9 FILMS
Coups de coeur
EN BREF:
Deux mois de vide intense sur ce blog, deux mois de disette cinématographique, dûe à de nombreux facteurs extérieurs (déménagement, vacances,
boulot). Les mois qui suivent risquent d'être également perturbés (toujours pour les mêmes motifs), aussi je vais mettre en place mon petit rythme hebdomadaire, avec par semaine mon avis sur les
films sortis. Et puis, en deux temps trois mouvements, je vais rattrapper mon retard, avec d'abord ces neuf coups de coeur, puis avec l'évocation des 25 autres films dont je n'ai rien dit.
OSLO, 31 AOÛT
Joachim Trier
Un film sombre à l'écho obsédant, et à la poésie mortifère lumineuse. Joachim Trier nous entraîne peu à peu dans une ambiance, et dessine d'un trait
teinté d'une sourde rage le parcours, sur une journée, d'un jeune homme, Anders, tout juste sorti d'une cure de désintoxication. Le film commence par une tentative de suicide, qui échoue. Puis se
poursuit, sur toute sa longueur, sur une tentative de reconstruction, une sorte de renaissance, à laquelle on veut croire. Superbement filmé, le film laisse voir des mirages d'espoir, une
mélancolie constante, contrebalancée par quelques scènes poétiques foudroyantes (on pensera évidemment à cette fameuse scène ou des volutes de fumée s'échappent d'un extincteur alors que quelques
jeunes sont sur des vélos, en pleine nuit, avant l'aube). Une fois passée la longueur des premières scènes, Oslo 31 août se révèle peu à peu être un grand film d'ambiance. Anders
Danielsen Lie, l'acteur principal, est une très belle révélation, donnant à son personnage l'ambiguïté nécessaire pour nous perdre entre deux hypothèses finales possibles. Deux mois après la
vision du film, on en retient une chronologie très précise, une ambiance qui s'est insinuée durablement en nous, la subtilité de certaines scènes (celle de l'entretien notamment, ou encore celle
de deux anciens amis qui se retrouvent sur un banc). Et surtout, on se rappelle qu'à la fin, le vide ressenti dans ces plans d'Oslo désert est immense. Mais on n'avait pas tant tort que ça: la
renaissance du personnage, à laquelle on croyait vraiment, se clôt vraiment sur un envol, à l'intensité bouleversante.
76%.
HASTA LA VISTA
Geoffrey Enthoven
Au départ, rien n'engage à aller voir le film, dont l'affiche et la bande-annonce font peur. Et puis on y va, guidé sans doute par des échos
positifs, et une histoire plutôt loufoque (trois handicapés veulent aller en Espagne dans un bordel pour ne pas mourir puceaux). Histoire qui n'a d'ailleurs plus rien de loufoque au final. On
rentre tranquillement dans le film, toute la partie des préparatifs du voyage est plutôt amusante, et nous fait attendre, avec une petite impatience qui monte, ce départ vers l'Espagne. Arrive
l'heure du départ, et surgit sur l'écran ce chauffeur, Claude, qui les conduira à bord de son minibus vers Punta del Mar, là ou se trouve ce bordel, "pour les gens comme eux". A partir de là, le
film devient un petit bijou d'humanisme et de simplicité. Geoffrey Enthoven tient ses quatre protagonistes en respect, le tout est filmé dans l'ambiance chaleureuse et sympathique d'un bon
feel-good movie. On s'attache très vite aux personnages, et tout est amené avec beaucoup de finesse (lorsque Claude nettoie Philip, ou lorsque Joseph parle avec Claude). On s'amuse vraiment, le
rythme est soutenu, les acteurs excellents. Certaines séquences sont vraiment touchantes, d'autres rêvées (celle du camping sauvage, "hôtel mille étoiles", est juste parfaite). Et arrive la
partie en Espagne. L'état de Lars se dégrade, et le film se transforme en flot continu d'émotion sur les quinze dernières minutes. Comme dans tout bon feel-good movie, Enthoven fait triompher
l'amour, l'amitié, le voyage... Mais il fait aussi triompher le sexe, hors de toute différence, dans cette scène ou les trois, lestés de leur handicap, semblent avoir trouvé une satisfaction
pleine et entière dans l'heure qui a précédé. On sort de la salle avec une légèreté incroyable, et un état d'esprit positif pour quelques jours au moins. Hasta la vista est une
fraîcheur, une oeuvre qui suinte l'amour, la vie, et l'inénarrable capacité qu'ont les hommes, quand ils le veulent, à se respecter.
74%.
