11

      SUR LA ROUTE

Walter Salles

 

2 étoiles

 

EN BREF:

Malgré des images d'une sidérante beauté, on peine un peu à ressentir ce qu'on aurait voulu: une invitation au voyage, un plaidoyer pour la liberté, un dépaysement total. A force d'ouvrir des pistes, Walter Salles laisse son film en bazar, un peu confus.

 

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De Walter Salles, on connaissait surtout le talent de mettre en scène de grands voyages, et de raconter avec tact des évolutions intimes. Ce qu'il essaye de faire ici en adaptant le pavé de Jack Kerouac, Sur la route. Dans les Etats-Unis des années 40-50, une bande de jeunes parcoure les Etats-Unis sans vraiment de points d'attache, avec pour leitmotiv le plaisir, le sexe, la drogue, la fougue, la vitesse, la littérature, le jazz... Bref, les représentants d'une jeunesse qui aspire à une vie libre. Sal Paradise essaie d'écrire un livre, qu'il rédigera de 1948 à 1957. On est forcément curieux de ce que cela peut donner à l'écran, d'autant que le casting est alléchant, et la vision de Howl, en début d'année, laissait pensif, on croyait naïvement que Salles allait compléter le film prometteur mais inabouti de Rob Epstein et Jeffrey Friedman. On croyait sincèrement que le cinéaste allait rendre justice à la densité de ce que la « Beat Generation » (selon les termes de Jack Kerouac lui-même) a pu apporter, au niveau sexuel, spirituel, artistique.

 

Walter Salles a été victime de lui-même. En voulant demeurer fidèle au texte, il en a édulcoré l'esprit, livrant un film trop propre, trop bien léché où l'on ne sent jamais la sueur, l'odeur de macadam, d'huile, d'essence et de poussière, la déglingue, l'atmosphère de vertige et de folie mâtinée de contemplation, le désespoir sans retour.

La Croix

 

Au début du film, il y a un véritable plaisir, à retrouver une photographie très séduisante, chaleureuse, signée du même directeur photo que Carnets de voyage, Eric Gautier (il a officié aussi sur Into The Wild). Il y a aussi la promesse d'une bande son magnifique, signée Gustavo Santaolalla (Carnets de voyage, Brokeback Mountain, Babel, rien que du très solide), et qui est effectivement ce qu'on retiendra surement du film (joli cheminement entre ballades légères et poétiques, jazz endiablé, et rythmes organiques). Très vite, on repère aussi l'intense talent des acteurs principaux, à commencer par Sam Riley (Sal Paradise/Jack Kerouac). On retrouve avec plaisir le jeune puceau de Good Morning England, parfait Tom Sturridge, en homosexuel dépressif (Carlo Marx/Allen Ginsberg), et on savoure le jeu sauvage et très physique de Garrett Hedlund (Dean Moriarty/Neal Cassady). On note avec surprise que la transition est réussie pour Kristen Stewart, qui nous fait totalement oublier les années Twilight. Les seconds rôles n'enlèvent rien au film, même si on se demande parfois ce qu'ils font là (Kirsten Dunst, Viggo Mortensen, Elisabeth Moss...).

 

Les inconditionnels du manifeste (enfin adapté !) de la Beat generation risquent fort d'être déçus. Où est passé ce fameux style " be-bop " de Kerouac, ce chant exalté et syncopé ? Walter Salles (...) a choisi une autre option, plus facile d'accès. Son film n'est pas une trahison, plutôt une version light, avec de très bonnes surprises.

Télérama

 

Seulement, toute cette beauté, si elle permet de faire passer les longues 2h20 avec les sens un minimum en alerte, ne parvient pas à éclipser le gros défaut du film: le scénario. On attendait un vrai point de vue de cinéaste, on a un défilé d'images sans vraiment de cohérence, on attendait une véritable réflexion, une écriture fougueuse, dynamique, virevoltante, on a un scénario brouillon, qui ne se donne pas, a-t-on l'impression, de direction, qui ne cherche pas à faire réfléchir mais simplement, et avec facilité, montre quelque chose. On attendait une invitation au voyage, on a un road-movie qui reste classique et plus pudique qu'on aurait pu le penser, qui ne donne pas singulièrement envie de prendre la fuite et de s'adonner aux joies d'une virée libre et désordonnée. La voix off, si elle est parfois utile lors de très belles phrases, lorsqu'on sent la plume de Kerouac qui s'agite et file sur le papier sans regarder en arrière, se révèle assez lourde durant la majeure partie du film, lorsqu'elle se fait purement narrative, sans développer aucune réflexion ou pensée un peu intimes. Walter Salles, que je tenais, avec Carnets de voyage, pour le maître du road-movie quasiment initiatique, signe ici une oeuvre longue et un peu vaine, qui pense pour nous au lieu de nous donner à penser, qui voyage pour nous au lieu de nous donner à voyager. A force d'être méticuleux sur ce qui enrobe le film (l'image, la bande-son, les acteurs), il en a oublié l'essentiel: donner au spectateur à ressentir, à s'émouvoir, à vibrer.

 

sur la route 2

 

59%.

17 mai 2012 4 17 /05 /mai /2012 17:10

MARS 2012 / AVRIL 2012

17 films vus / 14 films vus

 

terraferma

 

 Quatre étoiles

 

Terraferma - Querelles - Le Roi Lion

 

3 étoiles 

 

Hasta la vista - Tyrannosaur - L'enfant d'en haut - Indignados - L'amour et rien d'autre - Pour lui - 38 témoins

 

2 étoiles 

 

A moi seule - Les adieux à la reine - I wish - Le fils de l'autre - Avé - Bye bye blondie - Cloclo - Le prénom - Le paradis des bêtes - Week-end - 30° Couleur - Avengers

 

 1 étoile bis

 

Radiostars - Les pirates - Possessions - Elena - Comme un chef - Mince Alors!

 

 0 étoiles bis

 

Sur la piste du Marsupilami - Projet X - L'oncle Charles

 

3 moments...

- glaçant: dans la nuit, sur un bâteau dénué d'espoir, des mains s'accrochent, vainement, avant d'être retirées de là par des coups, puis emportées par la mer. C'est Terraferma, et c'est intense.

- grisant: une nuit de camping à la belle étoile, avec quatre éclopés de la vie, trois handicapés et leur chauffeur, Claude. C'est l'hôtel Claude, hôtel mille étoiles, c'est une surprise, et une scène rêvée! Hasta la vista.

- bouleversant: un enfant trouve son refuge, se défait du regard de ces deux sourds-muets qui l'accompagnent à Téhéran voir le corps de ses deux parents. Dans un tunnel, un dernier regard de l'enfant, qui nous marquera à jamais. C'est le puissant et audacieux Querelles.

 

MARS

 

hasta la vista

 

LA REVELATION: Filippo Pucillo - Terraferma

L'ACTRICE: Isabelle de Hertogh - Hasta la vista

L'ACTEUR: Yvan Attal - 38 témoins

LE REALISATEUR: Emanuele Crialese - Terraferma

LE SECOND RÔLE: Noémie Lvovsky - Les adieux à la reine

LE COUP DE COEUR: Terraferma, de Emanuele Crialese.

LA SURPRISE: Hasta la vista, de Geoffrey Enthoven.

LA MUSIQUE: Delphine Mantoulet - Indignados.

L'AFFICHE: 38 témoins, de Lucas Belvaux.

LA DECEPTION: Les adieux à la reine, de Benoît Jacquot.

LE NAVET: L'oncle Charles, de Etienne Chatiliez.

 

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AVRIL

 

 querelles

 

LA REVELATION: Kacey Mottet Klein - L'enfant d'en haut

L'ACTRICE: Olivia Colman - Tyrannosaur

L'ACTEUR: Peter Mullan - Tyrannosaur

LE REALISATEUR: Morteza Farshbaf - Querelles

LE SECOND RÔLE: Réda Kateb - A moi seule

LE COUP DE COEUR: Tyrannosaur, de Paddy Considine.

LA SURPRISE: Querelles, de Morteza farshbaf.

LA MUSIQUE: Le Roi Lion!

L'AFFICHE: Tyrannosaur, de Paddy Considine.

LA DECEPTION: Le fils de l'autre, de Lorraine Lévy.

LE NAVET: Sur la piste du Marsupilami, d'Alain Chabat.

 

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17 mai 2012 4 17 /05 /mai /2012 15:06

26 FILMS

Panier garni

 

3 étoiles

 

l'amour et rien d'autre

 

On commence par un très beau film, humble, simple et discret. Jan Shomburg se propose de filmer l'amour, uniquement l'amour. Un couple allemand est en partance pour Marseille, pour y travailler. L'homme part avant la femme, et se suicide sur un parking marseillais. Le reste du film conte l'amour qui subsiste, le désir qui renaît, l'incompréhension qui stagne. L'actrice Sandra Hüller est fabuleuse, L'AMOUR ET RIEN D'AUTRE est un film sensible, une fêlure qui se révèle en douceur.

 

 2 étoiles

 

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Dans la catégorie petite déception, le dernier Benoît Jacquot, que beaucoup ont trouvé (surement à raison) sublime, sensuel, lumineux, incroyable... Pour ma part, même si je reconnais le talent plastique certain des ADIEUX A LA REINE, la beauté de jeu de certaines interprètes (Diane Krüger, Léa Seydoux), et des qualités indéniables (Noémie Lvovsky est l'une d'elles), je ne me suis pas du tout identifié, et n'ai pas accroché au point de vue (la prise de la Bastille à travers les yeux de ceux qui ne sont pas à Paris, mais au château). Je ne me suis pas laissé emmener et n'ai donc ressenti aucune émotion. Ces adieux ne m'auront pas marqué... Petite déception aussi pour I WISH, que j'attendais quasiment comme le film d'enfance de l'année, et qui n'en est rien. C'est très long, et l'histoire (deux enfants séparés après le divorce de leurs parents), bat très vite de l'aile, n'ayant pas tant de choses à raconter. La première heure est particulièrement vide. Puis, dès que les deux frères se retrouvent pour assister à un miracle (deux TGV qui se croisent pour la première fois), le film se voit un peu plus comme une fugue, une fuite en avant. Se met en place une petite poésie, assez douce et subtile, le film devient véritablement enfantin, laisse place, enfin, à la rêverie, telle qu'on l'attendait. Le film n'est ainsi pas totalement vain, mais pas non plus à conseiller. Rayon déception, on est servis pas Lorraine Lévy, qui avait choisi un sujet qui aurait pu être fort (échange de deux enfants à la maternité, l'un israélien, l'autre palestinien), mais qui tombe assez vite dans la lourdeur de dialogues très scolaires. LE FILS DE L'AUTRE est loin d'être désagréable à regarder (ses jeunes interprètes, Jules Sitruk et Medhi Dehbi, y sont pour beaucoup), mais reste au ras de son sujet, sans éclat, sans fulgurance, sans nouveauté. Dans le même style, avec beaucoup plus de tact et de sensibilité, Une bouteille à la mer réussissait bien mieux son pari.