TYRANNOSAUR
Paddy Considine
Dans la veine du cinéma social de Ken Loach, Paddy Considine réalise un Tyrannosaur sorti des tréfonds d'une province anglaise défaite et
déprimée, avachie et dont on sent d'ici l'odeur de renfermé. Son film est d'une violence inconsidérable, d'une noirceur profonde, de laquelle on pense qu'on ne sortira jamais. Très bien rythmé,
le film est pourtant long. Parce qu'il met du temps à installer une intrigue particulièrement éparpillée, qui met en jeu la vie entière de deux êtres (violence conjugale, mort d'une épouse,
alcool, chômage...). Parce que c'est une rencontre au long cours qui est montrée ici, de manière simple et rugueuse, tragique aussi. Considine réussit un film social plus noir que ce qu'à jamais
fait Loach, et installe sa signature dans de nombreux silences, déchirés par des coups, des pas, des éclats de voix. Les deux acteurs principaux sont époustouflants: Peter Mullan, exceptionnel,
dont le personnage semble résigné, prêt à renoncer; Olivia Colman, bouleversante tant elle parait simple et dont la vie devient pourtant un supplice. Leur rencontre déjoue les pièges, et rentre
dans une complexité quasiment suffocatoire. Et pourtant, empêtré dans une histoire ou les noeuds sont nombreux, Considine parvient à extirper un début d'espoir, un combat qui reprend, et une vie
qui se remet à flot. Contre toute attente, le film devient très beau.
73%.
L'ENFANT D'EN HAUT
Ursula Meier
L'enfant d'en haut est un film très particulier. Parce que d'emblée, il n'est pas ouvert. L'enfant dont il est question, et cette
fille avec qui il habite, sa soeur surement, sont enfermés dans leur univers. Lui dans sa débrouille, ses manigances pour voler du matériel de ski et le revendre, pour pouvoir subsister et
subvenir aux besoins de sa soeur. Elle dans sa vie qui part en vrilles, et dont on ne saura pas grand chose des allées et venues. La caméra semble observer cela, de dehors. La dramaturgie est
telle que le spectateur ne semble pas invité, laissé en dehors de cette solitude immense que dégagent ces deux êtres délaissés. Et pourtant, L'enfant d'en haut s'insinue, tranquillement,
doucement, sans brutalité, malgré la violence de l'histoire et la colère d'un enfant, empêtré dans un rapport marchand, même lorsqu'il s'agit d'un simple câlin, avec sa présumée soeur. Et
l'émotion vient, par à-coups. Le film est buté, complexe, et laissera une trace. Kacey Mottet Klein, après avoir été un Gainsbourg enfant inoubliable, révèle ici une imperméabilité de façade
inouïe aux attaques qui lui sont faites. Il bouleverse lorsque se fissure cette façade sûre et intangible: il cherche une trace d'amour, de réconfort. Léa Seydoux est parfaite en écorchée courant
d'air mystérieuse, qui cherche à reprendre sa place dans le cocon familial, mais a du mal à y parvenir. L'enfant d'en haut nous tombe dessus de la même manière que les évènements de la
vie leur sont tombés dessus. Et c'est un choc.
70%.
INDIGNADOS
Tony Gatlif
Quel cinéaste, mieux que Tony Gatlif, pouvait rendre hommage, et rendre justice
au combat des Indignés? Aucun, et ça se voit, même dans les maladresses. "Face à l'urgence, j'ai
poussé un coup de gueule. Face à l'urgence, j'ai pris ma caméra. J'ai fait un film, tout de suite, tout seul, avec mes propres moyens." Quel autre cinéaste aurait eu le courage de
dire cela, et de le faire? Aucun. Son film tout entier est habité par l'urgence, avance grâce à cette urgence. Un documentaire qu'il a tissé autour d'un fil rouge, une clandestine africaine qui
arrive en Europe par la Grèce, et qui se rend compte de l'état délétère des sociétés européennes, qui a quitté l'Afrique pour trouver un meilleur, et se retrouve, presque malgré elle, dans la
contestation. Gatlif, dans son désir d'englober et de relier tout (clandestins, Roms, Indignés), brasse parfois de l'air, mais sa sincérité, son audace et sa spontanéité l'emportent à chaque
fois. On trouve comme d'habitude une poésie propre à Gatlif, cet art de montrer les détails avec fougue et vivacité (des oranges qui dévalent une ruelle, une pomme donnée de main en main au ceur
d'une manifestation, une canette qui roule sur le bitume brûlant). On entend aussi une musique, un rythme lancinant et entêtant, signé Delphine Mantoulet, femme de Gatlif et créatrice de
merveilles rythmiques. On sent aussi l'agitation parfois vaine d'un homme qui ne sait pas canaliser ses colères (dans ces citations maladroites d'extraits du livre de Stéphane Hessel, pas
forcément bien senties, et illustrées au pied de la lettre, comme dans ce poulailler, ou la poule se fait bouffer par le renard...). Le film n'aura et ne sera vu que par des gens acquis à la
cause indignée, malheureusement, mais il est toujours important que de tels films soient faits, surtout lorsqu'ils procurent un sentiment de cinéma, d'urgence et de militantisme aussi
important.