 

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Dans la catégorie bonnes petites surprises, on a d'abord HOWL, de Rob Epstein et Jeffrey Friedman, composition poétique réussie autour de la vie et du poème Howl, considéré comme obscène, d'Allen Ginsberg. Amour, philosophie et justice se côtoient dans cette oeuvre dans un enchevêtrement d'images pas toujours très cohérentes, mais desquelles se dégage une justesse, une beauté. Howl est un joli film sur le mouvement, sur l'homosexualité, mais aurait besoin d'un regard plus aiguisé, d'un peu plus de rigueur. Bonne petite surprise aussi que ce BYE BYE BLONDIE, qu'on attendait bien plus sulfureux, barré (et accessoirement mauvais) que cette bluette au contours punk. En deux parties, Virginie Despentes déroule d'abord son audace (dans cette partie jeunesse plutôt ambitieuse et réussie, ou Soko et Clara Ponsot irradient l'écran), puis se calme un peu (une partie adulte beaucoup plus posée, un peu morne par moments, ou Emmanuelle Béart et Béatrice Dalle ont du mal à se trouver). Un film très inégal, mais au moins, l'issue est belle, le texte que Pascal Greggory récite est beau, l'amour et Paris finissent par l'être aussi. De son côté, le bulgare Konstantin Bojanov nous entraîne dans une histoire étonnante, dans un film à l'ambiance surprenante. AVE parle de mensonge, de deuil, de rencontre. Et si le début est long et la mise en place un peu lourde, la partie ou les deux personnages apprennent à se connaître et à se respecter devient peu à peu très touchante, jusqu'à cette fin en suspens, qui laisse pensif et fait du film un moment qu'on aurait regretté de manquer. Enfin, dans un film assez dur, quasiment tendu, Estelle Larrivaz met en scène un quotidien qui fait mal au coeur dans LE PARADIS DES BÊTES, là ou les enfants sont obligés de s'inventer un imaginaire pour contrer la violence que s'infligent leurs parents. Le père emmène, sans prévenir la mère, ses deux filles à l'étranger. Un premier film très personnel, dense et à fleur de peau, qui manque certainement de cohérence, de poésie, de rigueur, mais est un beau gage d'espoir.

 

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Et puis les autres, ces films qu'on ne retiendra pas longtemps mais qui auront été un bon moment parmi d'autres. Le nouveau Stephen Daldry, EXTREMEMENT FORT ET INCROYABLEMENT PRES, qui arrache quelques larmichettes, dans une histoire qui aurait pu être resserrée et plus centrée sur les rencontres que fait l'enfant. C'est larmoyant, un peu vain, mais quasiment beau. Max Von Sydow y est parfait, comme l'enfant. Le fameux CLOCLO, qui n'a cependant pas eu le public qu'il souhaitait, est un film très long, et très chiant pour qui n'aime pas Claude François (ses chansons me hérissent le poil), mais on ne peut que reconnaître un film relativement honnête sur une légende parfaitement interprétée par Jérémie Rénier. Le tandem Matthieu Delaporte-Xavier de la Patellière, après avoir écrit moult merdes, réalise LE PRENOM, qui a l'avantage d'être un agréable moment (merci Valérie Benguigui) et d'être oublié directement après la projection. Ainsi, il ne nous est point possible d'en dire vraiment du mal... Allez, une petite crasse: Patrick Bruel n'est pas un bon acteur, et il le confirme. Quant à Daniel Auteuil, il essaye de se retrouver une contenance, et y parvient plutôt bien, il est convaincant dans le bancal LA MER A BOIRE, un bon moment qui s'oublie néanmoins très vite. Jacques Maillot met du coeur à l'ouvrage pour servir au mieux un combat, mais ne fouille pas ses personnages, et reste trop scolaire et technique dans son intrigue, qui se clôt en queue de poisson. Dommage. Lucien Jean-Baptiste, après l'attachant La première étoile, livre un conte chaleureux et familial avec 30° COULEUR. On est bien loin de la relative justesse de La première étoile, mais on fait face à une comédie pas plus mauvaise que la moyenne, juste vite oubliée, maladroite et mal écrite. Reste une dernière partie bizarrement réussie. Glenn Close, elle, était nommée aux Oscars pour son rôle dans ALBERT NOBBS, ou elle joue effectivement très bien une femme qui se fait constamment passer pour un homme. Elle est parfaite, tout comme celle qui l'accompagne, d'un naturel époustouflant, Janet McTeer. Sauf que toutes les bonnes intentions, et l'impeccable jeu de ces deux actrices sont totalement plombés par un académisme étouffant, et des longueurs interminables. Quant à l'histoire d'amour entre les deux jeunes (Mia Wasikowska et Aaron Johnson), elle est simplement imbuvable. On termine avec AVENGERS, le truc avec les super héros dedans, navet qui s'assume. C'est très long, particulièrement inutile, même si, moi qui ne connaissait aucun des super héros sinon de nom, j'ai été très surpris d'Iron Man (grinçant Robert Downey Jr.), et de Hulk (excellent Mark Ruffalo). Sur le reste, ennui total.

 

1 étoile bis

 

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Au rayon grosses déceptions, le nouveau Spielberg, terriblement long et ennuyeux, très manichéen. La musique apporte au film cette impression navrante que chaque plan est le dernier, chaque cadrage le plus sublime, le plus intense. On attendait beaucoup, on se retrouve avec un pseudo-conte philosophique estampillé grand public familial. CHEVAL DE GUERRE est une longue et grande déception, une fresque poussive et insupportable. De même, Meryl Streep, si elle excelle à faire passer Margaret Thatcher pour Tatie Danielle, elle ne parvient pas à sortir LA DAME DE FER d'une retraite apaisée à l'odeur de naphtaline. Le film est consensuel, vite vu, n'apporte aucune réflexion, aucune nouveauté, et se contente de filmer, très longuement, les vieux jours que coulent une grande dame historique, qui aura apporté énormément de mal autour d'elle. En la faisant passer pour un ange qui s'excuserait presque des « petites erreurs » qu'elle a commises, Phillida Lloyd réussit à rendre Thatcher plus détestable qu'elle ne l'était déjà!

 

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Au rayon purges d'auteurs, deux films russes, terriblement longs, terriblement bavards. Deux clichés du cinéma d'auteur entre quatre murs, qui n'intéresse guère plus que les critiques de cinéma et les cinéphiles pointus et qui aiment se faire suer pour une scène de 20 secondes du film. ELENA et PORTRAIT AU CREPUSCULE, malgré des intentions comme toujours bien tournées (dépeindre la société russe dans tout ce qu'elle a de sombre, de restrictif et de violent), et malgré des comédiens au jeu puissant, n'arrivent pas à convaincre et n'engagent pas à continuer de voir des films de ce genre...

 

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Au rayon mauvais films, tout simplement, ça se bouscule au portillon: une comédie fast-food aussitôt vue, aussitôt digérée, RADIOSTARS, ou l'outrance le dispute à la bêtise; un truc pompeux et prétentieux, qui raconte peu et tourne à vide, mais partait d'une bonne intention, MARTHA MARCY MAY MARLENE; un film d'animation, LES PIRATES: BONS A RIEN, MAUVAIS EN TOUT, bien loin des précédents du genre (Wallace et Gromit, Chicken Run), qui ne nous fait même pas passer un bon moment, et s'attache à une vaine, longue et futile histoire de pirates, j't'en foutrais des pirates de l'année moi; un pseudo thriller français, POSSESSIONS, au quatuor d'acteurs particulièrement mauvais (Julie Depardieu-Jérémie Rénier-Lucien Jean-Baptiste-Alexandra Lamy), très long et qui nous laisse sur le quai, alors qu'on attendait pas mal du réalisateur du Fils de l'épicier. Quant aux trois films qui suivent, ils font partie de cette catégorie de films « pliés d'avance », tu sais qu'ils seront pourris, au mieux tu vas les voir parce que tu en attends vaguement une surprisounette, au pire, et en général c'est pour ça, tu y vas pour cracher dessus: COMME UN CHEF, MINCE ALORS, PROJET X.

8 mai 2012 2 08 /05 /mai /2012 19:01

9 FILMS

Coups de coeur

 

EN BREF:

Deux mois de vide intense sur ce blog, deux mois de disette cinématographique, dûe à de nombreux facteurs extérieurs (déménagement, vacances, boulot). Les mois qui suivent risquent d'être également perturbés (toujours pour les mêmes motifs), aussi je vais mettre en place mon petit rythme hebdomadaire, avec par semaine mon avis sur les films sortis. Et puis, en deux temps trois mouvements, je vais rattrapper mon retard, avec d'abord ces neuf coups de coeur, puis avec l'évocation des 25 autres films dont je n'ai rien dit.

 

OSLO, 31 AOÛT

Joachim Trier

 

oslo 2

 

Un film sombre à l'écho obsédant, et à la poésie mortifère lumineuse. Joachim Trier nous entraîne peu à peu dans une ambiance, et dessine d'un trait teinté d'une sourde rage le parcours, sur une journée, d'un jeune homme, Anders, tout juste sorti d'une cure de désintoxication. Le film commence par une tentative de suicide, qui échoue. Puis se poursuit, sur toute sa longueur, sur une tentative de reconstruction, une sorte de renaissance, à laquelle on veut croire. Superbement filmé, le film laisse voir des mirages d'espoir, une mélancolie constante, contrebalancée par quelques scènes poétiques foudroyantes (on pensera évidemment à cette fameuse scène ou des volutes de fumée s'échappent d'un extincteur alors que quelques jeunes sont sur des vélos, en pleine nuit, avant l'aube). Une fois passée la longueur des premières scènes, Oslo 31 août se révèle peu à peu être un grand film d'ambiance. Anders Danielsen Lie, l'acteur principal, est une très belle révélation, donnant à son personnage l'ambiguïté nécessaire pour nous perdre entre deux hypothèses finales possibles. Deux mois après la vision du film, on en retient une chronologie très précise, une ambiance qui s'est insinuée durablement en nous, la subtilité de certaines scènes (celle de l'entretien notamment, ou encore celle de deux anciens amis qui se retrouvent sur un banc). Et surtout, on se rappelle qu'à la fin, le vide ressenti dans ces plans d'Oslo désert est immense. Mais on n'avait pas tant tort que ça: la renaissance du personnage, à laquelle on croyait vraiment, se clôt vraiment sur un envol, à l'intensité bouleversante.

76%.

 

HASTA LA VISTA

Geoffrey Enthoven

 

hasta la vista

 

Au départ, rien n'engage à aller voir le film, dont l'affiche et la bande-annonce font peur. Et puis on y va, guidé sans doute par des échos positifs, et une histoire plutôt loufoque (trois handicapés veulent aller en Espagne dans un bordel pour ne pas mourir puceaux). Histoire qui n'a d'ailleurs plus rien de loufoque au final. On rentre tranquillement dans le film, toute la partie des préparatifs du voyage est plutôt amusante, et nous fait attendre, avec une petite impatience qui monte, ce départ vers l'Espagne. Arrive l'heure du départ, et surgit sur l'écran ce chauffeur, Claude, qui les conduira à bord de son minibus vers Punta del Mar, là ou se trouve ce bordel, "pour les gens comme eux". A partir de là, le film devient un petit bijou d'humanisme et de simplicité. Geoffrey Enthoven tient ses quatre protagonistes en respect, le tout est filmé dans l'ambiance chaleureuse et sympathique d'un bon feel-good movie. On s'attache très vite aux personnages, et tout est amené avec beaucoup de finesse (lorsque Claude nettoie Philip, ou lorsque Joseph parle avec Claude). On s'amuse vraiment, le rythme est soutenu, les acteurs excellents. Certaines séquences sont vraiment touchantes, d'autres rêvées (celle du camping sauvage, "hôtel mille étoiles", est juste parfaite). Et arrive la partie en Espagne. L'état de Lars se dégrade, et le film se transforme en flot continu d'émotion sur les quinze dernières minutes. Comme dans tout bon feel-good movie, Enthoven fait triompher l'amour, l'amitié, le voyage... Mais il fait aussi triompher le sexe, hors de toute différence, dans cette scène ou les trois, lestés de leur handicap, semblent avoir trouvé une satisfaction pleine et entière dans l'heure qui a précédé. On sort de la salle avec une légèreté incroyable, et un état d'esprit positif pour quelques jours au moins. Hasta la vista est une fraîcheur, une oeuvre qui suinte l'amour, la vie, et l'inénarrable capacité qu'ont les hommes, quand ils le veulent, à se respecter.