69%.
38 TEMOINS
Lucas Belvaux
Comme à son habitude, Lucas Belvaux semble nous proposer un polar sombre et à la réflexion non dénuée de fondements.
Le casting de choix - Attal, Quinton et Garcia - annonce un bon film. Et pourtant, le film n'attirait pas l'oeil. C'est d'ailleurs une de ses remarquables qualités: avec une grande pudeur, le
film est loin d'être tape-à-l'oeil. On ressort de la salle tout bizarre, impressionné par une rigueur qui force le film à pêcher un peu par son rythme, mais oblige aussi une écriture solide, et
une réalisation méticuleuse, qui laisse une impression très forte. En racontant un crime par l'unique point de vue des témoins, Belvaux réalise une oeuvre originale, à la force inattendue. Le
film est passionnant d'un point de vue éthique et moral (tout le monde a entendu cette femme crier, et pourtant personne n'a rien fait, ni même décroché le combiné pour appeler la police -
qu'aurions-nous fait?), comme il est passionnant sur le simple point de vue du cinéma (dans cette ville du Havre, qui intéresse tant les cinéastes actuellement, la manière dont est filmée cette
rue, artère passante mais amorphe, réunie pour quelque jours autour d'un deuil, ou cette ville port, si morne, si pesante, comme éloignée des réalités). Un homme osera avouer à la police que tout
le monde a entendu, se mettant ainsi tout le quartier à dos. Yvan Attal est bouleversant, dans cette scène notamment de confessions nocturnes à sa femme (Sophie Quinton, parfaite), qui croit au
matin avoir rêvé. Le scénario est très maitrisé, même s'il laisse peu de libertés aux interprètes, qui débitent parfois un texte un peu trop précis. Mais sur cette scène finale de reconstitution,
intense, on oublie les défauts du film, qui laisse son spectateur pantois, questionné, et impressionné.
67%.
UNE BOUTEILLE A LA MER
Thierry Binisti
Sur une histoire somme toute assez classique (petit état des lieux en Israël et en Palestine, à la suite d'une bouteille jetée à
la mer, avec un message empreint de curiosité à l'intérieur), Thierry Binisti tisse un récit épistolaire très convaincant, filmé avec beaucoup de simplicité. Il fonde sa force sur une sobriété
éclatante, aussi bien dans la mise en scène, juste et efficace, que dans l'écriture, qui gagne très vite en puissance. Le film joue beaucoup sur notre propre rapport au temps, et vient
questionner celui-ci avec intelligence. Dans les lettres, les deux personnages (une française en Israël, un palestinien) s'écrivent au départ au conditionnel, pour évoquer leur rencontre, puis au
futur, que l'on sent proche, puis au présent. Et c'est de là que naît l'émotion, quand deux personnages se rapprochent tant qu'ils s'influencent directement. Binisti mise sur des seconds rôles
très solides, tous très bien construits (Abraham Belaga, Jean-Philippe Ecoffey, Hiam Abbass), et sur un jeune casting parfait (Agathe Bonitzer et Mahmoud Shalaby), qui tient le film avec vigueur.
Le film est simple, beau, et fort.
66%.
EN BREF

ZARAFA
Rémi Bezançon, Jean-Christophe Lie
Un très joli dessin animé, très classique, très gentil. C'est vraiment beau, le trait est clair,
presque enfantin, la bande originale est un régal pour les oreilles. Quant à l'histoire, bien écrite, elle laisse rêveur. Une petite magie familiale distillée avec délicatesse, humanité,
générosité.

LE ROI LION
Roger Allers, Rob Minkoff
Quelle émotion, de voir pour la première fois sur grand écran, un miracle de film d'animation, aux
chansons enchanteresses, que l'on ne se lasse, durant la projection, de fredonner. Que de souvenirs, de traumatismes aussi (Scar et les hyènes), de tristesse (ça fait encore et toujours le même
effet, ce vrombissement dans le canyon). On ressort de là en enfance, avec sur le bout des lèvres des chansons, qui suffisent à résumer tout. Et surtout, on se rend compte à quel point Le Roi
Lion est entré dans les mémoires, et dans le quotidien, dans des phrases ou des expressions. Réjouissant!
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