74%.

 

TYRANNOSAUR

Paddy Considine

 

tyrannosaur

 

Dans la veine du cinéma social de Ken Loach, Paddy Considine réalise un Tyrannosaur sorti des tréfonds d'une province anglaise défaite et déprimée, avachie et dont on sent d'ici l'odeur de renfermé. Son film est d'une violence inconsidérable, d'une noirceur profonde, de laquelle on pense qu'on ne sortira jamais. Très bien rythmé, le film est pourtant long. Parce qu'il met du temps à installer une intrigue particulièrement éparpillée, qui met en jeu la vie entière de deux êtres (violence conjugale, mort d'une épouse, alcool, chômage...). Parce que c'est une rencontre au long cours qui est montrée ici, de manière simple et rugueuse, tragique aussi. Considine réussit un film social plus noir que ce qu'à jamais fait Loach, et installe sa signature dans de nombreux silences, déchirés par des coups, des pas, des éclats de voix. Les deux acteurs principaux sont époustouflants: Peter Mullan, exceptionnel, dont le personnage semble résigné, prêt à renoncer; Olivia Colman, bouleversante tant elle parait simple et dont la vie devient pourtant un supplice. Leur rencontre déjoue les pièges, et rentre dans une complexité quasiment suffocatoire. Et pourtant, empêtré dans une histoire ou les noeuds sont nombreux, Considine parvient à extirper un début d'espoir, un combat qui reprend, et une vie qui se remet à flot. Contre toute attente, le film devient très beau.

73%.

 

L'ENFANT D'EN HAUT

Ursula Meier

 

l'enfant d'en haut

 

L'enfant d'en haut est un film très particulier. Parce que d'emblée, il n'est pas ouvert. L'enfant dont il est question, et cette fille avec qui il habite, sa soeur surement, sont enfermés dans leur univers. Lui dans sa débrouille, ses manigances pour voler du matériel de ski et le revendre, pour pouvoir subsister et subvenir aux besoins de sa soeur. Elle dans sa vie qui part en vrilles, et dont on ne saura pas grand chose des allées et venues. La caméra semble observer cela, de dehors. La dramaturgie est telle que le spectateur ne semble pas invité, laissé en dehors de cette solitude immense que dégagent ces deux êtres délaissés. Et pourtant, L'enfant d'en haut s'insinue, tranquillement, doucement, sans brutalité, malgré la violence de l'histoire et la colère d'un enfant, empêtré dans un rapport marchand, même lorsqu'il s'agit d'un simple câlin, avec sa présumée soeur. Et l'émotion vient, par à-coups. Le film est buté, complexe, et laissera une trace. Kacey Mottet Klein, après avoir été un Gainsbourg enfant inoubliable, révèle ici une imperméabilité de façade inouïe aux attaques qui lui sont faites. Il bouleverse lorsque se fissure cette façade sûre et intangible: il cherche une trace d'amour, de réconfort. Léa Seydoux est parfaite en écorchée courant d'air mystérieuse, qui cherche à reprendre sa place dans le cocon familial, mais a du mal à y parvenir. L'enfant d'en haut nous tombe dessus de la même manière que les évènements de la vie leur sont tombés dessus. Et c'est un choc.

70%.

 

INDIGNADOS

Tony Gatlif

 

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Quel cinéaste, mieux que Tony Gatlif, pouvait rendre hommage, et rendre justice au combat des Indignés? Aucun, et ça se voit, même dans les maladresses. "Face à l'urgence, j'ai poussé un coup de gueule. Face à l'urgence, j'ai pris ma caméra. J'ai fait un film, tout de suite, tout seul, avec mes propres moyens." Quel autre cinéaste aurait eu le courage de dire cela, et de le faire? Aucun. Son film tout entier est habité par l'urgence, avance grâce à cette urgence. Un documentaire qu'il a tissé autour d'un fil rouge, une clandestine africaine qui arrive en Europe par la Grèce, et qui se rend compte de l'état délétère des sociétés européennes, qui a quitté l'Afrique pour trouver un meilleur, et se retrouve, presque malgré elle, dans la contestation. Gatlif, dans son désir d'englober et de relier tout (clandestins, Roms, Indignés), brasse parfois de l'air, mais sa sincérité, son audace et sa spontanéité l'emportent à chaque fois. On trouve comme d'habitude une poésie propre à Gatlif, cet art de montrer les détails avec fougue et vivacité (des oranges qui dévalent une ruelle, une pomme donnée de main en main au ceur d'une manifestation, une canette qui roule sur le bitume brûlant). On entend aussi une musique, un rythme lancinant et entêtant, signé Delphine Mantoulet, femme de Gatlif et créatrice de merveilles rythmiques. On sent aussi l'agitation parfois vaine d'un homme qui ne sait pas canaliser ses colères (dans ces citations maladroites d'extraits du livre de Stéphane Hessel, pas forcément bien senties, et illustrées au pied de la lettre, comme dans ce poulailler, ou la poule se fait bouffer par le renard...). Le film n'aura et ne sera vu que par des gens acquis à la cause indignée, malheureusement, mais il est toujours important que de tels films soient faits, surtout lorsqu'ils procurent un sentiment de cinéma, d'urgence et de militantisme aussi important.

69%.

 

38 TEMOINS

Lucas Belvaux

 

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Comme à son habitude, Lucas Belvaux semble nous proposer un polar sombre et à la réflexion non dénuée de fondements. Le casting de choix - Attal, Quinton et Garcia - annonce un bon film. Et pourtant, le film n'attirait pas l'oeil. C'est d'ailleurs une de ses remarquables qualités: avec une grande pudeur, le film est loin d'être tape-à-l'oeil. On ressort de la salle tout bizarre, impressionné par une rigueur qui force le film à pêcher un peu par son rythme, mais oblige aussi une écriture solide, et une réalisation méticuleuse, qui laisse une impression très forte. En racontant un crime par l'unique point de vue des témoins, Belvaux réalise une oeuvre originale, à la force inattendue. Le film est passionnant d'un point de vue éthique et moral (tout le monde a entendu cette femme crier, et pourtant personne n'a rien fait, ni même décroché le combiné pour appeler la police - qu'aurions-nous fait?), comme il est passionnant sur le simple point de vue du cinéma (dans cette ville du Havre, qui intéresse tant les cinéastes actuellement, la manière dont est filmée cette rue, artère passante mais amorphe, réunie pour quelque jours autour d'un deuil, ou cette ville port, si morne, si pesante, comme éloignée des réalités). Un homme osera avouer à la police que tout le monde a entendu, se mettant ainsi tout le quartier à dos. Yvan Attal est bouleversant, dans cette scène notamment de confessions nocturnes à sa femme (Sophie Quinton, parfaite), qui croit au matin avoir rêvé. Le scénario est très maitrisé, même s'il laisse peu de libertés aux interprètes, qui débitent parfois un texte un peu trop précis. Mais sur cette scène finale de reconstitution, intense, on oublie les défauts du film, qui laisse son spectateur pantois, questionné, et impressionné.

67%.

 

UNE BOUTEILLE A LA MER

Thierry Binisti

 

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Sur une histoire somme toute assez classique (petit état des lieux en Israël et en Palestine, à la suite d'une bouteille jetée à la mer, avec un message empreint de curiosité à l'intérieur), Thierry Binisti tisse un récit épistolaire très convaincant, filmé avec beaucoup de simplicité. Il fonde sa force sur une sobriété éclatante, aussi bien dans la mise en scène, juste et efficace, que dans l'écriture, qui gagne très vite en puissance. Le film joue beaucoup sur notre propre rapport au temps, et vient questionner celui-ci avec intelligence. Dans les lettres, les deux personnages (une française en Israël, un palestinien) s'écrivent au départ au conditionnel, pour évoquer leur rencontre, puis au futur, que l'on sent proche, puis au présent. Et c'est de là que naît l'émotion, quand deux personnages se rapprochent tant qu'ils s'influencent directement. Binisti mise sur des seconds rôles très solides, tous très bien construits (Abraham Belaga, Jean-Philippe Ecoffey, Hiam Abbass), et sur un jeune casting parfait (Agathe Bonitzer et Mahmoud Shalaby), qui tient le film avec vigueur. Le film est simple, beau, et fort.

66%.

 

EN BREF

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ZARAFA

Rémi Bezançon, Jean-Christophe Lie

Un très joli dessin animé, très classique, très gentil. C'est vraiment beau, le trait est clair, presque enfantin, la bande originale est un régal pour les oreilles. Quant à l'histoire, bien écrite, elle laisse rêveur. Une petite magie familiale distillée avec délicatesse, humanité, générosité.

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LE ROI LION

Roger Allers, Rob Minkoff

Quelle émotion, de voir pour la première fois sur grand écran, un miracle de film d'animation, aux chansons enchanteresses, que l'on ne se lasse, durant la projection, de fredonner. Que de souvenirs, de traumatismes aussi (Scar et les hyènes), de tristesse (ça fait encore et toujours le même effet, ce vrombissement dans le canyon). On ressort de là en enfance, avec sur le bout des lèvres des chansons, qui suffisent à résumer tout. Et surtout, on se rend compte à quel point Le Roi Lion est entré dans les mémoires, et dans le quotidien, dans des phrases ou des expressions. Réjouissant!

11 mars 2012 7 11 /03 /mars /2012 22:27

FEVRIER 2012

26 films vus

 

bovines-3.jpg

 

3 étoiles

 

Bovines - Oslo, 31 août - Sur la planche - Elles - Une bouteille à la mer - Another Happy Day - Zarafa

 

2 étoiles


La taupe - Howl - Extrêmement fort et incroyablement près - La vie d'une autre - En secret - Tucker and Dale - La mer à boire - La désintégration - Chronicle - Albert Nobbs - Tatsumi - Les infidèles

 

1 étoile bis


Martha Marcy May Marlene - Cheval de guerre - La dame de fer - Portrait au crépuscule - Detachment

 

0 étoiles bis


JC comme Jésus Christ - Il était une fois, une fois

 

3 moments...

- poétique: sur un vélo, en fin de nuit, un homme fait cracher des volutes de fumée avec un extincteur. Sublime moment de pure poésie, dans Oslo, 31 août.

- simple: une vache, allongée a priori tranquillement, est affairée, dans la plus grande simplicité du monde, à donner naissance à son veau. C'est l'expérience Bovines, et c'est beau!

- aérien: dans le ciel, entre les nuages, de la manière la plus normale qui soit, trois jeunes hommes volent tranquillement, nouvellement super-héros. C'est ce qu'on retiendra de la (petite) surprise Chronicle.

 

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LA REVELATION: Emmanuel Gras, réalisateur du film Bovines.

L'ACTRICE: Juliette Binoche - Elles.

L'ACTEUR: Anders Danielsen Lie - Oslo, 31 août.

LE REALISATEUR: Joachim Trier - Oslo, 31 août.

LE SECOND RÔLE: Max Von Sydow - Extrêmement fort...

LE COUP DE COEUR: Sur la planche - Leïla Kilani.

LA SURPRISE: Bovines - Emmanuel Gras.

LA MUSIQUE: Alberto Iglesias - La Taupe.

 

oslo 4


L'AFFICHE: Oslo, 31 août - Joachim Trier.

LA DECEPTION: JC comme Jésus Christ - Jonathan Zaccaï.

LE NAVET: Il était une fois, une fois - Christian Merret-Palmair.

Published by Gagor - dans Bilans
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11 mars 2012 7 11 /03 /mars /2012 14:36

festival d'hiver

 

LES INFIDELES

Bercot, Cavayé, Courtès, Dujardin, Hazanavicius, Lartigau, Lellouche

 

2 étoiles

 

EN BREF:

Un film à sketches très inégal. Relativement amusant en général, mais souffrant d'un gros manque de rythme. A voir cependant pour quelques petites fulgurances: Sandrine Kiberlain, Guillaume Canet, et une question, réalisée par Emmanuelle Bercot.

 

infideles.jpg

 

Après la petite polémique sur l'affiche (qui aura au moins permis au film de se payer une bonne opération de com), ces Infidèles intriguaient. D'avance, on savait qu'il pouvait y avoir de très bonnes choses, en voyant tous ces noms associés au projet (Bercot, la coscénariste de Polisse, Lartigau, réalisateur de Prête-moi ta main, Cavayé, qui a commis deux excellents polars, Pour elle et A bout portant, Hazanavicius, qu'il serait indécent de présenter, et bien sur le tandem, réjouissant à première vue, Dujardin-Lellouche). Un seul nom qu'on ne connait pas: Alexandre Courtès, qui pourtant est l'auteur du seul sketch véritablement drôle (Les Infidèles Anonymes), et des (hilarantes) pastilles ponctuant certains sketches. L'histoire est foutraque, balancée entre l'humour, une petite réflexion sur l'amour et l'infidélité, et les petits drames de la vie amoureuse masculine. En gros, deux personnages masculins pour chaque sketch, et des situations qui s'enchaînent pour relater de vagues adultères, des flagrants délits, des dragues qui tombent à l'eau, des amours passagères... Le tout exploité dans un montage pas forcément très cohérent, dans un film qui a du mal à se tenir, et qui semble vouloir partir dans beaucoup de directions, sans en retenir spécifiquement une.

 

[Les] démêlés sexuels ou amoureux ne dégagent pas tous la même saveur ou la même originalité. C'est la règle du film de sketches, elle veut que les uns et les autres soient inégaux en réussite. (...) Et dans ce panel de sensations tout en contrastes, le meilleur vient du duo Jean Dujardin-Alexandra Lamy.

Ouest France


La déception est à la hauteur de l'attente, pas extrême, parce qu'on ne s'attendait à rien de bien profond. Seulement on s'attendait à plus de rythme, plus d'efficacité, plus de franche rigolade. Les premières minutes du film sont assez plaisantes, les préliminaires sont assez cocasses (prologue réalisé par Fred Cavayé), Dujardin et Lellouche se moquent allégrement d'eux-mêmes, ce qui est en soi bon signe. En revanche, dès qu'on passe au premier sketch, La Bonne Conscience, réalisé par Hazanavicius, on commence à s'ennuyer. Parce que le personnage ne va nulle part, qu'il hésite et s'interroge sans que se dessine pour le spectateur le moindre enjeu. Isabelle Nanty est décevante, n'arrachant même pas un petit rictus. Les jeux de mots sont bancals, les chambres d'hôtel peu intéressantes, et la solitude du personnage désolante, loin d'être touchante, beauf qui ne s'assume pas. Le deuxième sketch, Lolita, réalisé par Eric Lartigau, est sans doute le plus navrant du film: écriture plate, Jean Dujardin ridicule, tonalité opposée au reste du film. Gilles Lellouche, qui s'entiche d'une jeune étudiante, n'est pas crédible une seconde, et les personnages sont antipathiques au possible, dans un sketch qui s'étire et s'étiole complètement. A chaque sketch, Dujardin et Lellouche changent de personnage, et campent chacun cinq rôles différents. Seulement on ne discerne jamais le personnage de l'acteur, aussi ne voit-on que deux personnages durant tout le film: Jean Dujardin et Gilles Lellouche.

 

Le film laisse une impression étrange. Hormis les quelques gags potaches, l'ensemble tire du côté de l'autoportrait satirique du duo bankable en hommes mariés quadras totalement immatures, obsédés sexuels et dragueurs lourds ne parvenant pas à se défaire d'une sentimentalité détraquée.

Libération


A ce moment du film, on commence à désespérer légèrement. Les yeux picotent, l'attention faiblit, les zygomatiques sont à plat. Et jaillit à l'écran, de manière inattendue, une tête affublée d'un masque de cochon dans un plan SM avec femme suspendue et fouettée, au fond d'un garage. La porte s'ouvre, le fils de l'homme-cochon s'exclame: "dis, papa, quand la dame aura fini, je pourrais faire de la balançoire?". Yes! En une pastille humoristique, l'attention est revenue au maximum. Et on apprend, au générique, que celui qui a commis cet horrible mais jouissif interlude est le seul inconnu au bataillon, Alexandre Courtès, dont on aimerait entendre parler à l'avenir. Il est le seul qui parvienne à faire rire, et franchement: avec ses deux autres pastilles, dont une ou Canet se fait surprendre dans son appartement par le départ de son amante d'une nuit et l'arrivée simultanée de sa femme, et l'autre avec Lellouche coincée dans une prostituée. Trois pastilles qui fonctionnent, et ponctuent le film d'un peu de vraie beauferie, parce qu'on y allait quand même pour cela! A noter qu'il est celui qui a réalisé le seul sketch vraiment hilarant, ou il réunit les personnages de ses pastilles humoristiques dans une réunion d'Infidèles Anonymes. Sandrine Kiberlain et Guillaume Canet y sont particulièrement délicieux, suffisants à conseiller le film.

 

Si l'ensemble manque de cohérence, la faute à une écriture lourdaude qui ne permet pas d'éviter les lieux communs et les retournements les plus prévisibles, quelques échappées (qu'elles soient potaches ou plus dramatiques) permettent au film de faire amende honorable.

Critikat.com


Etonnemment, ce que l'on retiendra du film, c'est un regard. Celui, profondément amoureux, échangé entre Jean Dujardin et Alexandra Lamy, dans un superbe court-métrage, le seul vraiment profond et, contre toute attente, quasiment poignant. Celui réalisé par Emmanuelle Bercot, seule femme à réaliser dans ce film collectif, La Question. Pour la première fois de sa carrière, Alexandra Lamy touche profondément. Bercot sait filmer un amour dense, une scène de ménage complète et complexe, qui se ponctue, justement, dans ce sublime regard, sur lequel on aurait aimé rester plus longtemps. Malheureusement, Dujardin-Lellouche tirent un trait sur cette fulgurance, en réalisant une des fins les plus moches possibles, gâchant de ce fait une bonne partie du relatif plaisir trouvé à regarder le film. Partant à Las Vegas, le tandem, qui réalise l'épilogue, s'embourbe dans un grand n'importe quoi, et désole quelque peu. La fin, même si l'idée est au final assez amusante, restera très longtemps comme une des plus loupées, Dujardin et Lellouche n'ayant pas su canaliser leur délire, démesuré et absurde. Générique, ouf, le dernier plan est sur Sandrine Kiberlain avec sa chorale. Allez, petit sourire, et on passe son chemin, déçu et content à la fois.

 

infideles-2.jpg

 

53%.

8 mars 2012 4 08 /03 /mars /2012 22:58

festival d'hiver

 

LA DESINTEGRATION

Philippe Faucon

 

2 étoiles

 

EN BREF:

Un film discret, simple et un peu maladroit sur un sujet fort et souvent stigmatisé. Philippe Faucon filme la radicalisation d'un jeune homme avec une certaine finesse, mais sans atteindre le coup de poing qu'on attendait.

 

la-desintegration.jpg

 

Lille, aujourd'hui, au coeur d'une cité, plutôt paisible au premier abord. Philippe Faucon installe son histoire dans une famille comme il y en a tant, qui parait totalement intégrée dans le système français. L'ainé va épouser une française qui mange du porc, le deuxième, Ali, semble être doué à l'école, la troisième est une jeune fille comme les autres. La mère, pilier familial, accepte, non sans discussions, les choix de sa progéniture, et les laisse libre d'accorder ou non leur importance à la culture et aux rituels musulmans. L'intégration parfaite au sens de la définition qu'on donne au mot, mettant donc de côté la précarité dans laquelle elle s'inscrit le plus souvent. Intégration vite mise à mal aux yeux d'Ali, qui ne parvient pas à trouver un stage dans une entreprise. Pourtant sa lettre de motivation est comme celle des autres, bien écrite, son CV est peu conséquent mais suffisant pour trouver un stage. Reste son nom, qui reste discriminé malgré les "efforts d'intégration". Au moment ou Ali devient vulnérable face aux choix qui se présentent à lui, un homme, à peine plus vieux, mais au charisme indéniable, l'entraîne peu à peu vers une frange radicale de l'islam. Faucon filme l'endoctrinement, la vulnérabilité, la désintégration progressive d'une société qui se fiche d'une jeunesse laissée pour compte, et débouche sur l'irréversible.

 

C'est à la fois impressionnant et désarmant. (...) la sécheresse du cinéma de Faucon nous laisse un peu perplexe.

L'Humanité


On attendait le film surtout pour son discours, brûlant et important, dans le cadre des présidentielles mais pas seulement. Et effectivement, on aimerait que son propos serve un débat pour l'instant cantonné à des polémiques incessantes sur la viande halal ou l'immigration. Le cinéaste filme un mouvement, qui semble discret mais vif, une évolution des mentalités et du cadre de vie de ces jeunes qui font partie des générations d'après l'immigration, nées en France et devant toujours se justifier de leurs origines. Il décrit ce dont on entend discrètement parler, et parait, au moins dans son propos, totalement crédible. Donc inquiétant. Les choix du cinéaste sont plutôt judicieux, le scénario est subtil, amenant le concept de désintégration avec finesse, le filmage est pudique, en contrepoint intéressant avec la rudesse du propos, et le tout se tient, bien rythmé, efficace sans être trop expéditif. On découvre l'énergie d'un jeune acteur, Rashid Debbouze, frère de, au visage intensément rageur, et aux traits très expressifs.

 

On comprend difficilement que Faucon ait voulu insister à ce point sur la séduction du mal, en allant chercher un personnage d'endoctrineur au charisme trop spectaculaire (...) Ce personnage désigne en creux le didactisme un peu raide et trop timide du film tout entier, dont la concision revendiquée le fait malgré lui prendre la forme d'une collection de problèmes et d'apories.

Cahiers du Cinéma


En revanche, malgré l'indispensable simplicité d'un film au propos si complexe (simplicité qui flirte parfois avec le simplisme), l'oeuvre souffre d'un manque de justesse. Sur le papier, on croirait dur comme fer à cette histoire, en revanche à l'écran, les seconds rôles restent inconsistants, assez mal joués. Le rôle type du "méchant", celui qui vient endoctriner ces jeunes, n'arrête pas de chuchoter ou de se donner un genre en parlant avec une voix grave et censément posée. Seulement ça ne fonctionne pas du tout, et l'acteur Yassine Azzouz donne à son rôle un aspect amateur qui va parfois jusqu'à dénaturer le propos, en rendant certaines situations purement impossibles. On attendait un coup de poing, mais le film, sans pour autant être un coup d'épée dans l'eau, n'est finalement pas si puissant que ça (malgré une fin saisissante), proposant une étude de cas certes intéressante, mais qui manque cruellement de tension.

 

la-desintegration-2.jpg

 

55%.

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